Say, Jean-Baptiste (1767-1832), son frère Louis, et leurs familles

De Une correspondance familiale

C’est par le mariage d’Alphonsine Delaroche et d’André Marie Constant Duméril que les Say, famille de protestants originaires de Nîmes et réfugiés à Genève après la révocation de l’Edit de Nantes, se trouvent alliés aux Duméril. En effet Alphonsine est devenue veuve à 21 ans. Son mari, Jean Honoré dit Horace Say (1771-1799), professeur à l’Ecole Polytechnique, commandant du génie et chef d’état major du général Caffarelli qu’il accompagne pendant l’expédition d’Egypte, est mort des suites d’une blessure reçue au siège de St-Jean d’Acre. En dépit de son second mariage, Alphonsine reste très proche de la famille Say.

Jean Honoré et Alphonsine sont cousins par leurs mères nées Castanet : Françoise (épouse de Jean Etienne Say) et Marie (épouse de Daniel Delaroche). Le père de ces dernières, Honoré Castanet, est  marchand drapier à Nîmes, puis négociant et banquier à Lyon. Chez ce banquier lyonnais, Jean Etienne Say vient travailler comme employé avant d’épouser sa fille Françoise en 1765, et de faire lui-même le négoce des soieries qu’il expédie en Hollande, en Allemagne, en Italie et jusqu'en Turquie. Comme beaucoup de Genevois installés à Lyon, il en vient à pratiquer autant la banque que le négoce. Il se trouve ainsi en relation avec les Delessert. Toutes les relations ultérieures tissées par les descendants confortent cette pratique du commerce international lié à la banque.

A la génération suivante, la famille est partagée entre une branche protestante du côté de Jean-Baptiste et une branche catholique du côté de son frère Louis, le fondateur des sucreries Say.


Jean Baptiste Say (1767-1832)

Fils aîné de Jean Etienne, Jean Baptiste Say occupe une place notoire dans l’histoire économique du XIXe siècle, en tant qu’économiste, journaliste et industriel. Le déménagement de la famille, de Lyon à Paris, marque un tournant dans la vie de Jean-Baptiste Say. Il commence à 15 ans son apprentissage en travaillant comme grouillot dans une maison de commerce. En 1785, il se rend en Angleterre accompagné de son frère Jean Horace alors âgé de 14 ans, pour se former aux pratiques commerciales et à la langue anglaises. C’est alors que les jeunes gens se lient d’amitié avec les Taylor. De retour à Paris il entre comme employé de banque chez Etienne Clavière, protestant Genevois comme son père et administrateur gérant d'une compagnie d'assurances sur la vie. En devenant un des collaborateurs de Clavière il entre dans le groupe des Girondins, se rapproche de Mirabeau et collabore à son journal le Courrier de Provence. A 21 ans, Jean-Baptiste Say est un partisan enthousiaste de la Révolution. Il est républicain et ne cessera jamais de l'être. Après la mort de Clavière (1794), il fonde La Décade philosophique, littéraire et politique, revue qui affiche une ambition encyclopédique. Il rédige des articles de circonstances sur les questions littéraires, de théâtre, de poésie ou des comptes-rendus d'ouvrages. Il conserve la fonction de la rédaction générale jusqu'à sa nomination au Tribunat (1799)[1].

En 1803, il publie son œuvre la plus connue, Traité d'économie politique. Napoléon Bonaparte lui demande de réécrire certaines parties de son traité afin de mettre en avant l'économie de guerre basée sur le protectionnisme et les régulations. Le refus de Say l'empêche de publier une seconde édition du traité, ce qui lui vaut d’être révoqué du Tribunat en 1804, après avoir passé quatre années à la tête de la section financière. L'Empire est pour lui et ses compagnons de La Décade une longue traversée du désert. Il prépare son expérience d'industriel avec soin en apprenant d'abord à manier les machines des métiers à tisser qui se trouvent dans les murs du Conservatoire des arts et métiers. Il fait son apprentissage avec son fils Horace. Le financement de son entreprise lui est fourni par Isaac Jules Grivel qui s'est associé avec Etienne Delessert pour l'achat de l'abbaye d’Auchy-lès-Hesdin dans le Pas-de-Calais (1804). La filature débute avec 80 ouvriers et des métiers actionnés par un moteur hydraulique. L'affaire se développe rapidement : en 1810, la manufacture occupe 400 ouvriers. Le préfet du Pas-de-Calais désigne Jean-Baptiste Say pour participer à un conseil des fabriques et manufactures. C'est au cours de cette période d'activité industrielle dans le Pas-de-Calais qu'il est amené à intervenir en réponse à une enquête du gouvernement sur les mesures à prendre dans le cadre du blocus continental.

