Vendredi 16 octobre 1812

De Une correspondance familiale


Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Tours)


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215 N

Paris 16 Octobre 1812

Rien ne m’est plus agréable cher ami, qu’une lettre de toi longue et détaillée, et je te remercie d’avoir profité de ce que tu avais moins d’occupations à Nantes, pour causer avec moi plus au long. J’ai reçu hier, 15, ta bonne lettre du 11, partie le 12. Tu me dis des choses fort aimables sur mes longues lettres et sur la crainte qu’elles ne me fatiguent à écrire, mais ce que je puis t’assurer, c’est que le plaisir de jaser au long avec toi, l’emporte de beaucoup sur la fatigue que j’en éprouve, qui est réellement très peu de chose. Cette occupation qui me coûte tant à l’ordinaire, devient une jouissance lorsque c’est à toi que je m’adresse, aussi aurais-je été très malheureuse si mes malaises m’avaient empêchée de tenir la plume. Je l’ai prise hier pour ta mère[1] à qui j’ai écris une assez longue lettre. Tu auras vu par une de mes précédentes que j’ai rempli tes intentions en répondant au billet du Général DeJean[2]. maintenant je voudrais écrire à Mme De candolle[3], et je tacherai de le faire un de ces jours avant de faire ma petite couvée comme elle s’exprime en écrivant à sa mère[4], car elle croit que je pense toujours avoir plus d’un enfant ; mais cette idée m’est bien passée ; les mouvements sont trop forts pour croire qu’il y ait là plus d’un marmouset ; les coups de pieds, les coups de tête, tout cela va joliment. Mes reins ne sont pas bien forts surtout depuis quelques jours, et ce mal que j’y ressens par moments, est revenu justement un mois après les premières douleurs. J’ai vu deux fois M. Deneux ces jours derniers il m’a encore menacée d’une saignée mais il n’a rien trouvé d’assez marqué pour s’y décider. A sa première visite je lui dirai ce dont tu me charges pour lui. Je dors bien et c’est un grand point pour moi qui ai besoin de tant de sommeil. Ces jours derniers le temps a été si variable, que ne me trouvant pas grand force je ne suis pas sortie, cependant je compte bien tacher de profiter du premier beau soleil pour remettre le nez à l’air. Mardi, les Say[5], qui étaient revenus à Paris dans la journée, vinrent passer la soirée avec nous ; on fit un petit boston où je jouais mon rôle comme je pus. Maman[6] leur fit promettre de venir dîner avec nous hier jeudi ; M. et Mme Chabaud[7] et leur fille qui savaient qu’ils dînaient à la maison vinrent passer la soirée. On avait invité M. Bertrand, tout cela fit presque une assemblée. chacun me demanda de tes nouvelles, et les Say me recommandèrent de t’envoyer leurs amitiés. Ce que tu me dis sur la manière dont Louis[8] monte l’établissement de la raffinerie nous fait grand plaisir, pour lui qui doit être content de lui, et ce contentement de lui-même doit lui faire un grand bien après tous les mauvais moments qu’il a passés ; et pour son frère[9] qui doit espérer par là que l’établissement sera bien dirigé. Les détails que tu nous donnes sur les petites[10] nous ont aussi charmés ; Constant[11] a été enchanté des petites lettres qu’il a reçues d’elles, ses yeux en brillaient et il leur répondra avec la première lettre qu’on écrira d’ici à leurs parents. A l’heure qu’il est tu dois avoir quitté toute cette bonne famille de Nantes, te revoilà sur les grands chemins, je désire bien que tu ne les trouves pas trop gâtés. Je jouis de penser que le chemin que tu feras maintenant te rapprochera toujours de nous. Lorsque tu verras M. Bretonneau[12] ne manque pas je te prie de lui dire quelque chose d’aimable de ma part. Toute la famille t’envoie mille amitiés. François[13] est un peu souffrant depuis quelques jours de son mal aux yeux nerveux, nous le devinons sur les grimaces que cela lui fait faire, mais elles sont tout à fait involontaires et il ne sait comment s’en empêcher.

Je continue à être fort contente de ma petite bonne, son service autour de moi est très agréable, et sa douceur me charme. Constant s’arrange très bien avec elle. Ce petit Monsieur ira dans un moment faire une promenade avec son bon Papa[14], il en a fait avec son Oncle, ces jours derniers. Adieu très cher ami, aie bien soin de ne pas te laisser enrhumer par cette humidité. Je commence à espérer que tu feras tout ton voyage sans migraine. Je t’embrasse bien tendrement et je pense toujours à toi dans tous les moments.

A. Duméril

Tu as eu il y a quelques jours à l’estrapade la visite de M. Dumas de Montpellier[15]


Notes

  1. Rosalie Duval.
  2. Jean François Aimé Dejean.
  3. Anne Françoise Torras, épouse d’Augustin Pyramus de candolle.
  4. Anne Gardelle, épouse de Pierre Torras.
  5. Jean Baptiste Say, son épouse Julie Gourdel de Loche, et leurs enfants.
  6. Marie Castanet, épouse de Daniel Delaroche.
  7. Probablement Antoine Georges François de Chabaud Latour, son épouse Julie Verdier Lacoste (cousine d’Alphonsine Delaroche), et leur fille Suzanne Rosette.
  8. Louis Say.
  9. Jean Baptiste Say.
  10. Mathilde et Pauline Elise, filles de Michel Delaroche et Cécile Delessert.
  11. Louis Daniel Constant Duméril.
  12. Pierre Bretonneau.
  13. Etienne François Delaroche, oncle du petit Louis Daniel Constant.
  14. Daniel Delaroche.
  15. Charles Louis Dumas.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril à sa femme, p. 119-122)

Annexe

A Monsieur

Monsieur Duméril, Président des Jurys de Médecins

à la boule d’or

à Tours

Pour citer cette page

« Vendredi 16 octobre 1812. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Tours) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_16_octobre_1812&oldid=53894 (accédée le 2 juillet 2022).

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