Mardi 3 et mercredi 4 juin 1873

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris)

original de la lettre 1873-06-03 pages 1-4.jpg original de la lettre 1873-06-03 pages 2-3.jpg


Morschwiller 3 Juin 1873.[1]

Je veux de suite venir te dire, ma bien chère Aglaé, combien ta bonne lettre reçue hier m’a causé de contentement. Tes lettres sont comme celles de notre Eugénie[2], de notre Caroline[3], elles font passer de doux moment, cependant personne mieux que moi ne comprenant tout ce que tu as à faire, je ne demande pas que tu m’écrives souvent car je souhaite vivement que tu ne te fatigues pas et que tu saches prendre un peu de repos si nécessaire à ta santé. Que de détails intéressants tu me donnes sur nos chères petites filles[4], je suis extrêmement contente que ma petite Marie se soit mise à se coiffer elle-même, ce travail comme en toutes choses lui paraîtra un peu difficile dans les premiers moments, mais qu’elle ne se décourage pas, peu à peu elle arrivera à le bien faire, il est si bon dans la vie de ne pas être sous la dépendance des autres et de savoir se tirer d’affaire sans avoir recours à personne, notre bonne petite Emilie, quand sa coiffure sera changée, fera comme sa sœur à notre grande satisfaction. C’est à l’âge de nos petites filles qu’il faut prendre de bonnes habitudes. On est étonné de voir combien tout s’enchaîne dans la vie, ainsi les petits détails qu’on n’a pas négligés, auxquels on a apporté du soin, ont souvent de l’influence sur les occupations importantes dont le résultat est heureux, grâce à l’ordre et à l’activité qu’on a su acquérir dans la jeunesse. Dimanche dernier nous avons eu le plaisir de dîner ici avec notre cher Charles[5], tu sais que Léon[6] va à Vieux-Thann presque tous les jours, quant à moi, je n’y suis allée qu’une seule fois, et ce jour-là je me sentais bien accablée, mais quand tu viendras en Alsace, ai-je besoin de te dire que je me mettrai complètement à ta disposition ; toutes deux nous ferons pour le mieux, nous appuyant l’une sur l’autre pour prendre des forces. Je suis contente que les vêtements de notre chère Eugénie soient serrés et mis à l’abri de la poussière et des papillons. (Du Mercredi) Je viens reprendre ma petite causerie, ma chère enfant, et te dire que je me joindrai bien par la pensée et la prière à cette retraite de St Médard qui va avoir lieu et qui rappelle les deux êtres chéris[7] qui l’ont suivie dans le temps avec une dévotion si parfaite. Caroline et Eugénie seront là au milieu de nous, crois-le bien. Cette Eglise de St Médard n’est-elle pas pour nous la plus belle quoiqu’elle soit la plus pauvre.

Embrasse bien bien fort pour moi nos petites chéries, nous les aimons tant ! Je ne puis pas te parler Politique car que sont les prévisions humaines ? connaît-on l’avenir ? Ce que je puis te dire c’est que nous avons été profondément impressionnés à la nouvelle que M. Thiers n’était plus Président. A présent que tout s’est passé avec le plus grand calme, la plus parfaite tranquillité nous sommes rassurés et nous nous disons qu’il faut se laisser aller au cours des événements. J’ai reçu ces jours derniers une lettre de ma sœur[8], voici ce qu’elle me dit : « La petite filleule de Marie[9] est une magnifique et charmante enfant, aux yeux bleu foncé, à l’expression douce, bonne et constamment riante. Adèle[10] a bonne mine, mais ne peut supporter la marche sans fatigue. »

Quel bonheur que la santé de ta bonne mère[11] se soutienne. Mille choses bien affectueuses à tes chers parents[12] et à M. Alfred[13].

Adieu ma bien chère Aglaé, adieu mon cher M. Alphonse[14], je vous embrasse tous deux de tout cœur comme sait le faire une pauvre mère qui reprend des forces auprès de ses enfants. Mon mari[15] est de moitié dans les paroles que je vous adresse.

Félicité Duméril

Je ne te parle pas de Léon[16] qui éprouve pour vous une reconnaissance égale à l’attachement qu’il vous porte.

Dis à ma chère et bonne Madame Pavet[17] que lorsque j’irai à Paris ma première visite sera pour elle.

Ne m’oublie pas auprès de Cécile[18].


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Eugénie Desnoyers (†), seconde épouse de Charles Mertzdorff.
  3. Caroline Duméril(†), première épouse de Charles Mertzdorff.
  4. Marie et Emilie Mertzdorff (14 et 12 ans).
  5. Charles Mertzdorff, qui vit à Vieux-Thann.
  6. Léon Duméril.
  7. Caroline Duméril(†) et Eugénie Desnoyers (†).
  8. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  9. Louise Soleil, filleule de Marie Mertzdorff.
  10. Adèle Duméril, épouse de Félix Soleil, mère de Louise.
  11. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  12. Jeanne Target et Jules Desnoyers.
  13. Alfred Desnoyers.
  14. Alphonse Milne-Edwards, époux d’Aglaé Desnoyers.
  15. Louis Daniel Constant Duméril.
  16. Léon Duméril.
  17. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  18. Cécile, bonne des demoiselles Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 3 et mercredi 4 juin 1873. Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_3_et_mercredi_4_juin_1873&oldid=40959 (accédée le 10 août 2022).

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