Mercredi 14 octobre 1812

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à sa belle-mère Rosalie Duval (Amiens)

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N° 214

Paris 14 Octobre 1812

Ma très chère Maman

Je sais que l’intention de Constant[1] était de vous écrire pendant son court séjour ici, mais ignorant s’il en a trouvé le moment, et ne voulant pas que vous restiez longtemps sans avoir de ses nouvelles et aussi des miennes, maintenant que je puis vous apprendre son heureuse arrivée à Nantes, je ne veux plus tarder à causer quelques moments avec vous, et à vous témoigner combien m’ont fait de plaisir tous les détails que m’a donné votre fils sur toute sa famille dont il a eu tant de plaisir à se trouver ainsi rapproché pendant quelques moments ; J’ai surtout bien joui de savoir, comme vous et notre cher Papa[2] êtes contents maintenant de vos santés.

Par ses récits il m’a rapprochée de vous et m’a par là un peu dédommagée de ce que je n’ai pu partager avec lui le plaisir de vous aller voir. Nous lui avons trouvé une mine excellente, il nous a paru même un peu engraissé ainsi que son compagnon de voyage[3], chez lequel c’est même bien plus marqué, et qui parait aussi fort enchanté de son séjour à Amiens.

La visite de M. Duméril m’a paru terriblement courte, d’autant qu’il a été fort occupé pendant les deux jours qu’il a passés ici ; ce second départ, qui était pour un grand mois, m’a été bien plus sensible encore que le premier. Cependant Constant m’a laissée bien mieux portante, et fort rassurée sur la crainte que nous avions eue pendant quelques jours, de voir que mon accouchement eût lieu bien avant terme ; J’ai continué depuis à aller assez bien, jusque à des ces derniers jours que j’ai éprouvé encore quelques maux de reins, mais bien moins forts et bien moins constants que les premiers, et que le repos et le lit ont à peu près fait dissipés. Vous devez comprendre chère maman combien je jouis d’être chez mes Parents[4], pendant l’absence de votre fils et pendant un temps qu’il faut passer, par ordonnance de médecins et d’accoucheur, dans une si grande tranquillité ; je suis toujours entourée d’une bien douce société ; Le grand inconvénient de la chose c’est qu’on me gâte et aussi un peu mon petit Constant[5], qui cependant n’abuse pas des bontés qu’on a pour lui, et est réellement très sage. Il se développe beaucoup, et nous fait parfois des petits discours vraiment bien drôles ; il est d’une gaieté soutenue qui fait un grand plaisir à voir. Son Papa doit repartir de Nantes sous peu de jours ; il y a trouvé mon frère[6] et sa famille en bonne santé ; en les quittant il va toujours se rapprocher de nous et enfin les premiers jours du mois de Novembre nous le verrons revenir pour tout de bon, je suis fort chagrine à cause de lui de ce que le temps est devenu si variable. Il a eu un grand plaisir à revoir son neveu Montfleury[7], il en a été extrêmement content et a été charmé de sa réserve et de sa modestie jointes à beaucoup de connaissances. Je vous prie de vouloir bien lui dire de ma part mille choses amicales. J’en adresse aussi de bien fraternelles à mon beau-frère et à ma belle-sœur ; veuillez dire à cette dernière que j’ai fait sa petite commission de teinture mais que chez malgré que je me sois adressée au même teinturier que pour les robes de Mme defrance[8] on a dit que les franges ne réussiront pas très bien, cependant j’ai cru devoir les laisser teindre également : Quand on me les m’aura rendu ces objets je chercherai une occasion pour les lui faire parvenir. - ? Adieu ma très chère Maman recevez je vous prie ainsi que mon cher Papa l’expression de mon tendre et respectueux attachement.

A. Duméril

Je suis bien désireuse d’avoir de vos nouvelles à tous, j’espère donc que quelqu’un de la famille voudra bien m’en donner bientôt. Je vous prie de présenter mille compliments de ma part à Madame et à Monsieur Duval[9]. J’espère que vous avez de bonnes nouvelles de mon beau-frère Auguste et de sa femme et de ses enfants[10].


Notes

  1. André Marie Constant Duméril.
  2. François Jean Charles Duméril.
  3. Hippolyte Cloquet accompagne AMC Duméril dans sa tournée des jurys de médecine comme secrétaire.
  4. Alphonsine s’est provisoirement installée rue Favart chez ses parents Marie Castanet et Daniel Delaroche. Voir les adresses de la famille Duméril.
  5. Louis Daniel Constant Duméril.
  6. Michel Delaroche.
  7. Florimond dit Montfleury (le jeune), porte les mêmes prénom et surnom que son père (un frère d’AMC Duméril), dont la seconde épouse est Catherine Schuermans.
  8. Basilice Leguay épouse de Louis Defrance.
  9. Augustin Duval, conseiller à la cour d’Amiens et sa femme Flore Maressal.
  10. Auguste (l’aîné), frère d’AMC Duméril ; sa femme Alexandrine Cumont ; leurs enfants Félicité et Charles Auguste Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 3ème volume, p. 90-93)

Annexe

A Madame

Madame Duméril

Petite rue St Remy N° 4

à Amiens

Pour citer cette page

« Mercredi 14 octobre 1812. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à sa belle-mère Rosalie Duval (Amiens) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_14_octobre_1812&oldid=41146 (accédée le 17 août 2022).

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