Vendredi 23 septembre 1859

De Une correspondance familiale


Lettre de Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa mère Félicité Duméril (Paris)

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Vieux Thann

23 Septembre 1859

Tu ne m'en veux pas, n'est-ce pas ma chère Maman, d'avoir été si longtemps sans t'écrire mais je t'assure que j'ai été bien en l'air et bien occupée tous ces temps-ci ; tu sais toi-même ce que c'est que d'avoir du monde chez soi et un repas chaque jour puis ajoute à cela le départ de Mme Cornelli, Mimi[1] que j'ai toute seule la nuit maintenant, puis me couchant tard, je me levais de même, enfin les journées ont passé sans que j'aie une minute à moi ; les Zaepffel[2] sont encore ici, par conséquent, je reste le plus de temps possible avec eux et ce sont toutes ces circonstances qui me servent d'excuses, au reste bon-papa[3] a dû vous parler de la vie que nous menions ici depuis quelques jours. Les dames Mertzdorff[4] nous ont quittés Mercredi. Maintenant demain, nous trempons la lessive pour l'hiver et voilà encore de l'occupation, j'ai bien peur que Mme Rainbeaux[5] arrive au beau milieu car la maison est toujours fort en l'air dans ce moment-là. J'espère bien ma chère maman, que tu seras ici pour la visite de Mme R. ce serait charmant et j'y compte tout à fait car enfin la fin du mois c'est la semaine prochaine et ainsi c'est la semaine prochaine que je vous attends. Je trouve un peu de mieux chez Léon[6] depuis son excursion en Suisse[7], son appétit est beaucoup plus fort, il cause un peu plus mais son horreur de tout ce qui est froid continue il refuse même les crèmes lorsqu'elles sont froides. Son clou n'a pas eu de compagnons comme chez ce pauvre papa[8] qui a vraiment souffert comme d'une grande maladie. Charles[9] me charge de lui dire, que malgré l'envie qu'il avait que papa pût se présenter à la rue du Sentier avec les échantillons, il a été forcé de les envoyer directement ces jours-ci, car il évalue que cette machine avec les ouvriers qu'elle occupe lui revient à environ 15 F par jour qui étaient perdus tant qu'il n'a pas de commande. Dans la vie les choses vont souvent ainsi autrement qu'on ne le souhaiterait c'eût été une bonne occasion pour papa de se mettre en rapport avec les calicotiers[10]. Mimi va bien, on la trouve généralement très forte, quoique bon-papa la dise mignonne en comparaison du petit Malard[11]. Elle aime beaucoup sa bonne[12] qui est vraiment très bien et me donne de la tranquillité. Pour le cadeau de Mme Cornelli, ce qui lui ferait plaisir ce serait une livre de prières allemand, le sien qui était dans le fourneau de la grande salle à manger a été brûlé, Charles se charge de cet achat à Mulhouse où il y a un grand choix et tu seras censée l'apporter. Léon offre de grand cœur à Gustave Dollfus[13] son livre de la garde impériale[14]. Je suis encore bien pressée, car j'apprends à l'instant que j'ai deux messieurs à dîner, ainsi il faut que je te quitte, pour donner un coup d’œil, aller voir Mimi au jardin et m'habiller. Quel bonheur quand vous serez ici et qu'il ne faudra plus écrire tout ce qu'on pense, nous en aurons pour bien des journées à causer. En attendant je vous embrasse du fond du cœur et suis votre fille

Crol

Nous sommes tout heureux de savoir bonne-maman[15] remise. Remercie mille fois bon-papa de sa si affectueuse lettre qui nous a rendus bien contents.

Pour les chemises : celle du modèle va bien, Charles ne veut pas de boutons devant, il dit que c'est trop difficile pour ne pas les froisser, puis elles sont trop étroites du cou, et les cols et les poignets ne lui plaisent pas il veut sa mode à lui et rien d'autre.


Notes

  1. La petite Marie (Mimi) Mertzdorff, sa fille, est âgée de cinq mois.
  2. Edgar Zaepffel et son épouse Emilie Mertzdorff.
  3. André Marie Constant Duméril.
  4. Caroline Gasser, épouse de Frédéric Mertzdorff, et sa fille Elisabeth séjournent à Saint-Amarin.
  5. Cécilia Sévelle, épouse d’Emile Rainbeaux.
  6. Léon Duméril, frère de Caroline.
  7. Voir le récit de ce voyage en Suisse.
  8. Louis Daniel Constant Duméril.
  9. Charles Mertzdorff, mari de Caroline.
  10. Les calicotiers sont les fabricant de calicot, toile de coton portant souvent une inscription. Cette remarque anticipe l’installation à Morschwiller de Louis Daniel Constant Duméril en liaison avec les affaires de Charles Mertzdorff.
  11. Le dernier-né dans la famille d’André Malard et de Thelcide Duméril à Charleville.
  12. Cécile, engagée début septembre 1859.
  13. Gustave Dollfus, né en 1850 est le fils de Frédéric Dollfus et de Noémie Martin.
  14. Possiblement l’Histoire anecdotique, politique et militaire de la Garde impériale d’Émile Marco de Saint-Hilaire, édition illustrée (1847).
  15. Alexandrine Cumont, veuve d’Auguste Duméril l’aîné.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Vendredi 23 septembre 1859. Lettre de Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa mère Félicité Duméril (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_23_septembre_1859&oldid=35924 (accédée le 14 août 2022).

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