Mardi 14 décembre 1875

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1875-12-14 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-12-14 pages 2-3.jpg


Paris 14 10bre 1875

Mon Père chéri,

Vite un petit bonjour car il ne me reste pas beaucoup de temps jusqu’à l’heure de la poste bien assez cependant pour t’embrasser de tout mon cœur et te raconter un peu tout ce que nous avons fait depuis Samedi jour où Emilie[1] t’a écrit pour la dernière fois. Nous sommes sorties à 3h ½ et avons commencé par aller à une vente faite à la mairie de Saint Sulpice ; pour les pauvres, par les demoiselles entre autres Marthe Liesta ; puis de là aux chœurs de Mme Roger[2] où elle répétaient plusieurs choses qui nous ont fait véritablement plaisir à entendre et je t’assure que nous ne nous y sommes pas ennuyées c’est une réunion charmante dont nous nous réjouissons bien de faire partie. Dimanche nous n’avons rien fait de remarquable ; après la messe nous avons été chez Mme Pavet[3] et chez bonne-maman[4] pendant qu’oncle[5] allait déjeuner chez M. Grandidier[6] puis nous sommes rentrées tranquillement travailler et Marthe[7] a joué avec Emilie ; Mme Brongniart[8] et Jeanne sont venues un instant avant le dîner. Hier rien de nouveau non plus, nous avons été au cours en passant chez Jean[9] qui est enrhumé et qui n’allait cependant pas mal il doit avoir été au collège aujourd’hui. Le cours ne s’est pas mal passé on ne nous a pas encore donné le résultat du petit examen de Mercredi car nous ne ferons la lecture que demain seulement je sais qu’il y en a 3 de reçues et que je suis dans le nombre mais ce n’est pas encore sérieux et c’est Samedi seulement que ce sera pour de bon ; je t’ai certainement dit que 2 de ces Messieurs les examinateurs viendront et qu’ils nous feront passer un véritable examen semblable à ceux de l’hôtel de ville il n’y aura en moins que le public qui sera bien représenté par toutes les maîtresses car je trouve même plus intimidant de répondre devant toutes ces dames que l’on connaît que devant des petites pensionnaires plus nombreuses mais qui vous sont parfaitement indifférentes.

Au Tu ne saurais croire le mal que toutes ces pauvres demoiselles se donnent pour que nous réussissions. Mlle Bosvy m’a donné aujourd’hui 2 h de leçon pour me faire répéter mon histoire et toute cette semaine je vais repasser comme une malheureuse car je t’avouerai que j’attache beaucoup d’importance à ce petit examen pense donc à moi Samedi à 1 h mon petit papa chéri du reste nous t’écrirons encore avant et surtout après pour te donner des détails ; on nous fera faire aussi les devoirs écrits que ces Messieurs emporteront, corrigeront et classeront.

Maintenant que te voilà grâce à une prose plus ou moins digne de passer un examen au courant de nos faits et gestes il faut que je te parle un peu de toi, mon bon petit père chéri. Tes lettres nous ont fait un grand plaisir ainsi que le parti que tu nous dis avoir été pris par bon-papa et bonne-maman[10] ; il me semble que c’était de beaucoup le mieux et que nous devons en être très heureux. Je vois aussi que tu te portes bien malgré le froid ; nous dégelons depuis plusieurs [jours] et jouissons d’une température assez agréable.

Tante[11] a Mme de Quatrefages[12], et comme il faut que ma lettre parte je remets à une autre fois ce qu’elle voulait te dire et je t’embrasse de toutes mes forces à toute vapeur il est 3h moins 10.

Ta fille pressée qui te demande bien pardon.
illettrée


Notes

  1. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  2. Pauline Roger, veuve de Louis Roger.
  3. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  4. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  5. Alphonse Milne-Edwards.
  6. Alfred Grandidier.
  7. Probablement Marthe Pavet de Courteille.
  8. Catherine Simonis, épouse d’Edouard Brongniart et mère de Jeanne.
  9. Jean Dumas.
  10. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril, qui doivent quitter Morschwiller.
  11. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  12. Emma Ubersaal, épouse d’Armand de Quatrefages.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 14 décembre 1875. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_14_d%C3%A9cembre_1875&oldid=42498 (accédée le 16 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.