Il publie la seconde édition de son Traité après l’abdication de Napoléon en 1814. La Restauration lui permet d'être reconnu en France. Grâce à ses nombreux ouvrages d'économie politique, il est invité à donner des conférences à l'Athénée Royale en 1816 et nommé, en 1819, professeur à la chaire d'économie politique au Conservatoire national des arts et métiers. Cette même année il participe à la fondation de l'École Spéciale de Commerce et d'Industrie, puis en 1831, peu de temps avant sa mort, il est nommé au Collège de France, où il occupe la première chaire d'économie. Il a épousé en 1793 Julie Gourdel de Loche. Ce sont surtout les enfants de Jean-Baptiste qui apparaissent au fil de la correspondance d’Alphonsine, l’aîné Horace (1794-1860) et son épouse Anne Chevreux (1801-1858), la seconde Adrienne (1796-1857) et son époux Charles Comte (1782-1837), la troisième Amanda décède à 14 ans, la quatrième Octavie dite Fanny (1804-1865) et son époux Charles Edmond Raoul Duval (1807-1893), et le cinquième Alfred (1807-1864).


Louis Say (1774-1840)

Frère cadet de Jean Baptiste Say, Louis est d'abord courtier de commerce à Paris, puis fabricant de cotonnades à Abbeville, où il épouse en 1809 Constance Maressal (1792-1861)[2]. Ils ont cinq fils : Gustave (1811), Achille (1812), Constant (1816), Adolphe (1818), Louis Octave (1820).

Grâce aux procédés nouveaux de blanchiment qu’il a adoptés, il se fait assez vite une place sur le marché. Mais la crise cotonnière de 1812 le contraint à cesser son activité, comme Jean Baptiste l’année suivante. Il se fait recommander par Benjamin Delessert auprès de son cousin Armand possédant une raffinerie de sucre de canne à Nantes. Gérant, associé, puis seul dirigeant, il crée la société Louis SAY et Cie. A la fin du blocus continental, le trafic maritime reprend et le sucre de canne revient en force sur le marché. La betterave, dès lors, n’intéresse plus guère les Delessert qui cèdent à Louis Say leurs parts dans l’affaire et le laissent seul maître à bord. Il fait venir la canne à sucre des Antilles, moins chère, et son entreprise prospère. Ses quatre fils, Gustave, Achille, Constant et Louis Octave, sont également raffineurs de sucre. L'un de ces quatre frères, Constant Say (1816-1871), épouse Emilie Wey (1824-1872) ; ils ont 3 enfants dont l’aînée, Jeanne Say (1848-1916) épouse en premières noces Roland de Cossé-Brissac (1843-1871) et en secondes noces Chrétien René de Tredern (1842-1914) - on trouve mentionné dans une lettre du XXe siècle cette Jeanne Say, veuve de Tredern. En 1832, Louis Say ouvre dans la plaine d’Ivry, les raffineries de sucre à betteraves appelée « raffinerie de la Jamaïque ». Il en fait une société à laquelle est associé Louis Daniel Constant Duméril.

Après son remariage avec André Marie Constant Duméril, Alphonsine reste en relations étroites avec les frères de son premier mari, Jean-Baptiste et Louis. Dans ses lettres, elle parle de son « cousin Louis » par exemple à l’occasion d’une tournée de jurys de son mari à Nantes et plus longuement de Jean-Baptiste, et de son épouse Julie Gourdel de Loche, quand ils reviennent dans la région parisienne, à Villemomble, après l’expérience industrielle d’Auchy-lès-Hesdin. Aux soucis du déménagement s’ajoute, semble-t-il, un conflit avec Grivel qui avait financé l’achat de l’abbaye pour installer la filature.


Horace Say (1794-1860)

Après des études à Genève, le fils aîné de Jean Baptiste entre en apprentissage chez son oncle Louis à Nantes. Il voyage aux Etats-Unis en 1813, puis au Brésil en 1815. En 1818, il fonde à Paris une maison pour le commerce d'exportation. En 1822, il épouse Anne Chevreux, qui appartient à une riche famille de négociants en textile. Il est nommé juge au tribunal de commerce de la Seine en 1831, membre de la chambre de commerce et membre du conseil général de la Seine en 1837. Comme son père, il est professeur au Conservatoire des arts et métiers, professeur au Collège de France. Il est conseiller d’Etat de 1849 à 1851. Il est le principal éditeur des œuvres de son père, l'un des membres fondateurs du Journal des économistes en 1841, contribue au Dictionnaire du commerce et des marchandises et au Dictionnaire de l'économie politique. Il dirige de 1848 à 1851 la grande enquête de la Chambre de commerce et d’industrie sur l'industrie de Paris. Il est élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1857.

