Lundi 22 février 1875

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1875-02-22 pages1-4.jpg original de la lettre 1875-02-22 pages2-3.jpg


Paris le 22 Janvier 1874[1].

Mon Père chéri,

De fil en aiguille me voilà encore au dernier moment pour t’écrire et cependant je veux le faire depuis hier c’est bien mal mais c’est que vois-tu j’ai eu beaucoup à faire car comme tu le sais probablement par les lettres d’Emilie[2] et de tante[3] j’ai pris toute la semaine des leçons de coutures invisibles chez Mme Charrier[4] ce qui m’amusait beaucoup mais me prenait près de 5h par jour ; 2h de route et 3h de leçon j’ai appris avec Paulette[5] qui m’a ramenée tous les jours. C’est vraiment admirable et je me réjouis bien de te montrer mes petits morceaux.

Inutile de te dire mon petit père mignon, combien ta lettre pour tante reçue ce matin nous a fait plaisir car tu ne sais peut-être pas qu’il y avait 8 jours que nous n’avions de tes nouvelles vilain petit père. Tante va mieux et sort depuis Samedi seulement elle a comme toi encore un peu mal à la gorge c’est bien ennuyeux cette grippe.

Il fait assez froid depuis quelques jours hier même il a neigé un peu mais je crois que cela ne continuera pas.

Ce matin après le déjeuner nous avons ball balayé le grenier et le pigeonnier avec oncle[6] car tu ne sais pas que nos pigeons sont achetés et qu’ils vont arriver un de ces jours ce seront des pigeons satinés. Puis j’ai pris la plume de François 1er et j’ai écrit en son nom une lettre à son confident pour le charger de consoler sa mère. Je ne sais si il ce pauvre roi sera qui se plaignait d’être poète comme il est dit dans mon livre serait enchanté de cette prose. Mais je ne suis pas roi de France. Puis nous avons été chez les sœurs prendre des mesures pour les petites robes parmi les petites filles que tante habille il y a une Marie Berger[7].

A propos de Marie Berger il faut que je te dise que j’ai reçu il y a peu de jours une très gentille lettre d’elle qui me donne beaucoup de détails ; je ne te les communique pas car se serait trop les faire voyager tu es trop près de la <voisine>.

Samedi je n’ai rien fait j’ai eu ma leçon de Mme Roger[8] puis celle de Mlle Bertrand (la maîtresse des reprises). Mlle Bosvy se <met> à rire et je l’entends qui dit « Comme Marie écrit vite ! il faut que M. Mertzdorff[9] ait de biens bons yeux pour pouvoir lire cela, car ce doit être bien mal écrit ». Hélas oui, Mademoiselle c’est bien mal écrit, et mon pauvre petit père n’a pas de bien bons yeux aussi est-ce très mal à moi et je lui en demande bien pardon ; mais 5h viennent de sonner et malgré mon activité extrême il faudra envoyer à la grande poste.

Je n’ai plus grand chose à te dire mon père bien-aimé car notre vie n’a rien du tout d’extraordinaire, je ne te parle pas de la petite visite d’Hortense[10] Emilie[11] doit t’en avoir parlé déjà. La plus grande nouvelle du jour c’est que Jean[12] a été ce matin d’une sagesse remarquable et il en était tellement content qu’il ne se reconnaissait pas lui-même. aussi l’a

Nous avons été voir hier bon-papa et bonne-maman Desnoyers[13] ils n’allaient pas mal mais bon-papa a encore quelques petits restes de la grippe, nous avons été aussi chez Mme Pavet[14], son petit André[15] est toujours souffrant, tous les jours il est pris d’un accès de fièvre qui dure environ 2h, de plus il dort mal et a fort mauvaise mine.

Adieu, mon bon petit père, il ne reste plus qu’à t’embrasser bien bien fort comme je t’aime ce que j’aimerais bien faire réellement.

Ta fille qui t’aime beaucoup

Marie


Notes

  1. Malgré cette date inscrite (mais Marie Mertzdorff fait quelquefois des erreurs), il s’agit plus probablement du 22 février 1875, comme l’indique le contexte : leçons de couture (lettre du 19 février 1875), maladie du petit André Pavet de Courteille (lettre du 11 février), attente des pigeons (lettre du 28 février) ; et en 1874 Charles Mertzdorff a regagné Vieux-Thann vers le 20 janvier.
  2. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie (voir sa lettre du 19 février).
  3. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  4. Caroline Boblet, veuve d’Edouard Charrier.
  5. Paulette, Paule Arnould.
  6. Alphonse Milne-Edwards.
  7. Homonyme de son amie Marie Berger de Vieux-Thann.
  8. Pauline Roger, veuve de Louis Roger.
  9. Charles Mertzdorff.
  10. Hortense Duval.
  11. Emilie Mertzdorff.
  12. Jean Dumas.
  13. Jules Desnoyers et son épouse Jeanne Target.
  14. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  15. André Pavet de Courteille.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 22 février 1875. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_22_f%C3%A9vrier_1875&oldid=40395 (accédée le 29 juin 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.