Mardi 8 octobre 1816

De Une correspondance familiale


Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Auxerre)


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238 I

8 Octobre 1816

Je suis un peu désappointée mon bon ami de n’avoir pas eu un second mot de toi daté de Troyes, il faut que tu aies été trop occupé par les jurys pour pouvoir être occupé pour ta moitié, car j’espère bien que ce n’est point une migraine qui est venue à travers tous tes travaux. Tu dois être depuis avant-hier au soir ou hier matin à Auxerre. Ainsi le plus tôt que je puisse recevoir une lettre de toi maintenant c’est demain ; Je tâche d’en prendre mon parti, mais cela me manque beaucoup. Je crois qu’il est bien fermement dans tes plans d’aller voir la famille Roman tu ne manqueras pas de leur dire une infinité de choses aimables de notre part. J’espère que votre chaise de poste vous transporte de ville en ville sans qu’il lui arrive aucun dérangement. J’espère aussi que vous vous sentez tous deux[1] bien dispos, et que vous pouvez faire vos nuits assez longues pour vous trouver bien reposés des fatigues de la journée.

Mme Chabaud[2] s’est trouvée plus souffrante ces jours-ci, M. G.[3] y a été avant-hier et hier, elle doit vomir aujourd’hui et il va demain savoir l’effet du vomitif, il dit que cela n’a rien de sérieux. M. Brochant se trouva mieux, et put partir pour la campagne il y a quelques jours. M. G. a été dans le cas d’aller chez M. Magnin, pour un des enfants, ce n’était rien ; Aujourd’hui il a dû aller chez M. Colibert et chez Mme Monod[4]. Au total tu vois que tes pratiques lui donnent peu d’occupation. Il m’a chargé de te dire que le nombre des malades augmente un peu à la maison de santé, et que l’on a la certitude que le Roi[5] a signé l’achat de la maison attenante.

Depuis ma dernière lettre je n’ai pas bougé, excepté le samedi avant dîner que nous fûmes en famille avec la bonne amie[6] aux montagnes Russes. Cette sorte de spectacle nous amusa encore très bien, et je te réponds que cela a singulièrement frappé Auguste[7] qui était si coloré et si joli qu’il était aussi un spectacle pour ceux qui étaient là. M. de C.[8] et M. defrance[9] (lequel eut la mine très allongée de ne pas te trouver à Paris, et qui eut bien l’air de s’ennuyer) dînèrent avec nous ; et nous enlevèrent le soir, notre aimable amie qui était extrêmement triste de nous quitter, nous le lui rendions bien. Au moment où se faisaient les adieux M. Béclard arriva, qui je pense bien fut un peu désappointé de voir qu’une aussi agréable partie de la compagnie disparaissait au moment où il paraissait je crus qu’il abrègerait sa visite, mais il resta avec nous jusques après le thé ; Dimanche et lundi nous n’avons pas bougé, j’ai passé mon temps à des rangements nécessaires, hier j’écrivis à Cécile[10], ce que je n’avais pas encore put faire, le soir nous eûmes la visite de Say[11], ses Dames ne reviennent pas avant jeudi. Ce matin je vais faire quelques petites courses. Demain je tacherai d’aller voir Mme Dumont[12]. J’ai reçu par je ne sais quelle occasion une très bonne lettre de ta mère[13], où elle me parle beaucoup d’Auguste et de manière à me faire bien voir combien elle en a été contente.

Nous sommes contentes de Constant[14] qui s’est remis à travailler de bon cœur, et qui conserve sa bonne mine. Adieu très cher ami, je me réjouis bien d’être à samedi, en attendant je t’embrasse avec tendresse. Maman, ma tante[15] et M. Guersant te disent beaucoup de choses amicales.


Notes

  1. André Marie Constant Duméril est accompagné dans sa tournée des jurys de médecine par Hippolyte Cloquet.
  2. Probablement Julie Verdier Lacoste, épouse d’Antoine Georges François de Chabaud Latour.
  3. Le docteur Louis Benoît Guersant.
  4. Louise Philippine de Coninck, épouse du pasteur Jean Monod.
  5. Louis XVIII.
  6. Suzanne de Carondelet.
  7. Auguste Duméril, leur fils.
  8. François Louis de Carondelet.
  9. Louis Defrance.
  10. Cécile Delessert, épouse de Michel Delaroche, belle-sœur d’Alphonsine.
  11. Louis Say.
  12. Rosalie Rey, épouse de Charles Dumont de Sainte-Croix.
  13. Rosalie Duval.
  14. Louis Daniel Constant Duméril, leur fils.
  15. Marie Castanet, veuve de Daniel Delaroche, et sa sœur Elisabeth Castanet.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril à sa femme, p.163-165).

Annexe

A Monsieur

Monsieur Duméril, président des Jurys de Médecine

A Auxerre

Département de l’Yonne

Pour citer cette page

« Mardi 8 octobre 1816. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Auxerre) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_8_octobre_1816&oldid=42674 (accédée le 13 août 2022).

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