Samedi 29 juin 1878

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1878-06-29 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-06-29 pages 2-3.jpg


Paris 29 Juin 1878.

Mon Père chéri,

Que tu es donc gentil de nous écrire si souvent et si longuement nous sommes vraiment trop gâtées d’avoir un papa comme toi et nous répondons bien mal à tes bonnes lettres. Je ne t’ai pas encore remercié de la longue narration du mariage et cependant tu ne saurais croire à quel point elle nous a fait plaisir et nous a amusées il nous semblait que nous avions assisté à toute la cérémonie. Vous voilà maintenant de nouveau seuls mais nous, nous profitons de toutes vos bonnes visites ; Mercredi nous avons eu oncle Auguste[1], Jeudi matin nous avons été voir tante Eugénie[2] chez ma cousine Fidéline[3], hier elle est venue ici et ce matin enfin nous avons été lui dire un dernier adieu.

Jeudi nous avons eu aussi la visite de M. Jaeglé[4] il nous a chargés de te dire qu’il allait très bien et qu’il était content de son voyage. Tante[5] lui a donné des billets pour le Jardin et les serres, je ne sais s’il s’en sera servi ; du reste il a paraît-il des amis qui ne le quittent pas et qui le conduisent partout.

Mardi nous goûtions tranquillement lorsqu’on nous annonce oncle et tante Z.[6] tu comprends notre étonnement en les voyant ! Tante leur avait demandé de venir un jour dîner avec nous mais ils ont absolument refusé. Jeudi en sortant de la distribution des prix, nous y sommes allés mais ils n’y étaient pas de sorte que je n’ai pu faire la commission de tante Georges[7] ; nous espérions les voir aujourd’hui car tante leur avait encore demandé de venir dîner au Jardin mais hier soir tante Zaepffel a répondu qu’ils avaient juste pour ce jour-là leurs places à l’opéra. Nous y retournerons encore et j’espère que nous serons plus heureuses.

Hier nous avons été chez nos amies Berger[8] ; la pauvre Marie est toujours étendue sur sa chaise longue et n’a pas encore la permission de poser son pied par terre aussi je crois qu’elle s’ennuie beaucoup. Après avoir été beaucoup mieux et être elle-même sortie, le médecin a jugé préférable de lui arracher l’ongle ; il paraît qu’au moment même elle n’a pas souffert du tout mais qu’ensuite elle a eu pendant une demi-heure un mal affreux. Maintenant elle se porte tout à fait bien et soupire après le moment où on lui permettra de marcher de nouveau ; la pauvre fille a eu bien peu de chance d’être malade juste à Paris cependant elle prétend qu’elle aime mieux avoir été soignée comme elle l’a été par un médecin habile qui l’a fait bien moins souffrir que ne l’auraient fait sans doute MM. Bornèque[9], Mairel[10] et Cie. Hélène sort peu aussi et comme elle avait très envie d’aller au bain froid nous l’avons emmenée avec nous. Nous avons retrouvé Jeanne Brongniart et Marthe[11], il paraît que l’eau était délicieuse et on s’est beaucoup amusé.
Jeudi la distribution s’est très bien passée Emilie[12] a reçu sa médaille ce qui l’a ravie.
Ce soir nous avons la famille à dîner. Mme Trézel[13] est revenue de Saint-Claude.

Adieu mon Père chéri, je t’embrasse de tout mon cœur aussi fort que je t’aime.
ta fille qui est très paresseuse.
Marie

Il fait toujours une chaleur étouffante ce qui ne me ravit pas du tout. L’été je ne suis bonne à rien.
Tout Paris est en mouvement pour la fête de demain[14], nous nous contenterons de la regarder du haut du labyrinthe.


Notes

  1. Charles Auguste Duméril.
  2. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  3. Fidéline Vasseur.
  4. Frédéric Eugène Jaeglé.
  5. Aglaé Desnoyers  épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  6. Edgar Zaepffel et son épouse Emilie Mertzdorff.
  7. Élisabeth Schirmer épouse de Georges Heuchel.
  8. Marie et Hélène Berger séjournent à Paris.
  9. Pierre Léon Bornèque, médecin à Thann.
  10. Alphonse Eugène Mairel, médecin à Thann.
  11. Marthe Pavet de Courteille.
  12. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  13. Probablement Auguste Maxence Lemire, veuve de Camille Alphonse Trézel ; Antoine Camille Trézel travaille à Saint-Claude (Jura).
  14. Fête nationale pendant l’Exposition.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 29 juin 1878. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_29_juin_1878&oldid=42537 (accédée le 15 août 2022).

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