Lundi 15 et mardi 16 février 1864

De Une correspondance familiale


Lettre de Félicité Duméril (Morschwiller) à Eugénie Desnoyers, future épouse de son gendre veuf (Paris)


15 février 1864

Il y a bien longtemps, ma chère enfant que je ne suis venue te trouver par lettre et cependant il ne se passe guère de moments où ma pensée ne soit vivement occupée de toi et de ton cher et si bon entourage. Le temps échappe sans cesse et je ne fais pas tout ce que je voudrais, ainsi j'aurais dû certainement venir te dire de suite combien la mort de l'excellente amie[1] que vous venez de perdre me fait de peine, mais au reste tu sais si bien ce que j'éprouve pour tout ce qui vous concerne que je n'ai pas besoin de t'en parler. Hélas ! Madame Boulez est allée retrouver son bon mari et notre bien aimée[2] ! Il y a huit jours que je n'ai vu nos chères petites[3] et il me semble qu'il y a un temps énorme que je les ai quittées, il faut absolument que j'aille demain à Vieux Thann. Notre bon Charles[4] est revenu tout heureux de son voyage, tu sais ce qu'il éprouve pour toi, aussi ne t'en parlerai-je pas, mais je te dirai que c'est avec des mots profondément sentis qu'il exprime aussi le bonheur que lui ont fait éprouver les paroles que lui a adressées ta bonne mère[5], il met aussi un grand prix à son affection, à celle de ton bon père, et cela se comprend si parfaitement.

Que te dirai-je des chères petites ? elles sont charmantes l'une et l'autre. Je surprends par moments à Miky des mouvements de notre bien aimée. Cette chère enfant comprend ce qui l'attend à Paris et dit qu'elle ne te quittera pas un instant, en effet en elle tu trouveras déjà une petite amie, je suis souvent étonnée de la justesse de ses réflexions ainsi elle me disait dernièrement : Peut-être que ma petite marraine[6] nous conduira aux bains de mer parce que Emilie est souvent pâle depuis qu'elle a été malade et peut-être que les bains de mer lui feraient beaucoup de bien. Il faut ma chère enfant que je te copie un passage de la dernière lettre de notre bonne amie Mme Fröhlich[7].

L'union prochaine qui se prépare, me dit-elle, vous mettra à tous du baume au cœur par la ressemblance de qualités entre Mlle Eugénie et notre chère Caroline. Les chères petites vont être entourées de soins tendres, affectueux, donnés par la jeunesse, car ne nous le dissimulons pas il faut à l'enfance de la gaîté naturelle, et toi, ma chère Félicité, tu n'as que la gaîté d'un cœur qui s'oublie pour les autres. Aujourd'hui jour de la Purification, j'ai prié pour la nouvelle mère des enfants de notre chère Caroline.

(Du 16) A l'instant arrive notre bon Charles qui vient voir la fabrique, je retournerai avec lui à Vieux Thann et reviendrai ici demain soir. Léon[8] me prendra à la gare de Dornach en revenant de Mulhouse car le Mercredi est le jour de la bourse. Madame Zaepffel[9] est attendue demain et passera une huitaine de jours à Vieux Thann, nous nous abstiendrons de paraître pendant ce temps afin de ne pas déranger ces dames[10]. Adieu ma bien chère enfant nous t'embrassons autant que nous t'aimons ainsi que tous les tiens qui sont les nôtres aussi.

F. Duméril

Tu trouveras ci-joint la lettre de notre chère Madame Rainbeaux[11] que tu me rendras plus tard.

Charles est charmé de connaître ton beau-frère M. Alphonse[12].

Ma bonne amie Madame Heuchel[13] m'a bien chargée de te dire lorsque je t'écrirais combien elle t'aime déjà d'avance.

Nous recevons souvent de bonnes lettres de Paris[14]. Chacun apprécie dans ma famille ta valeur et ton mérite ma chère enfant.


Notes

  1. Louise Elisabeth Morizot, veuve de Léonard Boulez.
  2. La fille de Félicité, Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff, est décédée en 1862.
  3. Marie (Miky) et Emilie Mertzdorff, filles de Charles et Caroline, habitent à Vieux-Thann ; leur grands-parents Duméril vivent à Morschwiller, où se trouve la « fabrique » de Charles.
  4. Charles Mertzdorff, veuf, qui doit épouser Eugénie Desnoyers, revient d’un voyage à Paris.
  5. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  6. Eugénie Desnoyers.
  7. Eléonore Vasseur épouse d’André Fröhlich.
  8. Léon Duméril, fils de Félicité.
  9. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel et sœur de Charles.
  10. Emilie Mertzdorff-Zaepffel et sa mère Marie Anne Heuchel, veuve de Pierre Mertzdorff.
  11. Cécilia Sévelle, veuve d’Emile Rainbeaux.
  12. Alphonse Milne-Edwards, époux d’Aglaé Desnoyers, la sœur d’Eugénie.
  13. Elisabeth Schirmer épouse de Georges Heuchel.
  14. Eugénie Duméril, la sœur de Félicité, son époux Auguste Duméril et leur fille Adèle, habitent à Paris, au Jardin des plantes, comme les Desnoyers.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Lundi 15 et mardi 16 février 1864. Lettre de Félicité Duméril (Morschwiller) à Eugénie Desnoyers, future épouse de son gendre veuf (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_15_et_mardi_16_f%C3%A9vrier_1864&oldid=51654 (accédée le 10 août 2022).

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