Samedi 29 mai 1875

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1875-05-29 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-05-29 pages 2-3.jpg original de la lettre 1875-05-29 enveloppe.jpg


Paris le 29 Mai 1875ζۍ

Mon bon petit père chéri,

Il me semble que voilà bien longtemps que je ne t’ai écrit car c’est tante[1] qui s’est chargée de te donner de nos nouvelles. C’est que vois-tu papa chéri nos journées ont été excessivement prises. D’abord Jeudi la 1ère communion nous nous sommes levées de très bonne heure car les enfants étaient convoqués à 6h ½ Émilie[2] et Jeanne B.[3] ont renouvelé en blanc. La cérémonie s’est très bien passée et grâce à la bonne sœur Joséphine j’ai eu une place dans la nef à côté des demoiselles de Geslin[4] au lieu d’être dans la foule je voyais parfaitement Jeanne et Marthe Pavet[5]. La cérémonie s’est parfaitement passée et Marthe était bien gentille. Nous sommes ensuite rentrées déjeuner chez tante Louise[6]. Puis Henriette[7] et Rachel[8] sont venues voir Marthe et nous avons passé un bon moment ensemble. Puis nous avons été aux vêpres où après avec bien de la peine nous avons trouvé des places. Tout le monde est ensuite rentré ici où l’on dînait.

Hier c’était la confirmation nous nous sommes levées tard puis avons un peu travaillé enfin à 2h ½ nous avons été à l’église. La soirée s’est passée à ranger à fond une grande partie de nos joujoux.

Ce matin tante est très fatiguée elle a eu un peu de fièvre cette nuit et est restée couchée ce ne sera rien je pense et car nous attribuons tous cela à un excès de fatigues et j’espère que demain elle ira bien.

Nous avons eu Mlle Bosvy[9] en place de Jeudi maintenant nous allons aller chez Paulette[10] avec Cécile[11] et de là chez MRoger[12] où nous avons notre leçon à 5h. Tu ne sais probablement pas que maintenant comme Paule passe une partie de sa semaine à Sceaux[13] nous irons chez elle tous les Samedis jusqu’aux vacances afin de ne pas interrompre nos chères réunions ; nous avons choisi ce jour parce que nous sommes dans le quartier.

Émilie est comme une folle auprès de moi et me charge de te dire qu’elle désire vivement apprendre le chinois car cela lui paraît être une langue charmante cependant elle croit qu’on met 40 ou 60 ans à apprendre à lire c’est un peu long.

Le temps est toujours incertain, hier et avant-hier il faisait même assez frais, le baromètre est à variable et cependant il ne pleut pas du tout. Tout le monde désire la pluie.

Mme Camille Trézel[14] est partie depuis quelques jours déjà chez sa mère avec son petit garçon[15] car elle était assez souffrante.

Bonne-maman Trézel[16] est aussi assez fatiguée et l’autre jour elle s’est même trouvée mal à un enterrement. Tante Cécile[17] doit toujours partir Lundi prochain pour Brécourt chez Mme Mangon[18]. Jean[19] a été un peu enrhumé. Bonne-maman Desnoyers[20] ne va guère bien non plus elle est revenue Mardi de Montmorency avec mal à la gorge et depuis ce jour elle passe une grande partie de sa journée au lit nous n’avons pas encore eu de ses nouvelles aujourd’hui.

Voilà j’espère mon petit père une longue énumération de gens souffrants, heureusement que ni les uns ni les autres ne sont réellement malades.

A revoir mon bon, mon gentil, mon excellent petit père, je te quitte car je n’ai absolument plus rien à te dire. Ne t’inquiète pas pour tante et si tu ne reçois pas de lettre demain (ce qui se pourrait bien) applique le proverbe pas de nouvelles bonnes nouvelles.

Combien je te remercie de ton petit mot rien que quelques lignes cela nous suffit mais au moins nous sommes au courant de ce que tu fais et c’est notre plus grand plaisir. La machine est-elle gravement abîmée ? Est-ce la neuve ? Je t’embrasse de tout mon cœur

ta fille

Marie


Notes

  1. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  2. Émilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  3. Jeanne Brongniart.
  4. Marthe, Marie, Jeanne et Hélène Geslin de Bourgogne, petites-nièces du prêtre Ernest Marie de Geslin.
  5. Jeanne et Marthe Pavet de Courteille.
  6. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  7. Henriette Baudrillart.
  8. Rachel Silvestre de Sacy, cousine d’Henriette Baudrillart.
  9. Marguerite Geneviève Bosvy, professeur.
  10. Paulette, Paule Arnould.
  11. Cécile Besançon, bonne des demoiselles Mertzdorff.
  12. Pauline Roger, veuve de Louis Roger, professeur de piano.
  13. Sceaux, où se trouve la villa de son grand-père Victor Baltard (†).
  14. Louise Ida Martineau, épouse d’Antoine Camille Trézel.
  15. Henri Trézel.
  16. Auguste Maxence Lemire, veuve de Camille Alphonse Trézel.
  17. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  18. Noëlie Dumas, épouse d’Hervé Mangon.
  19. Jean Dumas.
  20. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.

Notice bibliographique

D’après l’original

Annexe

Monsieur CharlesMertzdorffVieux-ThannHaute-Alsace

Pour citer cette page

« Samedi 29 mai 1875. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_29_mai_1875&oldid=52319 (accédée le 7 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.