Dimanche 27 avril 1879

De Une correspondance familiale

Lettre d’Emilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1879-04-27 pages 1-4.jpg original de la lettre 1879-04-27 pages 2-3.jpg


Dimanche 27 Avril 1879
Jour de la matinée de Mme Roger[1] !

Merci, mon père chéri, pour la gentille lettre que j’ai reçue avant-hier ; tu sais que tes missives sont toujours les bienvenues ici, et qu’elles sont accueillies avec joie, surtout quand elles contiennent de bonnes nouvelles de tout le monde à commencer par notre cher papa.

Quand on a quelque chose de préoccupant, on vient tout de suite le dire à son papa, n’est-ce pas, et les papas sont si bons qu’ils veulent bien écouter souvent la même chanson ; eh bien ! je dirai à mon papa chéri que j’ai … une petit peur, parce que dans quelques heures mes pauvres mains vont se promener (peut-être bien maladroitement) sur un piano en présence d’une quantité de personnes, heureusement que je n’ai pas de réputation à soutenir de sorte que si je joue mal aucunes des personnes que je connais n’en seront étonnées et quand à celles que je ne connais pas, ce qu’elles penseront m’est bien indifférent.

Tu sais que Marie[2] a pris Jeudi sa première leçon d’aquarelle et M. Beauregard[3] a commencé par lui dire que ses dessins n’étaient pas mal du tout, il n’a rien corrigé et lui a presque fait des compliments ce qui, au dire de Mme Arnould[4], est excessivement rare, aussi Mathilde et Lucy[5] y attachaient-elles une très grande importance. Marie est déjà en train de travailler pour sa leçon de Jeudi, elle fait une tulipe qui prend assez bonne tournure, elle ne ressemble pas du tout à ses camélias.

Vendredi tante[6] est rentrée de chez bonne-maman[7] toute tourmentée parce qu’elle l’avait trouvée si faible, si fatiguée, ayant la parole un peu difficile, qu’elle se demandait si elle n’allait pas être malade et comme bon-papa[8] allait à l’Institut toute la journée, tante est restée auprès de bonne-maman et c’est tante Louise[9] qui nous a menées au cours de chant après la réunion de Mlle Viollet. Maintenant bonne-maman est comme à l’ordinaire mais il faut se tenir sans cesse sur ses gardes et cette pauvre tante en est toujours tourmentée. Comme c’est pénible de vieillir, et de voir vieillir ceux qu’on aime.

Nous avons été ce matin à la messe de 8 heures car nous devons déjeuner à 11h1/2, oncle[10] ayant un rendez-vous avec M. Frémy[11] ce matin. Nous n’avons pas voulu qu’il aille déjeuner chez bonne-maman, car nous devons partir à l’heure pour la matinée qui se passe rue d’Anjou de sorte que nous n’aurions pas vu oncle un instant de la journée.

Hier soir nous avons dîné toutes les trois chez tante Louise ; ces messieurs[12] étaient invités chez M. Péligot[13] et oncle m’a appris ce matin le mariage de Mlle Riche[14] qui habite aussi la Monnaie, mais le mariage n’aura lieu que dans dix-huit mois, car le fiancé n’a que 23 ans, il est encore à l’école centrale, et il faut qu’avant de se marier il fasse son volontariat, c’est assez drôle, n’est-ce pas ?

Tante Louise est très bien installée, son appartement est charmant et je crois qu’elle s’y trouvera bien ; la chambre de Marthe[15] y sera très jolie avec les rideaux neufs que lui donne M. Edwards.

Adieu, mon père chéri, je t’embrasse de tout mon cœur, comme je t’aime ainsi que bon-papa et bonne-maman[16].
Ta fille,
Emilie

Marthe m’a chargée de bien te remercier de la petite image que tu lui envoie et du gros baiser que je n’ai pas oublié et je crois que j’entrerai dans ses vues en t’en renvoyant un de sa part.

J’oubliais de te dire que j’ai eu hier au cours d’anglais[17] une dictée sans faute, c’est la première fois que cela m’arrive, il est vrai que c’était une pièce de vers facile et que j’ai compris presque tous les mots. Marie n’a eu qu’une faute.
Bien des choses de sa part ; tu prendras ce que tu voudras, elle n’a pas spécifié la nature des choses.


Notes

  1. Pauline Roger, veuve de Louis Roger, professeur de piano.
  2. Marie Mertzdorff, sœur d’Emilie.
  3. Ange Louis Guillaume Lesourd-Beauregard.
  4. Paule Baltard épouse d’Edmond Arnould.
  5. Lucy (†) et Mathilde Arnould.
  6. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  7. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  8. Jules Desnoyers.
  9. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  10. Alphonse Milne-Edwards.
  11. Edmond Frémy.
  12. Alphonse et son père Henri Milne-Edwards (« M. Edwards »).
  13. Eugène Melchior Péligot.
  14. Jeanne Marthe Aimée Riche épouse Edmond Henri Gélis-Didot en 1880.
  15. Marthe Pavet de Courteille.
  16. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  17. Cours d’anglais avec Céline Silvestre de Sacy, épouse de Frédéric Foussé.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 27 avril 1879. Lettre d’Emilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_27_avril_1879&oldid=39575 (accédée le 14 août 2022).

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