Vendredi 21 mai 1869 (B)

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son épouse Eugénie Desnoyers (Nogent-le-Rotrou-Launay)

original de la lettre 1869-05-21B page1.jpg original de la lettre 1869-05-21B page2.jpg original de la lettre 1869-05-21B page3.jpg original de la lettre 1869-05-21B page4.jpg


CHARLES MERTZDORFF

AU VIEUX THANN

Haut-Rhin[1]

Ma chère amie

Je t'ai écrit ce matin ; Quoi ? je n'en sais rien tellement j'avais hâte, non pas de te quitter, mais bien de répondre à tout & tout le monde.

Me voilà tranquille, il est près de 10 h. je viens de finir mon compte de fin de mois.

Parlons d'abord de tes domaines. En arrivant j'ai trouvé le petit contremaître peintre avec un homme, ne sachant plus que faire attendant mon retour. Je l'ai mis dans le corridor, réparer peinture de quelques portes. Donner une couche au tout. Sur les entrefaites arrive le grand Maître Bulffer ; convenu avec lui qu'il donnera quelques peintres de plus pour achever le peu qui reste. Décidé de faire nos couloirs, Escaliers etc., en Marbre, non que cela soit plus beau mais couche pour couche, je me suis laissé persuader que cette dernière peinture est facilement réparable, raccords faciles, comme il y a toujours des plâtres qui tombent, des <accrocs>. Premier empiétement dans vos domaines. La petite salle à manger est en sous-œuvre, plafond papier pour couvrir les taches. Ce sera fini demain, en attendant j'ai dîné & soupé aujourd'hui dans la grande salle à manger en société de tous nos chinois & de mon petit Industriel.

Demain matin l'on se mettra à Coller le papier à l'ancienne cuisine de Maman[2] & suivi d'un papier dans mes 2 cabinets de toilette. Autre irrégularité peu respectueuse ? Le maçon élèvera la fenêtre donnant sur la glacière, & menuisier ouvrira la petite fenêtre à double carreau pour que <le son> n'y passe pas & que les odeurs restent. Le gaz pour les <  >. Tu <soigneras> <  >

La porte entre les 2 salles à manger a cédé énormément ; l'affaissement doit être considérable, je n'ai pas encore été au billard pour en étudier les causes que je crois deviner mais non éviter.

Je ne vois pas trop ce qu'il y a à faire à la cuisine qui est parfaitement blanche ou peu s'en faut. faut-il lui donner une autre couleur ?

Serrure à nouvelle porte est mise, elle est convenable, seulement avec toutes ces nouvelles serrures, dites à pompes, il y a un seul & grand inconvénient, Si elles ne sont pas crochetables les clefs les ouvrent indistinctement une clef pour mon bureau, celui du bas, & la maison 5 serrures & 20 mêmes clefs ! Heureusement que pour nous l'inconvénient n'est pas trop grand.

Les pupitres des Enfants[3] sont charmants si elles ne travaillent pas elles seraient bien bien ingrates ; car seulement à les regarder cela donne envie de s'y asseoir & y ranger toute sa science.

Ton petit salon que tu as vu presque achevé est charmant, si tu y étais vraie bonbonnière bien appropriée aux petits bijoux qui vont le meubler bientôt ? Parquet ciré etc.

Aussitôt le papier dans chambre d'Alphonse & Agl[4] arrivé l'on finira ce côté de la maison.

Il n'en est pas de même des chambres des armoires je n'ai pas eu le temps de savoir où en est ce travail auprès de mes menuisiers du Village.

Du côté du Jardin la maison fait bien, la couleur un peu foncée fait bien. Infiniment mieux que la couleur du ciment. Les maisons se trouvent plus petites, un peu écrasées & bien moins en vue. Vraie couleur pour une maison d'usine. Pas de nouvelles de ma balustrade parisienne, je ferai écrire, si elle n'était pas prête, j'y renoncerais bien volontiers à cause de son peu de solidité à la gelée.

Mais tout compte fait, impossible que tout soit prêt fini dans la quinzaine. à moins d'un exploit dont Bulffer est incapable. Les artistes Parisiens avaient encore 3 à 4 jours de travail dans la maison de ma mère au lieu de les laisser finir il a dû les envoyer à Lucerne, où les anglais arrivent déjà en foule.

Après avoir quitté le charmant séjour de Launay je ne m'attendais pas à trouver notre petit Jardin si bien. La végétation y est très belle, si les rhododendrons qui fleurissent ne sont pas beaux & il s'en faut (j'espère que nous ne les perdrons pas), les massifs sont bien fleuris & surtout les arbres d'une fraîcheur qui fait plaisir à voir.

Le Rocher de la serre est dans son <beau> avec tout ce qu'il contient. Je vais mettre du monde à rehausser le long du mur. Le jardinier[5] n'a pas continué la petite rivière de Papa[6]. Mais je parle jardin je n'y étais que 5 minutes, car l'on m'en a arraché, fait jeter mon cigare. pour qui ! Le candidat officiel[7] M. Gros[8] qui sachant M. le Maire[9] de retour s'est empressé de < >. J'avoue que je n'étais pas content & je ne lui ai pas dissimulé que je ne serai pas pour lui. Pauvre homme ! quel métier ! le malheureux avait les larmes aux yeux. M. Keller[10] dont j'attends aussi la visite a toutes les chances de réussir du premier coup à moins de grandes illusions de notre part.

M. flach[11] est tellement convaincu qu'il ne sait pas s'il votera pour lui ; craignant que Gros n'aura pas une seule voix à Vieux-thann ; je soutiens son noble courage. Pas une voix pour l'officiel tous les fonctionnaires au livre noir ! Il en est à peu près ainsi dans tous ces environs. L'on prétend même qu'il aura une belle minorité à Wesserling même.

Ce soir j'ai composé mon bureau d'élection. je vais préparer les budgets, car tout cela doit être fait, voté etc. avant mon départ.

J'ai fait une petite visite à <nouvelle> école, l'on y travaille bien, j'ai même dû arrêter pour suivre les changements faits à Launay. Il y aura quelques portes à déplacer, cloisons à reculer etc. Je verrai cela avec l'entrepreneur demain. Je n'ai pas été chez Kestner qui me dit-on distribue des bulletins Keller & Grosjean aux ouvriers.

Ma nouvelle cuisinière[12] fait tout son possible pour me contenter ; de toute la journée je n'ai vu dans la maison que Gustave qui a planté les <cosmos> dans les jardinières des fenêtres. Sa cuisine n'est pas mauvaise <cela> peut parfaitement aller ainsi jusqu'à l'arrivée de la titulaire[13]

Pourvu que vous ayez un temps moins mauvais que celui qu'il fait ici. <   >.


Notes

  1. En-tête imprimé.
  2. Marie Anne Heuchel, veuve de Pierre Mertzdorff, décédée en 1868.
  3. Marie et Emilie Mertzdorff.
  4. Alphonse Milne-Edwards et son épouse Aglaé Desnoyers.
  5. Gustave, jardinier chez les Mertzdorff.
  6. Pierre Mertzdorff, décédé en 1843.
  7. Ce passage de la lettre est relatif aux élections législatives.
  8. Aimé Gros.
  9. Charles Mertzdorff lui-même.
  10. Emile Keller.
  11. Michel Flach, instituteur.
  12. Probablement Victoire.
  13. Thérèse.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 21 mai 1869 (B). Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son épouse Eugénie Desnoyers (Nogent-le-Rotrou-Launay) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_21_mai_1869_(B)&oldid=35885 (accédée le 8 août 2022).

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