L’un des fils d’Horace Say et Anne Chevreux, Léon Say (1826-1896), est directeur du Journal des Débats, sénateur, ambassadeur à Londres ; en 1855 il épouse Geneviève Bertin (1839-1917), fille d’Armand Bertin, directeur du Journal des Débats, et de Cécile Dollfus.


Adrienne Say (1796-1857)

En compagnie de son jeune frère Alfred, Adrienne Say rend souvent visite à sa tante Alphonsine Delaroche qui la trouve avenante et charmante. Elle épouse en 1818 Charles Comte, avocat, journaliste et député de la Sarthe.


Octavie Say dite Fanny (1804-1865)

Quatrième enfant de Jean-Baptiste, Fanny épouse en 1830 Charles Edmond Raoul Duval, dit Raoul-Duval, président de la Cour d’appel de Bordeaux et sénateur de la Gironde. Il ont trois enfants :

Edgar (1832-1887), avocat général à Nantes puis député de la Seine Inférieure et de l’Eure ; il épouse en 1857 Catherine Foerster (1834-1822)

Fernand (1833-1892), régent de la Banque de France ; il épouse en 1861 Henriette Dassier (1840-1923)

Lucy (1834-1870) ; elle épouse en 1853 Louis Sautter, ingénieur (1825-1912).


Alfred Say (1807-1864)

Benjamin de la famille, Alfred devient négociant et reste célibataire. Il est mentionné dans les lettres d’Alphonsine Delaroche quand il vient chez elle partager les jeux du jeune Louis Daniel Constant Duméril et plus tard par Caroline, fille de celui-ci.

Notes

  1. La constitution de 1799 institue trois assemblées que sont le Sénat, le Tribunat et le Corps législatif. Les membres des deux dernières sont désignés par le Sénat à partir de la liste des notables. Le Tribunat qui comprend d’abord cent membres est réduit à cinquante en 1802.
  2. Une anecdote à propos de ce mariage : Augustin Duval (1774-1848), marié à Flore Maressal, et père de Charles Raoul Duval (qui épousera Octavie dite Fanny Say en 1830), avait « l’horreur des diligences et, quand il venait à Paris, il y venait toujours avec son cheval et un certain cabriolet jaune. Un jour, au moment où il allait partir d’Amiens, un cousin de sa femme, M. Maressal d’Abbeville, vint le trouver et lui demander s’il pourrait conduire jusqu’à Paris, dans son cabriolet, une de ses filles. Il accepta, mais ne sachant comment, pendant ses courses, il pourrait s’occuper de Mlle Maressal qui devait, le soir même, retrouver des amis qui l’attendaient à Orléans, il eut l’idée de la conduire chez M. Duméril son cousin. Cette jeune personne, pensait-il, se distrairait en regardant les animaux du jardin des plantes. Le malheur voulut que, précisément, ce même jour, M. Louis Say… vint faire visite à ses cousins Duméril. Il y rencontra Mlle Maressal et, le soir, quand mon bisaïeul vint reprendre cette demoiselle pour la remettre à ses amis d’Orléans, il eut la mortification d’apprendre qu’elle ne s’y rendrait pas, attendu qu’elle s’était fiancée d’elle-même avec M. Louis Say. Malgré toutes ses observations, M. Duval-Maressal se heurta à un refus absolu et il eut la pénible mission de retourner à Amiens pour apprendre à M. Maressal ce qui était arrivé à sa fille. » (D’après André Raoul-Duval, arrière-petit-fils de Jean Baptiste Say, dans une brochure réunissant quelques souvenirs familiaux, et cité par Joseph Valynseele, Les Say et leurs alliances. L’étonnante aventure d’une famille cévenole, 1971, note 26, pages 34-35).




Pour citer cette page

« Say, Jean-Baptiste (1767-1832), son frère Louis, et leurs familles », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), URI: https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Say,_Jean-Baptiste_(1767-1832),_son_fr%C3%A8re_Louis,_et_leurs_familles&oldid=42626 (accédée le 4 juillet 2022).

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