Dimanche 3 juillet 1881

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Paris), à sa petite-fille Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Launay près de Nogent-le-Rotrou)


Fs1881-07-03 pages1-4-Félicité.jpg Fs1881-07-03 pages2-3-Félicité.jpg


Paris 3 Juillet 1881

Bien chère et bonne petite Marie,

Notre pensée vous suit tous à Launay, nous vous y voyons respirant le bon air de la campagne, regardant la petite Jeanne[1] dont les mouvements, les gazouillements, l’heureux développement sont des causes de joie pour chacun. Embrasse-la bien pour moi cette chère fillette, c’est la une douce commission que je te donne. Samedi après vous avoir quittés, nous avons attendu, ton bon-papa[2] et moi, le départ du train qui devait nous amener à Ermont où nous sommes montés dans l’omnibus de Saint-Prix et là nous sommes entrés chez nos amis Paul Nicolas[3] qui ne nous attendaient pas et qui ont paru bien contents de nous revoir, nous les avons trouvés en bonne santé paraissant bien jouir de leur habitation qui est vraiment charmante, un joli jardin en dépend dont une partie est en terrasse. Cette maison avec le beau mobilier qui s’y trouvait leur a été vendue au prix de douze mille francs. Madame Paul après avoir donné à ses petites-filles[4] bien des objets et en avoir conservé pour elle un bon nombre a fait du surplus avec quelques vieux meubles à elle une vente qui lui a rapporté mille francs. Tu vois qu’ils ont fait là une affaire exceptionnellement bonne : après tant de secousses diverses ils méritaient bien d’avoir quelque dédommagement. La chaleur étant extrême samedi je me sentais assez fatiguée en revenant à Paris mais la pensée de revoir Léon[5], de nous retrouver avec nos amis Stackler[6] a réveillé mes forces. Nous avons passé de bons moments rue Copenhague, écoutant avec un vif intérêt notre cher fils qui nous a donné de bonnes nouvelles de sa femme et de la petite Hélène, il les a laissées toutes deux installées chez Madame Borel[7] qui est infatigable dans les soins qu’elle donne à chacun, au reste son mari et sa fille la secondant en toutes choses. Hélène est enchantée d’être à Dijon et veut aller trouver toutes les petites filles à la promenade. Par ce temps de chaleur, elle est légèrement vêtue et s’en trouve fort bien, puis ce qui me fait plaisir c’est de savoir qu’elle dort dans le jour pendant une heure. Léon part Mercredi pour Cauterets, de notre côté nous devions demain nous mettre en route pour Rosult[8] mais une petite indisposition due à la chaleur me force à remettre d’un jour notre départ. Saurai-je bien te dire, ma chère enfant, combien tes bon soins, ceux de Marcel[9] non moins bons nous ont vivement touchés ton bon-papa et moi pendant le séjour que nous avons fait ici. C’est un doux souvenir qui s’attache étroitement à nos vieux jours. Adieu ma chère enfant nous t’embrassons de tout cœur ainsi que ta bonne tante[10], Marcel, et notre chère petite Émilie[11].

Félicité Duméril

Cécile[12] a apporté ce matin ta robe à pois. Louis[13] est aujourd’hui dans le salon où il s’occupe à mettre tout à l’abri de la poussière.

Un mot d’amitié à nounou[14], je suis sûre qu’elle n’oublie pas son abécédaire.


Notes

  1. Jeanne de Fréville.
  2. Louis Daniel Constant Duméril.
  3. Paul Nicolas et son épouse Stéphanie Duval.
  4. Jeanne Laroze, épouse de Frédéric Merlhe et Marie Thérèse Laroze, épouse d'Anatole Richer.
  5. Léon Duméril, son fils, époux de Marie Stackler et père d’Hélène Duméril.
  6. Probablement Marie Stéphanie Hertzog , veuve de Xavier Stackler et son fils Henri Stackler.
  7. Marie Joséphine Hertzog , épouse de Jean Paulin Émile Borel et mère de Jeanne Borel.
  8. Rosult , gare près de Valenciennes, qui dessert l’habitation de la famille Vasseur.
  9. Marcel de Fréville.
  10. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  11. Émilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  12. Probablement Cécile Besançon.
  13. Louis, domestique chez les de Fréville.
  14. La nounou de Jeanne de Fréville, probablement prénommée Marie.

Notice bibliographique

D'après l'original

Pour citer cette page

« Dimanche 3 juillet 1881. Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Paris), à sa petite-fille Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Launay près de Nogent-le-Rotrou) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Dimanche_3_juillet_1881&oldid=41385 (accédée le 10 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.