Samedi 17 et dimanche 18 juillet 1875

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1875-07-17B pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-07-17B pages 2-3.jpg


Samedi 17 Juillet 75.

Marie ma toute chérie, je viens de lire ton petit Journal & c’est bien mon tour à vous adresser mes faits & gestes qui comme les vôtres n’ont rien [de] pouvoir en faire ausgezeichnete Neuigkeiten[1].

Si par votre lettre je vois que vous allez tous bien, je vous retourne pour ce qui me concerne mêmes nouvelles. Je vais bien mais c’est Oncle Georges[2] qui ne va pas tout à fait. Il a gardé le lit pendant quelques jours. Lorsque j’ai commencé ma saison de Wattwiller, je l’avais engagé à m’accompagner, il se moquait de moi & je crois que son intention était encore d’aller à Vichy ; mais lorsqu’il s’agit de quitter sa femme[3] je crois & lui-même trouve que le voyage est trop long. Bref à force de le tourmenter il se décide à aller avec sa femme à Wattwiller, ils quittent demain soir pour 3 à 4 semaines, car ils séjourneront !

S’ils ont le mauvais temps d’aujourd’hui & ces jours derniers, ils n’auront pas grands agréments à Wattwiller. Probablement qu’ils rentreront une fois par semaine ta tante ne quitte pas, pour si longtemps, ses navets et ses choux.

Comme je dois vous l’avoir déjà marqué Paul Duméril est ici depuis Lundi & comme il fait toujours mauvais temps le futur Juge d’Instruction n’a pas grands plaisirs à Vieux-Thann. Pour se distraire il lit la philosophie de Cousin[4].

Il va sans doute finir la semaine ici & s’en retourner à Rambouillet où sa sœur[5] & son père[6] arriveront aussi de Vichy. Ils font en ce moment un petit tour en Auvergne.

Hier Mme Heuchel[7]était à Altkirch & les Dames Stoecklin[8] à Mulhouse de sorte que j’ai invité ces Messieurs à Dîner.

Mon Oncle un peu souffrant a préféré renter mais M. Stoecklin a accepté.

Seulement le lendemain, jour du dîner, j’oublie complètement mon hôte & n’en dis rien à Nanette[9]. A midi en le trouvant au bureau tu comprends comme je suis attrapé mais tante Georges avait pris les devants & fait dire à Nanette, de sorte que le dîner était parfait.

Depuis hier nous recevons des lettres pour M. Vincent de Senones, qui très probablement vient faire un petit séjour chez moi, pour d’ici aller à Vichy. il ne s’arrêtera pas longtemps, mais peut-être que son fils[10], qui vient pour se mettre au courant de la fabrique passera quelques jours, ce qui ne sera pas du tout très gai.

Depuis quelques temps les allemands pleuvent chez moi, hier j’ai eu un Juif pendant quelques heures ; aussi la nuit je n’ai fait que rêver Juifs & allemands. aussi suis-je un peu fatigué aujourd’hui.

En rentrant ces jours derniers d’une visite à l’Oncle couché, j’ai rencontré les Demoiselles Berger[11], Marie André & les petites Stoecklin ; elles accompagnaient ces dernières à la maison. Elles étaient fort gaies car Lundi les Berger quittent pour la Bretagne. les Stoecklin ne les accompagnent pas au grand déplaisir de Marie ; c’est le papa Stoecklin[12] qui n’a pas voulu rester tout seul. Ces dames ne s’arrêteront pas à Paris, ne doivent que se reposer un jour & quitter le lendemain. Sauf M. Berger[13] & Louis[14], la maman[15] prendra tout son monde[16] avec elle, Lili & Charles. Marie André n’avait pas mauvaise mine & elle aussi se réjouit bien de ce voyage.

Je n’ai pas de nouvelles des Kestner, je sais que Mme K.[17] va beaucoup mieux mais non encore assez pour entreprendre le voyage en Alsace. Du reste demain, j’aurai plus de nouvelles car il y a réunion de leurs actionnaires Demain après-midi & je pense voir tous ces Messieurs.

