Vendredi 7 juillet 1871 (C)

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son épouse Eugénie Desnoyers (Montmorency)

original de la lettre 1871-07-07(C) pages 1-4.jpg original de la lettre 1871-07-07(C) pages 2-3.jpg


Vendredi 7 Juillet 71.

Ma chère petite Nie je viens de recevoir la bonne lettre de Mimi[1], elle est bien aimable de m'écrire ainsi & si souvent. Je comprends très bien que dans votre petite vie de cottage vous n'ayez pas de grandes nouvelles à m'offrir, mais les bonnes petites lettres qui me disent que vous allez tous très bien, valent infiniment mieux.

Moi de mon côté lorsque je vous aurai dit que je vais tout à fait, ainsi que tout ce qui m'entoure & l'entourage n'est pas considérable, je crois que je n'aurai pas d'autres nouvelles à vous donner.

Je suis toujours content de te savoir auprès de ta bonne mère[2], j'espère bien la voir cet automne ici pour qu'à mon tour je puisse être un peu auprès d'elle & de ton bon père. C'est si bon de les avoir tous ici, car lorsque l'on est comme nous toute l'année presque seuls, le mois que nous les possédons ici est le plus beau de l'année & cela fait oublier bien des petits tracas passés & futurs.

La presse ici est toujours grande nous ne suffisons pas quoique la marche soit très régulière & que rien, absolument rien ne soit encore venu nous arrêter un instant. Pour le moment je refuse toute espèce de Morschwiller & les voitures doivent rentrer de Mulhouse absolument vides. Y arriverons nous ; jusqu'à présent les domestiques ont toujours été forcés de charger malgré notre recommandation.

Léon[3] a dû aller hier à La Chapelle à 20 km d'ici pour s'entendre avec le bureau de douane qui s'y trouve installé & louer des magasins de refuge pour les dernières balles. Cependant les allemands nous assurent qu'à partir du 20 courant le service pour marchandises sera repris régulièrement & que houilles etc. ne nous manqueront plus.

Mais je suis très content de la marche de la boutique tout le travail se fait très régulièrement, dommage que ce soit pour si peu de jours. l'ouvrier commence à comprendre pourquoi cette grande presse du moment & il s'y prête de bonne volonté.

Hier et aujourd'hui nous avons le bon soleil qui nous manque depuis si longtemps, la vigne en profite bien & se dépêche de fleurir dans de bonnes conditions. Généralement les récoltes se présentent bien & Dieu aidant nous pouvons encore espérer une bonne année. L'on aura eu du mal à rentrer les foins, les nôtres surtout coûteront cher ; mais tu sais que chez nous c'est toujours ainsi, c'est un peu comme le Jardin. Wickert a trop à faire ici dans la cour & nous n'avons absolument personne pour suivre les prés.

L'on me dit le jardin des écoles très négligé, je n'ai  pas encore eu le temps d'y aller, de même n’ai pas encore mis le pied dans les écoles. Si j'ai un moment je dois le donner au bureau de bienfaisance & aux finances communales qui sont dans le plus triste état. Je crois t'avoir dit que les Allemands songeaient à faire faire les élections municipales le 16 courant mais l'on a changé d'avis. Le Pourquoi ? J'espère bien pouvoir m'affranchir des soins communaux. Mais pour y réussir je ne vois pas trop comment m'y prendre.

Ce bout de lettre est commencé de ce matin & voilà 6 h soir ! Je viens de recevoir une lettre d'Emilie[4] qui me dit qu'Edgar est encore à Paris, pataugeant de protecteur en protecteur sans résultat aucun. Voilà 3 semaines que cela dure. Il doit être ennuyé & parle de rentrer, mais Emilie l'engage de rester encore, M. Lefébure[5] ayant réussi aux élections à Paris, il peut peut-être maintenant s'occuper de lui. Que c'est triste de passer ainsi d'antichambre à antichambre <  > porte à porte. Il faut être fait à cela. Voilà Emilie indignée de ne pas voir son ami M. Grosjean[6], ancien préfet, réussir dans la députation à Paris & Province. C'est à lui que nous devons d'avoir conservé Belfort & environs. Illusion très grande. Par contre grande colère de voir sortir M. Scheurer-K[7].

Edgar compte aller vous faire visite avec Elise[8], me dit-elle. Impossible de venir passer quelques jours à Vieux-Thann parce qu'elle a une lessive & de plus une nouvelle cuisinière, qui lui convient croit-elle, mais elle est souffrante en ce moment.

En Cochinchine Henry[9] va bien il continue à travailler et à avancer. le gouverneur[10] fait grand éloge du jeune homme. Voilà extrait de sa lettre, je vais lui écrire probablement dimanche prochain car elle est aussi bien seule.

Bonsoir ma chère amie, embrasse bien enfants[11] & parents[12]

tout à toi

Charles Mff


Notes

  1. Marie Mertzdorff.
  2. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  3. Léon Duméril.
  4. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel.
  5. Léon Lefébure, élu de la Seine (centre droit).
  6. Jules Grosjean, élu du Haut-Rhin.
  7. Auguste Scheurer-Kestner, député de la Seine (républicain).
  8. Elisabeth Mertzdorff, épouse d’Eugène Bonnard.
  9. Henry Zaepffel.
  10. Marie Jules Dupré, gouverneur de Cochinchine (1871-1874).
  11. Marie et Emilie Mertzdorff.
  12. Jeanne Target et son époux Jules Desnoyers.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 7 juillet 1871 (C). Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son épouse Eugénie Desnoyers (Montmorency) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_7_juillet_1871_(C)&oldid=36089 (accédée le 8 août 2022).

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