Vendredi 13 décembre 1878

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1878-12-13 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-12-13 pages 2-3.jpg


Paris 13 Décembre 78.

Me voilà, mon Père chéri, fidèle à ma promesse d’hier. Il est 8 heures, et c’est à peine si j’y vois aussi mes  pauvres yeux sont-ils encore bien mauvais et j’ai peur que tu ne trouves dans ma lettre des traces de sommeil. Il me semble qu’il fait bien froid dehors, les vitres de notre chambre[1] étaient toutes gelées mais il ne neige pas c’est déjà quelque chose ; on ne voit plus qu’un peu de blanc sur les toits et dans le jardin, le reste de Paris a repris sa couleur noire et [  ].

Je t’ai quitté bien brusquement hier, mon Père chéri pour courir au cours de physique où nous[2] sommes arrivées en même temps que le professeur[3]. Nous avons étudié les baromètres. En sortant nous avons été rue Mouffetard porter 2 petites robes qu’Emilie avait faites et je t’assure que nous avons trouvé de pauvres gens bien malheureux. Le soir j’ai enfin terminé mon le jupon de tricot que tu m’as vu commencer, je vais m’occuper maintenant de l’ouvrage de tante Z.[4] et du berceau de poupée que je veux donner à ma filleule[5].

Cette après-midi j’irai chez M. Flandrin[6] mais je ne sais pas bien quel sera après l’emploi de mon temps, Emilie ira à son cours de chant qui sera très solennel. M. Widor[7] qui a composé un de leurs chœurs doit venir les entendre aussi est-elle très préoccupée. Je ne sais vraiment pas comment la pauvre Mme Roger[8] supportera cette fatigue ; Mercredi elle était épuisée et n’a même pas pu me donner ma leçon. Je l’ai bien regretté mais cependant cela m’a permis de retourner chez Paulette[9] où j’avais déjà passé le temps de la leçon d’Emilie et où je suis restée encore un bon moment.

Mon petit Papa chéri, quel ennui que tu aies mal aux yeux ! Je suis contente que tu aies la visite de M. et Mme Paul[10] pour te distraire mais (c’est égoïste ce que je vais dire) je voudrais bien qu’ils ne restent pas trop longtemps. Tu sais que c’est aujourd’hui le 13 et que 13 ôtés de 25 il ne reste que 12, donc avant 12 jours nous avons l’espérance de te voir. Quel bonheur ! Tu sais que nous y comptons tout à fait. Je suis sûre que le changement d’air fera du bien à ta vue et alors tu pourras apporter tous tes journaux et tes revues en retard que tu auras au moins le temps de lire ici.

Cela m’étonne beaucoup que Jules[11] ait un congé assez long pour aller à Vieux-Thann je croyais qu’ils avaient à peine un jour ou deux. Qui prends-tu pour remplacer Emile[12] ? Est-ce le valet de chambre de Mme Henriet[13] qui a si envie de devenir un homme de plume ? A propos des Henriet[14] je te plains bien mon père chéri d’être pris dans cette affaire ; il me semble que tu n’auras que des ennuis et je me demande si tu ne ferais vraiment pas mieux d’en parler aux gendres[15] ; quand il sera tout à fait dans la peine tu verras que c’est à toi qu’on jettera la pierre, on dira que tu l’as aidé, que tu aurais dû prévenir pendant qu’il était temps && Tu sais on aime bien rejeter les fautes sur d’autres.

Adieu, mon petit Papa, je t’embrasse de toutes mes forces comme je t’aime et à bientôt
ta fille affectionnée
Marie


Notes

  1. Chambre de Marie Mertzdorff et sa sœur Emilie.
  2. Marie Mertzdorff est toujours accompagnée de sa « tante » Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  3. Emile Fernet.
  4. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel.
  5. Louise Soleil.
  6. Marie Mertzdorff prend des leçons chez le peintre Paul Flandrin.
  7. Charles Marie Widor (1844-1937), organiste, professeur et compositeur.
  8. Pauline Roger, veuve de Louis Roger.
  9. Paule Arnould.
  10. Paul Nicolas et son épouse Stéphanie Duval.
  11. Jules Heuchel.
  12. Emile XX ? (jeune homme engagé pour faire la correspondance en allemand ; voir la lettres du 2 février 1878).
  13. Célestine Billig, épouse de Louis Alexandre Henriet.
  14. Voir la lettre précédente.
  15. Léopold Zurcher, époux de Marie Henriet et Paul Baudry, époux de Jeanne Henriet.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Vendredi 13 décembre 1878. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Vendredi_13_d%C3%A9cembre_1878&oldid=35740 (accédée le 14 août 2022).

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