Vendredi 27 août 1858

De Une correspondance familiale


Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son fils Auguste Duméril (Trouville)



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Vendredi 27 août 1858

J'attendais hier, et, à plus forte raison, aujourd'hui une lettre de toi, qui mets si facilement la main à la plume. Voilà pourquoi je ne t'ai pas écrit ; ayant cependant plusieurs choses à te dire, mais je craignais le croisement de nos intentions – je prends donc mon parti car il est onze heures et demie et probablement si nous avons aujourd'hui de tes nouvelles ce ne sera que ce soir.

Voici d'abord des notes qui te concernent.

1° j'ai reçu de M. Grandidier père, de Château fleury-Mérogis près de Ris (Seine et Oise) une lettre datée du 20 dans laquelle il te dit que ses fils[1] actuellement à Cusco-pérou lui ont donné des renseignements sur l'iguane actuellement au Muséum – sur les lieux où on le trouve, ses habitudes, ses mœurs, sa nourriture, j'ai donné connaissance à Vallée de ces détails – il en a pris note et en tiendra compte. Le père a transmis à ses fils la lettre que tu lui avais écrite. ils ont fait des collections géologiques et étudié très à fond les mines de ce pays tu trouveras cette lettre que je conserverai.

2° M. Noël Suquet t'annonce de Marseille 23 août qu'il a reçu les deux caïmans en bon état et qu'on va les soigner.

3° il est arrivé hier soir de Metz par la voie des chemins de fer une énorme caisse à ton adresse. je n'ai pas voulu la recevoir à la maison elle était trop embarrassante je l'ai fait porter à l'administration et Deville a donné le reçu – je viens d'aller savoir de ses nouvelles – elle était déposée à la salle des déballages – Thominot et un autre garçon l'ont montée pour la faire ouvrir devant moi et Bocourt s'est aussi trouvé là. Elle contenait une cinquantaine de Bocaux avec des Reptiles dans l'alcool. Ce sont pour la plupart des couleuvres et lézards du pays et quelques crapauds et salamandres. il y a aussi des tortues et une dizaine de chéloniens, de sauriens étrangers. Tout cela va être mis à part sur un Rayon distinct. je suppose que l'on t'envoie le tout pour que tu puisses en donner les noms en communication. je n'ai pas reçu de lettre d'avis.

rien de nouveau pour l'administration.

Madame Dunoyer[2] qui réunissait chez elle la Famille de Tarlé à une soirée de famille avant le Départ d'Antoinette et de son mari[3] – nous avait engagés. j'ai été dans le cas de ne pas accepter parce que c'était le mercredi soir de la Société d'Entomologie que j'avais manqué le jour de la séance précédente ; mais Constant et félicité[4] y sont allés – malheureusement sortis à 11 h 1/2 ils n'ont pas trouvé de voiture et ils ont été très mouillés.

Nous avons reçu ce matin une bien triste nouvelle par un billet de part de la famille Humblot Conté qui nous annonce la perte qu'ils ont faite de leur fille Caroline Marguerite qui est décédée à Cauterets le 17 août à l'âge de 21 ans. Elle a été inhumée à Saint Vallerin (Saône-et-Loire). La lettre est datée de La Louptière[5] 25 août. Il y a une lettre à ton adresse et à celle de ta femme[6].

Puisque tu es dans de tristes nouvelles : je te dirai que celles données hier sur l'état de Soubeiran par Cruveilhier qui le voit avec le médecin habituel ne doute pas qu'il n'y ait un ulcère si ce n'est pas un cancer à l'estomac.

Dans une lettre qu'Adine[7] a envoyée à sa mère – elle dit que dans la crainte qu'elle n'ait pas donné à Eugénie son adresse à Langrune elle nous prie de vous la transmettre et la voici : (chez Mlle Victoire Letellier) par Caen (Calvados)

je ne peux pas préciser le jour de mon départ – M. Ch. Mertzdorff, d'après la lettre de sa femme[8] reçue hier, devait m'écrire le lendemain je n'ai pas reçu cette lettre aujourd'hui. Au reste ne pouvant en ce moment te parler de cette lettre de Caroline qui peut faire modifier mes projets – je remets à te donner quelques détails à ce sujet quand je reviendrai de la faculté où je serai employé jusqu'à trois heures mais j'aurai le temps de te parler plus au long en profitant cependant du courrier d'Aujourd'hui.

me voici de retour. je t'apprendrai que Caroline, dans la lettre qu'elle écrit à sa mère, lui annonce que ses époques ne sont pas venues ; que pendant tous ses voyages, elle a été obligée de s'étendre complètement dans les voitures ; qu'elle éprouve des douleurs de reins dès le moment où elle se tient sur les jambes ; qu'elle se sent généralement mal à l'aise – on sait que, même avec des émétiques, elle est presque dans l'impossibilité de vomir. Elle se croit enceinte[9]. Elle ne manque pas d'appétit et elle y obéit. Elle craint bien de ne pouvoir assister à la noce[10]. Tout cela me prépare à ce que je ne fasse pas le voyage en Suisse – le mari me le proposera peut-être ; mais je suis bien décidé à ne pas l'accepter. Ce projet était très riant quand Caroline pouvait l’accepter en être, maintenant cela est tout différent j'irai cependant mais à la condition de faire de légères excursions.

M. Fröhlich[11] vient de venir – ne trouvant que moi à la maison, ces Dames étant sorties je crois pour voir un enfant qu'elles ont fait placer à Belleville – j'ai été obligé de le recevoir. il me quitte et il me charge sachant que je t'écris de vous faire ses amitié.

Adieu je vous embrasse bien fort tous

CD.


Notes

  1. Alfred et Ernest Grandidier.
  2. Clarisse Ghiselain épouse de Charles Dunoyer.
  3. Antoinette de Tarlé a épousé Gilbert de Milhau en 1856.
  4. Louis Daniel Constant Duméril (fils d’André Marie Constant Duméril) et sa femme Félicité Duméril.
  5. André Marie Constant Duméril a écrit « Laboutière », il s’agit plus probablement de La Louptière (Aube), village auquel sont attachés les Humblot Conté par les Thénard.
  6. Eugénie Duméril.
  7. Alexandrine Brémontier, dite Adine, épouse de Charles Auguste Duméril, est la fille d’Alexandrine Colombe Tarbé de Vauxclairs et de feu Georges Bertin Brémontier.
  8. Caroline Duméril, petite-fille d’André Marie Constant Duméril, fille de Félicité Duméril.
  9. Marie Mertzdorff naîtra le 15 avril 1859.
  10. Le mariage d’Emilie Mertzdorff, belle-sœur de Caroline, avec Edgar Zaepffel, est fixé au 7 septembre à Vieux-Thann.
  11. André Fröhlich.

Pour citer cette page

« Vendredi 27 août 1858. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son fils Auguste Duméril (Trouville) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_27_ao%C3%BBt_1858&oldid=35974 (accédée le 14 août 2022).

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