Vendredi 28 septembre 1860

De Une correspondance familiale

Lettre de Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa mère Félicité Duméril (Paris)

original de la lettre 1860-09-28 pages1-4.jpg original de la lettre 1860-09-28 pages2-3.jpg


Vieux Thann[1]

28 Septembre 1860

Ma chère Maman

Tu ne saurais croire combien mon temps a été pris depuis une huitaine de jours, il m'a vraiment été impossible de t'écrire comme je l'aurais voulu. Jeudi dernier, Elise[2] est revenue s'installer chez nous, Samedi ma tante[3] l'a rejointe, Dimanche j'ai eu toute la famille à dîner, Lundi les Zaepffel[4] sont partis enfin Mardi j'ai eu mon grand dîner dont Léon[5] a dû te parler. Les Dollfus sont venus au nombre de 9 aussi étions nous 18 à table et comme j'avais fait un assez beau dîner, tu comprends que j'ai été bien occupée la veille, le jour et le lendemain, enfin hier ma tante et Elise sont reparties. La journée Dollfus s'est très bien passée, on est arrivé seulement à midi, le dîner a été assez long, puis on s'est promené, on a visité la fabrique et on est parti à 6 h 1/2. Mme Dollfus[6] a été bien aimable comme tu le penses, sa belle-sœur[7] aussi, on a beaucoup parlé de vous naturellement. Mon dîner a remarquablement réussi : en voici le menu

navets perdrix à la sauce filet de bœuf. poulets au blanc, épinards, crème russe, langue salée, chevreuil, écrevisses, gâteau 2 faisans tirés par Edgar.

J'avais pris la femme d'Alphonse[8] pour aider et comme elle découpe, le service s'est très bien fait. Je te prierai de vouloir bien me rapporter des réchauds en plaqué, j'ai toujours oublié de t'en parler, crois-tu qu'avec 2 j'en aurais assez. Maintenant j'attends avec impatience que vous me fixiez le jour de votre arrivée ; ce sera pour sûr la semaine prochaine, tu comprends combien je me réjouis ; Mimi[9] parle déjà de maman Méyil[10] qui apportera un <toune patoune et un méjage>. Cette chère enfant va très bien sauf un petit dérangement d'entrailles causé par ses dents ; elle est si gaie et si amusante, je ne puis te dire combien je me réjouis à l'idée du plaisir que vous allez avoir avec ce petit personnage.

Je serais bien aise, ma chère maman si tu pouvais écrire ou aller voir Mme Mertiau afin d'avoir par elle des détails sur la sage-femme que j'ai en vue. Elle s'appelle Marianne Schmutz et a été longtemps à <Bavillers>, elle a soigné 2 ou 3 fois Mme Mertiau. Aujourd'hui Charles[11] a pris son 28e et dernier bain. Le temps froid que nous avons est bien contraire aux bains. J'espère que tes dents vont mieux, quant à moi je ne me sens plus de rien mais Cécile[12] souffre à son tour. Léon est très bien au physique et au moral nous sommes bien contents de lui. Voici encore quelques petites commissions dont je vous prie de vouloir bien vous charger : 2 bouteilles vinaigre société hygiénique[13] ; l'ouvrage de Mlle Maria Carpentier sur les salles d'asile[14] ; 2 boîtes de fil au petit tambour 1 noire et 1 blanche et 2 ou 3 douzaines de boutons de gilet, un mètre grenadine[15] noire pour manches, 2 cravates, grandes, en satin noir. Je vous remercie à l'avance pour toutes vos peines. Je t'autorise très volontiers à donner de ma part à Alex.[16] ce qui lui sera nécessaire pour élever son enfant. Catherine[17] est-elle mariée ; je suis étonnée de n'en avoir rien entendu dire.

Adieu, ma chère maman écris bien bien vite le jour de votre arrivée je t'en prie ; il me semble que tu seras bien vite prête quand mon oncle et ma tante[18] seront de retour.

Si je ne te dis rien de Mlle Romane nous n'en pensons pas moins bien souvent à elle, dis-le lui de notre part je te prie.

Je t'embrasse ou plutôt nous t'embrassons bien tendrement ainsi que bonne-maman[19] et papa[20]

Ta fille dévouée

C. Mertzdorff

Mlle H. Kestner[21] vient d'être bien malade, elle est mieux. Voilà assez longtemps que je suis sans nouvelles d'Eugénie[22]. Ils sont de retour ou à la veille de leur départ à ce que je pense. Ils ont bien joui de leur réunion de famille


Notes

  1. La lettre est rédigée sur papier deuil, après le décès, le 14 août, d’André Marie Constant Duméril.
  2. Elisabeth (Elise) Metzdorff.
  3. Caroline Gasser, épouse de Frédéric Metzdorff et mère d’Elise.
  4. Emilie Metzdorff et son époux Edgar Zaepffel.
  5. Léon Duméril, frère de Caroline.
  6. Noémie Martin, veuve de Frédéric Dollfus ; elle a trois enfants.
  7. Catherine Dettwiller, épouse de Gaspard Dollfus ; ils ont trois enfants.
  8. L’épouse du jardinier.
  9. Marie Metzdorff, fille de Caroline, âgée de 18 mois.
  10. Félicité Duméril, grand-mère de Marie.
  11. Charles Metzdorff, époux de Caroline.
  12. Cécile, domestique chez les Metzdorff.
  13. La Société hygiénique est une parfumerie, rue de Rivoli.
  14. Marie Pape-Carpantier (1815-1878), Conseils sur la direction des salles d'asile, L. Hachette, 1e édition en 1846, 3e édition en 1856.
  15. Tissu léger fait de soie noire.
  16. Alexandrine, domestique chez les Duméril.
  17. Jeune femme non identifiée, protégée de Félicité Duméril.
  18. Auguste et Eugénie Duméril rentrent de Trouville le 30 septembre.
  19. Alexandrine Cumont, veuve d’Auguste Duméril l’aîné.
  20. Louis Daniel Constant Duméril.
  21. Hortense Kestner.
  22. Eugénie Desnoyers, amie de Caroline.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Vendredi 28 septembre 1860. Lettre de Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa mère Félicité Duméril (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_28_septembre_1860&oldid=35991 (accédée le 18 août 2022).

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