Vendredi 15 et samedi 16 février 1878

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)

original de la lettre 1878-02-15 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-02-15 pages 2-3.jpg


15/16 février 1878[1]

Chère Marie chère Enfant !

Ma lettre n’est destinée qu’à la poste de demain, mais j’ai un moment & veux le passer avec toi.
J’ai à répondre à une foule de questions reçues ce matin[2] & je tiens beaucoup à te satisfaire ce qui n’est pas difficile.
Mlle Hélène Marie Caroline Duméril née le 13 févrierh de relevée est une forte fille & non un bébé ordinaire. Je lui ai fait visite hier à Midi, elle avait donc déjà 23 heures d’existence, était bien sage nous regardant comme une grande fille avec ses grands yeux noirs, faisant une petite moue bien gentille.
Elle a un beau front large s’abaissant fortement entre les yeux pour bien marquer la naissance d’un petit nez bien fait. très blanche & appétissante comme un enfant de 3 mois. son menton est double & est séparé par une petite fossette bien marquée, elle est longue sans être trop grosse. Elle joue très bien du coude & à voir marcher ses doigts l’on devine qu’elle aura du goût pour le Piano.
C’est tout ce que j’ai vu de la jeune personne inscrite sur les registres de l’état-civil de Vieux-Thann sous le N° XX[3].

Je n’ai pas encore eu l’occasion de voir la petite Maman[4], le docteur[5] était ici ce Matin & l’a trouvée en très bonne voie. Grand-Maman Stackler[6] n’a pas bonne mine, elle est fatiguée mais elle quitte peu le bébé qui cependant a bien crié cette nuit au grand plaisir de son papa[7].
D’après cette grand-Mère la fille ressemble au père à quoi grand-Mère Duméril[8] répond par un aimable signe approbateur. Tu comprends que les deux grands-Mères sont en adoration devant une telle perfection.

C’est Mardi prochain qu’aura lieu le Baptême dont je n’ai encore aucun détail, mais qui fera le sujet d’une autre lettre. Je ne sais encore qui prendra la procuration de Marraine[9] & parrain[10] puisque les deux ne peuvent être présents.
Léon me dit à l’instant qu’Emilie a donné ses pouvoirs à Bonne-Maman & M Henri Stackler à M. Miquey[11]. Ce sont donc ces deux graves personnes qui vont très heureusement remplacer les jeunes qui ne sauraient pas comment remplir ces importantes fonctions.
Je suis sûr d’avance qu’Émilie aura grand plaisir avec sa filleule & que plus d’une fois nous aurons le plaisir de la voir jouer à la poupée car Hélène sera sage & obéissante avec Marraine ; cela se voit déjà.
Mlle Hélène couche entre sa nourrice & la garde dans sa chambre ; ancienne salle à manger de ma mère[12]. La garde qui est de Mulhouse me fait l’effet d’une femme bien [entraînée] pour donner les soins aux petits bébés ; elle doit en avoir l’habitude ne faisant que cela.
Aussi le temps semble sourire à la nouvelle venue, il est superbe, de vraies journées de printemps.
De par mon Maître Mlle Émilie j’attends ma feuille de route & je ne me ferai pas prier.

J’étais si absorbé en écrivant à ta sœur chérissima que j’ai tout à fait oublié le but de ma lettre qui était de l’embrasser ; mais l’embrasser bien fort pour ses 17 ans auxquels cependant j’avais bien pensé. Tu voudras bien t’en charger par procuration en attendant que je m’acquitte moi-même de cet agréable devoir. Que je serai donc content lorsque cet interminable examen sera derrière nous ! au moins autant que la petite patiente.

Je terminerai demain matin

Ce matin Marie va bien & le bébé a passé une bonne nuit bien tranquille. Le soleil est si beau ce matin que je vais te quitter pour aller au Moulin faire visite à Bonne-maman.

J’espère que tu te seras bien amusée à tes deux bals le même jour[13], ce qui ne m’est jamais arrivé - trop de bonnes choses à la fois !

Embrasse bien ta sœur, amitiés à tante & Oncle[14] & beaucoup de baisers pour toi de ton père qui t’aime
ChsMff


Notes

  1. Papier à entête professionnel.
  2. Voir la lettre du 14 février 1878.
  3. Acte n° 9.
  4. Marie Stackler épouse de Léon Duméril.
  5. Probablement le docteur Pierre Léon Bornèque.
  6. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler et mère de Marie.
  7. Léon Duméril.
  8. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (« bonne-maman »).
  9. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie Mertzdorff.
  10. Henri Stackler.
  11. Étienne Miquey.
  12. Marie Anne Heuchel (†), veuve de Pierre Mertzdorff en 1843.
  13. Bals donnés par MmeWurtz et par Mme Thénard.
  14. Aglaé Desnoyers et son époux Alphonse Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 15 et samedi 16 février 1878. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_15_et_samedi_16_f%C3%A9vrier_1878&oldid=35772 (accédée le 15 août 2022).

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