Samedi 6 mars 1864

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril (Morschwiller) à Eugénie Desnoyers, future épouse de son gendre veuf (Paris)


Samedi 6 Mars 1864

Tu sais ma chère enfant, que chaque fois que je reçois une lettre de ton écriture j'en éprouve un vif contentement, je t'envoie donc tous mes remerciements pour celle que tu m'as écrite il y a quelques jours[1] : toute heureuse de la posséder je l'ai prise Dimanche dernier pour la montrer à notre bon Charles[2], mais je ne m'attendais pas à apprendre en arrivant chez lui, que nos chères petites[3] avaient de nouveau été prises d'une toux violente et alors je suis restée auprès d'elles jusqu'à hier soir, maintenant les voilà en bonne voie de guérison et j'ai pu les quitter sans préoccupation sachant leur bon père auprès d'elles ; à ce propos je te dirai, ma chère enfant, que Charles est combattu entre le désir de retourner te voir à Paris et celui de ne pas quitter ses enfants, il craint que vous trouviez peut-être étonnant que s'annonçant déjà plusieurs fois, vous receviez ensuite une lettre de lui qui marque que son voyage est remis, là-dessus je le rassure, je lui dis que je sais bien que tu serais la première à dire qu'il ne doit pas partir, ton cœur si bon, si tendre comprend parfaitement notre agitation quand les petites ont quelque chose et que leur père n'est pas là : veuille donc le rassurer à ce sujet, ma chère enfant, car hier je remarquais qu'il paraissait tout troublé de la pensée que vous pourriez peut-être trouver étrange que son voyage fût ainsi toujours remis. Je crois depuis longtemps que pour nos bonnes petites un changement d'air sera chose très favorable. Une quantité d'enfants ont été gravement malades cet hiver à Vieux Thann et à Thann soit par la fièvre, soit par une toux croupale[4].

Que je suis contente des bonnes nouvelles que tu me donnes sur chacun des membres de ta chère famille. Dis à ta mère[5], à ton père et à Aglaé[6] que je les suis bien souvent par la pensée et que mes vœux pour eux partent d'un cœur qui leur est profondément attaché, et tes chers frères[7] ne sont pas oubliés non plus par les vieux amis de Morschwiller. Voilà Léon[8] qui s'est un peu lancé dans le monde avec son bon ami Georges Heuchel[9], tous deux sont allés avant-hier à un très beau bal costumé chez Madame Kestner[10] : le premier avait revêtu un ancien costume de Charles. Marquis avec perruque poudrée habit et culotte de satin blanc garnis de galons d'or, Léon était en Algérien, c'est un banquier de Mulhouse qui a eu la bonté de lui prêter ce costume qui lui allait parfaitement, nos jeunes gens avaient tous deux fort bonne tournure. M. et Mme Zaepffel[11] invités aussi à ce bal sont arrivés Jeudi à Vieux Thann. Madame Zaepffel avait une toilette charmante qui lui allait à ravir, robe de satin blanc garnie de bouillons en tulle coiffure et bouquet de grenades. Nos chères petites étaient émerveillées de voir ainsi leur tante, elles s'étaient mises toutes deux devant elle pour la contempler et à chaque instant elles s'écriaient : Oh que tu es belle ! à ce propos nous faisions la remarque que les petites filles font bien plus attention à la toilette que les petits garçons. Demain Dimanche grande cavalcade à Mulhouse et quête pour les pauvres faite par les cavaliers qui tous auront, à ce qu'il paraît, de fort beaux costumes. Mon mari[12] va cet après midi à Mulhouse, je vais lui remettre cette lettre dans laquelle je voudrais pouvoir vous exprimer à tous combien nous vous aimons et toi, ma bien aimée enfant, reçois les embrassements de ta seconde mère

F. Duméril

Je mets dans cette enveloppe une lettre d'Isabelle Latham que tu liras avec intérêt. J'en ai reçu de charmantes de Mesdames Bibron[13].


Notes

  1. Cette lettre ne nous est pas parvenue.
  2. Charles Mertzdorff, gendre veuf de Félicité, doit épouser Eugénie Desnoyers ; il vit à Vieux-Thann.
  3. Marie (Miky) et Emilie Mertzdorff, filles de Charles et Caroline Duméril (décédée).
  4. Le croup est une forme de la diphtérie.
  5. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  6. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards et sœur d’Eugénie.
  7. Alfred et Julien Desnoyers.
  8. Léon Duméril, fils de Félicité et Louis Daniel Constant.
  9. Georges Léon Heuchel, fils de Georges Heuchel.
  10. Marguerite Rigau, épouse de Charles Kestner.
  11. Edgar Zaepffel et son épouse Emilie Mertzdorff, sœur de Charles.
  12. Louis Daniel Constant Duméril.
  13. Probablement Louise Elisabeth Bibron et Jeanne Belloc, la sœur et la veuve de Georges Bibron.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Samedi 6 mars 1864. Lettre de Félicité Duméril (Morschwiller) à Eugénie Desnoyers, future épouse de son gendre veuf (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_6_mars_1864&oldid=35647 (accédée le 11 août 2022).

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