Vendredi 25 janvier 1878 (A)

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)

original de la lettre 1878-01-25A pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-01-25A pages 2-3.jpg


25 janvier 78[1]

Ma chère Marie

Je viens de recevoir ta bonne lettre que j’ai lue en m’en allant à un grand festival par une pluie entremêlée de neige peu agréable. Le courrier arrive si tard maintenant que c’est à peine si l’on peut en prendre connaissance avant la cloche de midi. Cette bonne petite lettre me dit que vous allez tous bien j’ai souvent dans la journée pensé à vos Dames voyageuses[2] qui roulent encore ; espérons qu’elles arriveront sans trop de fatigue à Cannes.

Je te disais que j’ai dîné en ville aujourd’hui même en nombreuse société. Marie[3] a chez elle depuis quelques jours déjà une demoiselle Lomüller[4] amie qui était de la noce[5] & que tu te souviens peut-être avoir vue.
(Demoiselle assez jolie & qui me paraît charmante.)

Mme Stackler[6] a attendu mon arrivée pour inviter avec ses enfants[7] le moulin[8] & nous[9], M. & Mme Miquey[10] & Mlle Marie Bernard l’artiste peintre la plus jeune des 2 sœurs.
Nous étions comme tu vois assez nombreux & cependant pas assez pour absorber le dîner sans façon, qui nous a été offert. Marie ma voisine de gauche était fort gaie & s’est assez bien acquitté de aussi a-t-elle bien meilleure mine qu’il y a un mois c’est un changement complet & pour peu qu’elle continue ainsi encore un mois elle sera comme tout le monde bien portant. Dès mon arrivée je lui ai fait compliment de sa bonne mine, ce qui lui a fait plaisir, elle a beaucoup d’entrain va souper chez sa mère & ce soir Michel[11] la cherchera, & lorsqu’elle est là-bas elle ne rentre guère qu’à 11 h ce qui est tard.

A cette occasion j’ai prié Mme Miquey de faire expédier à Mme Milne- Edwards[12] un pâté de foie gras fait à Mulhouse chez Wagner hôtel de la Cigogne[13] qui les fait dit-on mieux qu’à Strasbourg, les anciens pâtissiers n’y étant plus[14].
vous me direz s’il est bon.

avant-hier ces Dames ont passé la soirée chez les Berger, il paraît que Mlle Bornèque[15] (du Docteur) a un très beau talent qui ne se fait pas prier pour se faire entendre aussi la pauvre Demoiselle travaille 4 h par jour & va une fois par semaine à Bâle pour une leçon. les DemoisellesBerger[16] ont chanté quelques duos qui ont fait plaisir. Mais je ne crois pas que Marie[17] se soit fait entendre ; la soirée était à ce qu’il paraît fort gaie & a duré jusqu’après 11 h. Depuis mon retour le temps n’est pas beau il pleut journellement & en partie il neige dans la montagne. Une boue peu agréable sur le macadam du village & de la fabrique.

Ici il y a beaucoup de malades & je viens d’instituer Emilie[18] visiteuse des malades pauvres qui de temps à autre aura à me signaler les nécessiteux. beaucoup d’ouvriers sans travail & beaucoup nous arrivant d’Allemagne & de France. Les parents de Thérèse[19] qui sont seuls à loger les pauvres voyageurs disent que jamais ils en ont tant logés & on parle de plusieurs usines qui vont successivement se fermer. Tu vois que j’aurai l’emploi de mes 200 sacs de pommes de terre.

Aucun évènement ne s’est produit pendant le mois de mon absence & pour la fabrique il nous arrive assez de marchandises pour travailler régulièrement tous les jours de la semaine. Il n’en est malheureusement pas ainsi des Berger qui ne travaillent que ½ du temps.

Ce matin visite à la serre qui est très fleurie & fait plaisir à voir. Ce sont principalement les camélias blancs qui dominent dommage que je ne puisse pas vous en faire profiter, il y aurait de quoi te faire un ravissant bouquet pour samedi. Ce soir je serai bien avec toi, mais cependant je ne compte pas te suivre tout le temps par la pensée que je tâcherai de faire taire par le bon Morphée.

Tu embrasseras bien ta grosse sœur chérie[20] qui dans 6 semaines nous dira Adieu épines vives les roses. & je ferai chorus. & nous chanterons le même chœur, ravissant concert ?
Ne m’oublie pas auprès de tante & Oncle[21] & pour toi tous mes baisers ton père
ChsMff

prière de m’abonner en passant chez Seppré[22] aux 4 Journaux-ci avec j’aurais dû le faire moi-même !
Il a neigé cette nuit mais la neige ne reste pas en plaine, il doit y en avoir pas mal à la montagne. Il ne fait pas froid


Notes

  1. Papier à en-tête : MERTZDORFF & CIE
  2. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas et Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille, en route pour Cannes.
  3. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  4. Maria Lomüller.
  5. Mariage Léon Duméril-Marie Stackler, en avril 1877.
  6. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler et mère de Marie.
  7. Marie Stackler et Léon Duméril.
  8. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril, qui vivent au Moulin.
  9. Probablement Charles Mertzdorff et Georges Duméril.
  10. Étienne Miquey et son épouse Joséphine Fillat.
  11. M. Michel, cocher de Charles Mertzdorff.
  12. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  13. L’hôtel, près de la poste, et le café de la cigogne qui appartiennent à M. Wagner sont signalés par le Guide du voyageur (1842).
  14. Charles Mertzdorff fait allusion à la famille Artzner.
  15. Marie Julie Bornèque, fille du docteur Pierre Léon Bornèque.
  16. Marie et Hélène Berger.
  17. Marie Stackler-Duméril.
  18. Émilie Sussenthaller ?
  19. Thérèse Neeff, fille de François Neeff et de Joséphine Fricker.
  20. Emilie Mertzdorff, qui prépare l’examen de fin de cours.
  21. Aglaé Desnoyers et son époux Alphonse Milne-Edwards.
  22. M. J. J. Seppré, libraire et éditeur, 60 rue des Écoles.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 25 janvier 1878 (A). Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_25_janvier_1878_(A)&oldid=35941 (accédée le 8 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.