Je crois que Mme Scheurer K[18] avec ses filles[19] est ici, mais n’en suis pas très sûr, elles[20] étaient ici avec leur mère, mais cette dernière ayant dû retourner à Paris pour la maladie de sa mère, ces Demoiselles sont restées chez Mme Oscar[21] m’a-t-on dit.

Nanette va bien, mais Thérèse[22] tousse & est enrhumée, par contre Vogt[23] boit plus que jamais !

J’ai rencontré en rentrant du chemin de fer notre Curé[24] & ai renvoyé la voiture pour faire voyage avec lui. Il a l’air très heureux d’être curé à Vieux-Thann. Il m’a fait l’effet d’une jeune mariée qui entre en ménage.

Me voilà de nouveau au bout de mon papier, j’aurais mieux fait de prendre une grande feuille ! Il ne me reste qu’à vous embrasser tous. Un mot encore demain matin

Un petit bonjour encore[25] à mes Enfants chéries[26], avant de mettre sous enveloppe. L’on vient de me chercher au fond de la fabrique pour signer quelques billets à un concert donné pour les Inondés[27]. Je vois que Mme Scheurer est ici par sa signature. Pour ce concert l’accordeur viendra à Thann & j’espère aussi ici, il y a 15 jours qu’il a fait sa tournée, mais j’avais oublié de lui faire dire de passer ici.

Le départ d’Oncle peut modifier un peu mon projet de départ, mais j’espère toujours être assez à temps à Paris pour vous accompagner à Port[28]. Nous avons encore quelques jours devant nous & en causerons encore.

Toujours une petite pluie fine & baromètre bas ! Ce temps est bien mauvais et [fond] bien des [ ]

80 livres de confitures ! vous êtes bien gourmandes, car c’est vous deux qui les mangez. Nanette me dit en faire 4 livres ! Que ne pouvons-nous faire 80 livres !

Je suis persuadé que ton cours t’intéressera beaucoup l’hiver prochain & tu ne seras pas fâchée du parti que tu as pris. J’ai vu une lettre de Jules Heuchel, l’on voit qu’il n’a pas beaucoup travaillé. Il donne toujours peu de satisfaction. Encore un bec pour tous.


Notes

  1. « d’excellentes nouvelles ».
  2. Georges Heuchel (« Oncle »).
  3. Elisabeth Schirmer, épouse de Georges Heuchel.
  4. Victor Cousin (1792-1867), philosophe spiritualiste.
  5. Clotilde Duméril, épouse de Charles Courtin de Torsay.
  6. Charles Auguste Duméril.
  7. Probablement Elisabeth Schirmer, épouse de Georges Heuchel.
  8. Élisa Heuchel, épouse de Jean Stoecklin et ses filles Anne et Marie Stoecklin.
  9. Annette, cuisinière chez Charles Mertzdorff.
  10. M. Vincent, fils de Charles Vincent.
  11. Marie et Hélène Berger.
  12. Jean Stoecklin.
  13. Louis Berger.
  14. Louis Jules Berger, fils de Louis.
  15. Joséphine André, épouse de Louis Berger.
  16. Marie, Hélène, Charles et Julie Berger.
  17. Marguerite Rigau veuve de Charles Kestner.
  18. Céline Kestner, épouse d’Auguste Scheurer et fille de Marguerite Rigau.
  19. Jeanne et Suzanne Scheurer.
  20. Les demoiselles Scheurer.
  21. Catherine North, épouse d’Oscar Scheurer.
  22. Thérèse Neeff, domestique chez Charles Mertzdorff.
  23. Ignace Vogt, cocher de Charles Mertzdorff.
  24. Louis Oesterlé, nouveau curé de Vieux-Thann.
  25. Fin de la lettre écrite le dimanche 18 juillet.
  26. Marie et sa sœur Émilie Mertzdorff.
  27. Les victimes des inondations de la Garonne.
  28. Port-en-Bessin, lieu de villégiature.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 17 et dimanche 18 juillet 1875. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_17_et_dimanche_18_juillet_1875&oldid=56947 (accédée le 18 août 2022).

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