Dimanche 14 février 1875

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann), avec un ajout d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards

original de la lettre 1875-02-14 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-02-14 pages 2-3.jpg


Paris le 14 Février 1874[1]

Mon petit père bien-aimé,

Comme une petite étourdie que je suis me voilà encore au dernier moment pour t’écrire et je ne sais même pas si cette lettre pourra partir aujourd’hui ce n’est cependant pas faute de bonne volonté je te l’assure mais la journée s’est enchevêtrée je ne sais comment et nous voilà arrivés à 5h sans que j’ai rien fait de ce que j’avais voulu. Il faut que je commence par te dire que notre bon petit oncle[2] nous est arrivé Vendredi soir nous ne l’attendions que Dimanche mais une dépêche reçue dans la journée nous avait annoncé son retour. Il est revenu content de son voyage mais par exemple il a rapporté comme souvenir de Hollande un rhume bien conditionné qu’il a encore aujourd’hui.

Ce cher oncle nous a rapporté à chacune une ravissante broche avec les boutons de manche en argent admirablement travaillés ce sont d’anciens bijoux frisons tante[3] a eu une magnifique coupe en argent.

En ce moment-ci nous sommes dans le fond, Emilie[4] Marthe[5] et Jean[6] découpent et collent un château superbe s’ils parviennent à mettre le toit, tante écrit à différents marchands car nous avons demain à dîner M. et Mme Grandidier[7] avec un naturaliste anglais et oncle soude et répare l’écran du grand salon.

Ce matin j’ai un peu travaillé puis nous avons été à la messe de 12h ½ et de là au catéchisme Jeanne Brongniart a eu le cachet d’or.

Puis nous avons été chez bonne-maman[8] où nous avons retrouvé oncle et nous y avons goûté, bonne-maman ne va pas mal mais bon-papa[9] a toujours [sa] douleur de côté mais cela n’inquiète pas. En sortant nous avons été chez Mme  Pavet[10] où nous avons trouvé Mlle Bosvy nous y sommes restées quelque temps puis nous avons emmené Marthe, je préparais mes affaires pour descendre lorsque j’entends du bruit dans l’escalier c’était Paulette[11] qui venait nous faire une petite visite après avoir passé 2h dans les galeries à étudier sa zoologie avec son père[12].

Hier Samedi j’ai eu Mlle Duponchel[13] puis nous sommes partis chez Mme Roger[14] en arrivant nous l’avons trouvée bien fatiguée mais cependant elle nous a dit qu’elle allait nous donner notre leçon tante nous a donc laissées pendant qu’elle allait faire quelques petites courses (ce que nous voulions donner à Emilie) mais au bout d’une demi-heure Mme Roger souffrait tellement de sa migraine qu’elle a été forcée de se mettre dans un fauteuil elle était fort ennuyée car c’était le jour de son cours de chant et elle ne pouvait pas renvoyer ainsi 25 jeunes filles. Vendredi nous avons été à Bercy chez Mme Liesta[15]. Tu es bien gentil mon bon petit père de nous avoir écrit une si bonne lettre car nous commencions à désirer vivement de tes nouvelles.

C’est aujourd’hui que notre cher petit Friquet[16] a eu 14 ans ! Ce bon petit chou la voilà qui devient vieille elle est si gentille et je l’aime tant je peux bien te dire cela dans le tuyau de l’oreille.

Jeanne Brongniart sort d’ici elle vient d’apporter à Emilie un charmant mouchoir brodé par elle et Charles[17] un pot de primevères. Moi je lui ai offert une courroie pour attacher son atlas et une fougère, tante un peigne et une petite cravate de soie blanche ainsi qu’une bruyère blanche.

[Au revoir] mon petit papele que j’aime énormément je t’embrasse de tout mon cœur
Ta fille
Marie

Lundi En effet mon cher Charles, cette lettre n’a pas pu partir hier, j’en profite pour vous dire un petit bonjour et vous donner de bonnes nouvelles des fillettes[18] qui sont bien bien sages.
J’espère que vous allez tout à fait bien et que vous commencez à oublier votre vilaine grippe.
J’ai encore un peu mal à la gorge mais ce n’est rien de grave. Je me charge de vous envoyer les meilleures amitiés de nous tous sans oublier bon-papa et bonne-maman[19]. [  ]    

La mère de Cécile[20] est malade, elle va écrire pour savoir exactement son l’état et partira pour Lyon si les nouvelles ne sont pas bonnes.


Notes

  1. Lire : 1875 (année des 14 ans d’Emilie Mertzdorff).
  2. Alphonse Milne-Edwards.
  3. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  4. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  5. Marthe Pavet de Courteille.
  6. Jean Dumas.
  7. Alfred Grandidier et son épouse Jeanne Louise Marie Vergé.
  8. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  9. Jules Desnoyers.
  10. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  11. Paule Arnould.
  12. Edmond Arnould.
  13. Marie Louise Duponchel, professeur de dessin.
  14. Pauline Roger, veuve de louis Roger, professeur de piano.
  15. Marie Baudon-Desforges, épouse de Louis Liesta.
  16. Emilie Mertzdorff, née le 14 février 1861.
  17. Charles Brongniart, frère de Jeanne.
  18. Marie et Emilie Mertzdorff (16 et 14 ans).
  19. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  20. Cécile, bonne des demoiselles Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Dimanche 14 février 1875. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann), avec un ajout d’Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_14_f%C3%A9vrier_1875&oldid=42426 (accédée le 18 août 2022).

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