Vendredi 23 mai 1873

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à ses filles Marie et Emilie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1873-05-23pages 1-4.jpg original de la lettre 1873-05-23pages 2-3.jpg


Vendredi 23 Mai 73[1]

Je ne sais trop comment je fais mais le temps passe & je ne trouve que des instants pour vous écrire, mes chers enfants. Et cependant je pense bien plus à Paris tout ce que j'ai à Paris que je me laisse distraire par les affaires d'ici.

Comme ma dernière vous le dit j'ai passé ma journée d'hier à Morschwiller[2] où j'ai trouvé tout le monde en bonne santé. Je suis moins content des nouvelles constructions que l'on y fait & qui n'avancent pas du tout.

Le petit Tachard[3] est toujours bien malade & les inquiétudes pour ce bon garçon continuent. Je n'ai pas eu le temps d'aller voir ces amis[4].

Rien de neuf autre à Morschwiller, l'on a beaucoup parlé de vous & bonne-maman[5] dans sa conversation n'oublie ni Oncle ni tante[6].

Il était 7 h lorsque je suis rentré à la maison, j'avais un peu de migraine ce qui m'arrive fréquemment à Morschwiller, aussi ai-je pris quelques tasses de thé pour mon souper ce qui m'a pour aujourd'hui débarrassé de mon mal.

J'ai passé un tout petit bout de soirée tout seul dans le petit salon[7] & n'ai pas attendu 10 h pour me coucher.

Je vais tout à fait bien ce matin, ai fait un tour à la fabrique qui travaille encore un peu, mais diminuant toujours.

Hier, à ce que l'on m'a dit, l'on a baptisé[8] un petit Jardinier d'ici. Comme le Jardinier est protestant c'est à Thann que la cérémonie a eu lieu. J'ignorais le fait lorsque j'ai vu le Jardinier pour lui faire compliment de son Jardin qui est réellement beau. j'y aurais ajouté mes félicitations.

Thérèse[9] m'a raconté qu'hier elle a passé de 2 ½ à 5 h en procession autour du village, & qu'elle a été si nombreuse, surtout par la présence d'une quantité d'hommes, comme peut-être jamais Vieux-thann n'en avait vu.

Il est vrai que le temps était favorable il n'a pas fait trop chaud, un vent d'Ouest frais assez engageant pour la procession.

Le temps n'est toujours pas favorable à la végétation, il ne fait pas assez chaud pour la saison & le baromètre n'est pas encourageant.

Nanette[10] est découragée de ne pas vous voir, & Thérèse qui ne sait plus quoi faire dans la maison parle de s'en aller chez elle. Le fait est que ces pauvres filles ne sont pas heureuses ainsi toutes seules dans la maison.

Toutes deux m'ont demandé beaucoup de détails sur vous & surtout Cécile[11] & sa jambe. Recommandant force amitiés à toutes.

L'Oncle Georges va bien ainsi que sa femme[12] que je n'ai pas encore vue.

Il a eu la visite de M. Stoecklin[13] & Jeanne[14] qui cette dernière est toujours très gentille & fait le bonheur des grands-parents.

M. Conraux[15] va décidément mieux, l'on me dit qu'on l'a vu regardant par sa fenêtre, je n'ai pas d'autres détails.

J'ignore si vous avez connu Mlle Sick qui dit-on est fiancée à Besançon.

De cette dernière ville bonne-maman n'a pas de nouvelles depuis assez longtemps.

N'ayant que peu de minutes à m'arrêter à Mulhouse je n'ai pas vu les Paul mais l'on me dit que M. Paul est depuis longtemps assez souffrant ; allant cependant un peu mieux.

Voilà, mes chères petites Amies les seules petites nouvelles qui peuvent avoir un petit intérêt pour vous.

Vous embrasserez toutes deux votre bonne tante et l'oncle[16] aussi pour moi & de tous les baisers que cette lettre porte vous en conserverez quantité pour vous

de votre père qui vous aime bien

Charles M

Ci joint une lettre pour Cécile


Notes

  1. Lettre sur papier deuil.
  2. Morschwiller où vivent Félicité, Louis Daniel Constant et Léon Duméril.
  3. André Pierre ou son frère Pierre Albert Tachard.
  4. Albert Tachard et son épouse Wilhelmine Grunelius.
  5. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  6. Alphonse Milne-Edwards et son épouse Aglaé Desnoyers.
  7. Le petit salon d’Eugénie Desnoyers (†).
  8. Charles Mertzdorff écrit « baptimé ».
  9. Thérèse Neeff, domestique chez les Mertzdorff.
  10. Annette, cuisinière chez les Mertzdorff.
  11. Cécile, bonne des petites Mertzdorff.
  12. Georges Heuchel et son épouse Elisabeth Schirmer.
  13. Probablement Alfred Stoecklin.
  14. Jeanne Heuchel, petite-fille de Georges Heuchel et Elisabeth Schirmer.
  15. François Joseph Conraux, médecin à Thann.
  16. Aglaé Desnoyers et son époux Alphonse Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 23 mai 1873. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à ses filles Marie et Emilie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_23_mai_1873&oldid=51575 (accédée le 10 août 2022).

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