Samedi 5 octobre 1816

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Auxerre)

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238 H

Samedi 5 Octobre 1816

J’ai eu bien de la joie mon bon ami à recevoir hier la bonne nouvelle de ton heureuse arrivée à Troyes, J’ai été presque surprise de recevoir une lettre de toi dès hier je craignais bien qu’il fallut attendre à aujourd’hui. J’espère bien que tu m’écriras encore quelques lignes avant de quitter cette ville. Je te remercie de la petite note retrouvée, Je ne m’étais pas encore mise à la chercher de nouveau, et j’en suis bien aise puisque mes recherches auraient été si inutiles. Je n’ai pas encore pu m’occuper de comptes et d’écritures de ménage ayant ma bonne amie[1] pour si peu de temps je n’ai pas voulu la quitter pour cela ; malheureusement elle nous dit adieu ce soir ; ces jours-ci je mettrai au net tout ce qui concerne la maison. Je t’ai écrit avant-hier, je vais te dire comment s’est passé notre temps depuis ce moment là ; D’abord au moment où je venais de cacheter ma lettre nous vîmes paraître M. Paul Delessert, arrivé quelques heures avant, il nous fit une assez bonne visite et nous promis de venir dîner le lendemain, après qu’il nous eut quitté nous nous habillâmes pour aller voir ces certaines montagnes Russes, où nous fûmes avec le cabriolet, Mlle de C., Constant[2] et moi, ce spectacle nous amusa beaucoup. mais il nous semble qu’il nous serait bien difficile de jamais nous décider à prendre cet exercice qui pourtant paraît être une passion pour ceux qui en essayent, surtout pour les femmes, nous y trouvâmes beaucoup de beau monde. Nous dînâmes en petit comité ce jour-là, le soir nous eûmes la visite de M. Frat[3] que j’invitais à dîner pour hier, ce qu’il accepta, j’écrivis un mot à Ninette[4] pour l’inviter aussi. Hier matin, comme nous étions au jardin, parut M. Paul D. qui avait quelque intention de nous mener le soir au spectacle, mais sachant que nous attendions quelques personnes à dîner nous proposa, à mon amie et à moi, de profiter du soleil pour aller voir des Panoramas, nous ne sûmes nous refuser à cette galanterie, et nous allâmes voir les panoramas de Naples et de Calais[5]. Ce dernier est tout nouveau et dans les grandes dimensions, il nous a fait le plus grand plaisir, et je compte bien t’engager à y aller. Nous rentrâmes, reçûmes la visite de Mme Juillerat[6] qui était avec ses deux enfants, fîmes notre toilette et eûmes à dîner MM. Guersant Père et fils[7], Mlle Torras, M. P. DeLessert, M. Frat et ma tante[8]. Le dîner ne fut pas mal. Nous ne gardâmes pour le thé que Ninette, ces MM. s’en allèrent un peu avant. D’après le récit que je viens de te faire tu verras que M. P.D. n’aura pas craint manqué les occasions (pendant deux jours qu’il a passés à Paris), de se rapprocher d’une jolie personne, dont je ne puis m’empêcher de lui trouver l’air un peu occupé. Il partait hier au soir pour Ostende où il va pour signer la vente de marchandises à la consignation de leur maison. M. de Carondelet[9] vient d’arriver à l’instant, il dînera avec nous ainsi que M. Defrance qui sera attrapé car il croyait te trouver à Paris aujourd’hui. Madame[10] ne vient pas parce qu’il n’y a point consenti ; Les maris sont quelquefois des êtres bien despotes et bien insupportables.

M. Brochant allant un peu mieux a put partir pour la campagne. Il n’est pas venu de demandeurs, et M. Guersant n’a pas eu à faire de visite pour toi, il m’a chargé de te témoigner son regret de ne pas t’être plus utile. Il y a une soixantaine de malades à l’hospice, il y a dans ce moment une petite vérole très fâcheuse.

Les enfants[11] sont très bien et très sages. ils t’embrassent tous deux ainsi que leur mère qui te serre contre son cœur afin que tu le sentes battre pour toi. Tu as le souvenir très amical de la bonne amie. Je fais bien des vœux pour que tu fasses ces voyages dans un très bon état de santé, ainsi que ton compagnon de voyage[12] qui j’espère n’a pas occasion de songer qu’il a un estomac.
MmeChabaud[13] va passablement.


Notes

  1. Suzanne de Carondelet.
  2. Louis Daniel Constant Duméril.
  3. Possiblement Louis Henri Alcippe Frat, mentionné comme auditeur de Lamarck en 1816, né en 1796, fils d’un négociant de Montpellier.
  4. Anne Jeanne Louise Torras, dite Ninette.
  5. Les panoramas sont des peintures en trompe-l'œil développées sur le mur intérieur d’une rotonde. Le procédé, inventé en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle, se répand dans les grandes capitales, et notamment à Paris où une vue de Paris est présentée boulevard Montmartre en 1799. Les deux rotondes de 17 mètres de diamètre et 7 mètres de haut (séparées par le Passage des Panoramas) de ce premier édifice sont détruites en 1831 ; le second, encore plus vaste (rotonde de 32 mètres de diamètre), situé entre le boulevard des Capucines et le rue Neuve Saint-Augustin, est détruit en 1824. Le peintre Pierre Prévost (1764-1823) est, avec ses collaborateurs, l’auteur des panoramas de Naples et de Calais qui impressionnent si fort Alphonsine Delaroche.
  6. Suzanne Marie Anne Chabaud, épouse du pasteur Juillerat.
  7. Louis Benoît Guersant et son fils Paul Louis Benoît, 16 ans.
  8. Elisabeth Castanet.
  9. François Louis de Carondelet, père de Suzanne.
  10. Basilice Leguay, épouse de Louis Defrance.
  11. Auguste et Louis Daniel Constant Duméril.
  12. AMC Duméril est accompagné dans sa tournée des jurys de médecine par Hippolyte Cloquet.
  13. Probablement Julie Verdier Lacoste, épouse d’Antoine Georges François de Chabaud Latour.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril à sa femme, p.155-159)

Annexe

A Monsieur
Monsieur Duméril, président des Jurys de médecine
à la Préfecture
au Léopard à Auxerre

Pour citer cette page

« Samedi 5 octobre 1816. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Auxerre) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_5_octobre_1816&oldid=35627 (accédée le 14 août 2022).

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