Mercredi 23 janvier 1878

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1878-01-23 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-01-23 pages 2-3.jpg


Paris 23 Janvier 1877[1]

Mon cher Papa,

Si tu savais comme nous[2] avons été heureuses ce matin en recevant de tes nouvelles : nous n’osions pas trop espérer une lettre de toi car nous savons bien que le jour de ton arrivée tu es pris de tous les côtés ; moi aussi je voulais t’écrire hier mais comme tu vois je ne l’ai pas fait ; du reste je n’avais pas encore grand-chose à te dire quoiqu’il me semble qu’il y a déjà longtemps que tu nous as quittés. Après ton départ nous sommes rentrés dans le cabinet d’oncle[3] où M. Edwards[4] signait ses cartes de l’association[5], je me suis mise à les écrire ce qui m’a pris assez de temps puis j’ai lu de l’Odyssée et enfin j’ai terminé ma soirée en faisant une dictée à Emilie, que j’ai fort mal faite du reste, car, pour ne pas perdre de temps, j’ai pris mon livre d’anglais qui m’a absorbée complètement et a  m’a fait souvent oublier la pauvre dictée.

Hier matin (comme ton carnet pourra te le dire) nous avons eu Mlle Duponchel[6] ; elle a un peu refrotté ma tête rouge et lui a donné l’air propre ce qui n’était pas facile, comme tu sais ; puis j’ai travaillé à ma bosse. Marthe[7] et Emilie ont continué leur paysage, bien tristes toutes deux de prendre leur dernière leçon ensemble.

Mlle Poggi[8] n’est pas venue ni Mlle Bosvy[9] mais c’était convenu avec cette dernière, tante[10] y a conduit Emilie et c’est Mlle Bosvy qui l’a menée au cours où l’examen de M. Pitolet avait lieu ; la malheureuse n’est rentrée qu’à 6h1/2 ! On reconnaît bien là l’ennuyeux M. Pitolet il paraît qu’il a été aussi assommant que de coutume. Emilie nous a dit qu’elle avait bien répondu et qu’il leur avait dit à toutes qu’elles auraient certainement été reçues à l’examen. C’est bien encourageant. Tante a eu beaucoup de visites mais je suis peu descendue ; seulement pour Mlle Serret que je connais à peine et qui m’ennuie, et puis pour Hortense[11] qui est restée très longtemps et que j’ai bien vue car il n’y avait personne en même temps. La pauvre fille ne s’amuse guère et me trouve bien heureuse, je crois, d’avoir tant de soirées.

Le soir nous avons eu la famille ; c’était un dîner d’adieux. Mme Dumas[12] n’est pas venue, mais par contre nous avons eu Mme Brongniart et Jeanne[13] qui étant seules chez elles sont venues dîner avec nous. Nous avons joué au avec le croquet de chambre de Jean[14] mais le parquet de la bibliothèque est tellement en pente que de quelque côté que nous jouions nos boules venaient infailliblement rouler dans la cheminée, nous n’en avons pas moins joué avec persévérance toute la soirée.

Ce matin nous n’avons pas été bien diligentes ; j’ai fini l’Odyssée, nous avons déjeuné, je t’écris maintenant puis je vais commencer mon devoir de littérature, à 121/2 je partirai avec Cécile[15] pouraller rejoindre tante chez Mme Dumas et aller avec elle à la Sorbonne. Mon devoir n’est pas fini ! Je ne devrais pas te le dire. A 4h nous irons faire nos adieux à Mme Pavet et à la pauvre Marthe[16]. Mme Lima[17] ne viendra pas elle nous a écrit ce matin qu’elle ne pouvait pas encore parler.

Adieu mon Papa chéri que j’aime, il me semble aussi que nous ne t’avons pas bien dit adieu et surtout que nous ne t’avons pas bien remercié d’avoir prolongé ton séjour pour nous. Mais je n’aime pas parler au moment des départs.
Je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que bon-papa et bonne-maman[18].
Amitiés à tante Marie[19]
ta fille qui t’aime énormément.
Marie


Notes

  1. Lire : 1878.
  2. Marie et sa sœur Emilie Mertzdorff.
  3. Alphonse Milne-Edwards.
  4. Henri Milne-Edwards, père d’Alphonse.
  5. Probablement l’Association scientifique de France.
  6. Marie Louise Duponchel professeur de dessin.
  7. Marthe Pavet de Courteille.
  8. Mlle Poggi, professeur de piano.
  9. Marguerite Geneviève Bosvy.
  10. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  11. Hortense Duval.
  12. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  13. Catherine Simonis, épouse d’Edouard Brongniart et mère de Jeanne Brongniart.
  14. Jean Dumas.
  15. Cécile Besançon, bonne des demoiselles Mertzdorff.
  16. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille et mère de Marthe Pavet de Courteille.
  17. Mme Lima, professeur d’allemand.
  18. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  19. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 23 janvier 1878. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_23_janvier_1878&oldid=42801 (accédée le 14 août 2022).

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