Mercredi 15 décembre 1880

De Une correspondance familiale


Lettre d’Emilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1880-12-15 pages 1-4.jpg original de la lettre 1880-12-15 pages 2-3.jpg


15 Décembre 1880

Il me semble, mon père chéri que je suis restée longtemps sans te donner de nouvelles, et cependant elles sont bien agréables à donner en ce moment puisqu’elles sont universellement bonnes. Tante[1] reprend peu à peu son train de vie habituel ; elle recommence à sortit et tu penses si je suis heureuse de la voir mettre son chapeau pour sortir avec moi [ ] il me semble qu’il y a si longtemps que je vais sans elle à mes leçons cependant il n’y a que trois semaines mais cela prouve simplement qu’on ne se lasse jamais des bonnes [choses] et qu’on a bien vite assez des [mauvaises].

Je suis retournée Lundi chez M. Flandrin[2] où je n’avais pas été depuis que tante est malade ; j’ai eu l’honneur de dessiner la tête de Jules César et je vais l’achever aujourd’hui, toutefois autant qu’elle pourra l’être en 2 séances, mais on nous en donnera une autre Lundi, tant pis pour celles qui n’auront pas fini la première. Pendant que j’étais à l’atelier, tante conduisait Marie[3] chez son nouveau médecin, M. Bailly[4], pour lui faire faire sa connaissance, connaissance qui du reste était presque déjà faite, car il a plusieurs amis à la cour des Comptes, il connaît oncle[5] et c’est lui qui a soigné Mme Vaillant[6] et Mme Chauffard[7] à la naissance de leurs enfants. Tu vois qu’on a trouvé tout de suite bien des points de rapprochement. Mais je pense que Marie t’a déjà parlé de tout cela, ou sinon qu’elle va le faire, par conséquent ce n’est pas la peine de répéter la même chose.

Hier nous avons passé toutes la journée à la maison. Marie est venue nous faire une longue visite, qui a été abrégée malheureusement par la visite de la famille Allain[8] ; Marie s’est sauvée pendant que tante et moi nous les recevions en bas. Le soir il y a eu M. Marion de Marseille[9], M. Fisher[10] et M. Vaillant[11] à dîner ; le dîner a été très amusant et égayé surtout par les souvenirs de ces Messieurs sur leur campagne de dragages[12], leurs descentes dans les ports espagnols, la saleté de leurs habitants et enfin la course de taureau dont ils étaient tous aussi dégoûtés qu’oncle. Ils ont passé leur soirée à organiser l’expédition de l’année prochaine sur la Méditerranée.
Ce soir il y a encore du monde à dîner en plus de la famille, tante a invité Rachel de Sacy[13] aussi aurons-nous une soirée gaie et amusante ; entre Marthe[14] et Rachel il n’y a pas moyen de s’ennuyer.
Tante Louise[15] a reçu hier une lettre de tante Cécile[16] qui a loué une petite villa (villa Jeannette) avec un grand jardin tout près du collège. Il paraît qu’il fait beau temps.

Adieu mon papa chéri, il faut que je me dépêche de m’habiller pour ne pas arriver en retard à ma leçon de piano ; cependant je pourrais bavarder encore longtemps.
Je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que bon-papa et bonne-maman[17].
Émilie


Notes

  1. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  2. Paul Flandrin.
  3. Marie Mertzdorff, sa sœur, épouse de Marcel de Fréville et enceinte.
  4. Le docteur Émile Bailly.
  5. Alphonse Milne-Edwards.
  6. Henriette Jeanne Hovius, épouse de Léon Vaillant et mère de cinq enfants.
  7. Adrienne Gosselin, épouse d’Emile Hyacinthe Chauffard et mère de deux enfants.
  8. La famille d’Émile Allain et son épouse Alice Lebreton.
  9. Antoine Fortuné Marion.
  10. Paul Henri Fischer.
  11. Léon Vaillant.
  12. L’expédition scientifique de dragage sur Le Travailleur. Voir la lettre du 23 juillet 1880 et suivantes.
  13. Rachel Silvestre de Sacy, 19 ans.
  14. Marthe Pavet de Courteille, 17 ans.
  15. Louise Milne-Edwards veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  16. Cécile Milne-Edwards épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas, à Cannes avec son fils Jean Dumas.
  17. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 15 décembre 1880. Lettre d’Emilie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_15_d%C3%A9cembre_1880&oldid=52317 (accédée le 8 août 2022).

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