Vendredi 27 février 1874

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)


original de la lettre 1874-02-27 pages 1-4.jpg original de la lettre 1874-02-27 pages 2-3.jpg


Paris  Vendredi 27 Février 1874.[1]

Mon cher papa,

C’est bien mal à moi de ne pas t’avoir écrit hier surtout t’ayant dit que Jeannot[2] était souffrant ; je puis te tranquilliser à ce sujet le jeune homme est parfaitement remis et court chez sa maman[3].

Ce n’était que comme on le croyait bien une petite indigestion mêlée à une fièvre de croissance.

Je ne t’ai pas écrit hier car je n’ai eu un peu de temps libre qu’après l’heure de la poste.

Le matin à 8h nous recevions Marthe[4] dont la maman[5] s’en allait avec M. Edwards[6] à Versailles pour l’inauguration d’un monument érigé par les anciens le collège de Versailles aux anciens élèves tués pendant la guerre et le nom de M. Pavet[7] s’y trouvait.

<A> 9h nous partions pour le catéchisme et laissions Marthe chez bonne-maman[8] où elle devait travailler en attendant le déjeuner.

Emilie[9] a eu les palmes.

Nous sommes revenues ensuite chez bonne-maman où nous avons mangé, bon-papa[10] arrivait de Montmorency où il avait été pour surveiller les travaux car je ne sais si on t’a dit qu’il faisait un passage entre son cabinet de la tour et son musée. Sitôt le déjeuner Mme Lima[11] est arrivée et j’ai pris une leçon tandis qu’Emilie et Marthe travaillaient pour le cours. Cette pauvre Founi n’a encore fait que du catéchisme depuis mardi matin aussi en a-t-elle un peu assez et a-t-elle encore beaucoup à faire pour Mme Charrier[12].

A 2h nous avons conduit Marthe chez sa grand-mère Trézel[13] qui devait la mener à son cours d’anglais. Nous sommes entrées chez Mme Paul Audouin[14] qui demeure dans la même maison. Elle vient de mettre sa petite Marguerite[15] (qui jusqu’à présent suivait le cours) en pension c’est un grand parti mais elle était tellement insupportable qu’il n’y avait plus moyen de la garder à la maison.

Au moment où nous en sortions nous avons rencontré Paule[16] et Henriette[17] qui arrivaient et avons passé ensemble un bon moment (2 heures) quelques temps avant leur départ les 2 petits Festugière[18] sont arrivés et sont restés avec nous jusqu’à 6h, leur mère[19] devait venir les prendre à 5h mais elle s’était trouvée attardée alors comme il faisait très doux (15 degrés centigrades) nous avons fait un tour < > dans le jardin.

Mercredi nous avons passé notre après-midi au cours[20] j’ai été 1re en cosmographie et grammaire écrite et 3e en dictée avec 3 fautes la une faute de plus seulement que la 1re de la 1re division. Tu vois que nous sommes fortes. Quant à Emilie il est inutile de te dire ses places elle a été 1re en tout (arithmétique excepté mais elle ne veut pas que je te le dise).

Adieu, mon père chéri, je t’embrasse bien bien fort et espère bien que ta prochaine lettre nous apprendra ton arrivée très prompte songe mon petit père que Dimanche est le 1er Mars et qu’il y a bien longtemps que tes petites filles[21] ne t’ont pas embrassé.

Ta fille qui t’embrasse bien en attendant

Marie Anne Eugénie Mertzdorff

née à Vieux-Thann le 15 Avril 1859 baptisée le 3 Mai

Si tu apportes une malle je te serais bien obligée de prendre soit une partie soit tout notre magasin d’éducation j’ai réfléchi que je n’ai rien à lire et qu’il est là-dedans beaucoup de choses très intéressantes n’est-ce pas ton avis ?


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Jean Dumas.
  3. Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  4. Marthe Pavet de Courteille.
  5. Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.
  6. Henri Milne-Edwards.
  7. Daniel Pavet de Courteille.
  8. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  9. Emilie Mertzdorff (« Founi »), sœur de Marie.
  10. Jules Desnoyers.
  11. Mme Lima, professeur d’allemand.
  12. Caroline Boblet, veuve d’Edouard Charrier.
  13. Auguste Maxence Lemire, veuve de Camille Alphonse Trézel.
  14. Antoinette Silvestre de Sacy, épouse de Paul Audouin.
  15. Marguerite Audouin, 11 ans.
  16. Paule Arnould.
  17. Henriette Baudrillart.
  18. Paul et Georges Festugière.
  19. Cécile Target, veuve de Georges Jean Festugière.
  20. Le cours des dames Charrier-Boblet.
  21. Marie et Emilie Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 27 février 1874. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_27_f%C3%A9vrier_1874&oldid=35976 (accédée le 9 août 2022).

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