Samedi 2 février 1878

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)

original de la lettre 1878-02-02 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-02-02 pages 2-3.jpg


2 février 78. -

Ma chère Marie

Ta bonne lettre me trace le panorama de tous les plaisirs passés & à venir. Les soirées, se succèdent aux bals & comme à ces derniers les danseurs ne manquent pas qu’ils ont le bon goût de faire danser toutes ces Demoiselles, l’on s’amuse & tu fais bien.
Que les résumés s’en ressentent même beaucoup, le mal n’est pas grand l’on apprendra à les résumer davantage & ils ne s’en trouveront pas plus mal.
Tu as raison de croire que cela m’amuserait bien que de vous voir danser car j’aimais trop la danse pour ne pas comprendre que mes enfants l’aiment aussi.
Je ne crois pas que l’on parle soirées ici, la vie y est trop difficile & les préoccupations d’avenir ne permettent pas que l’on songe aux plaisirs.

Rien de particulier ne s’est passé depuis que je vous ai écrit. Marie[1] qui était un peu grippée va mieux, elle ne tousse que peu, mais ne circule pas encore dans sa Maison. Depuis 2 jours son amie Mlle Lomüller[2] a quitté & comme elle n’a pas de cuisinière sa mère[3] a pris domicile avec sa bonne chez elle, c’est donc de nouveau ménage complet & je comprends que l’on ait préféré cet arrangement à venir partager mon dîner avec moi. Le moulin[4] vient régulièrement tous les après-midi ici & les Berger profitent du voisinage pour venir aussi, je crois que l’on fait un peu de musique à ces petites réunions, très calmes comme tu vois.

Jeudi j’ai envoyé la voiture à sœur Bonaventure qui ne peut pas marcher, elle a fait visite au Moulin & à ces Dames d’ici[5]. elle est venu aussi pour me demander un tapis pour sa nouvelle pensionnaire. C’est votre ancien tapis de votre chambre de travail qui va y passer. Je ne l’ai pas vu mais Thérèse[6] me dit qu’il est encore assez bien raccommodé & peut aller.
A ma visite à M. le curé[7] il s’est informé de vous[8] & tante[9] & lorsque je lui ai dit que vous aimiez beaucoup la danse il a bien ri & a trouvé que c’était de votre âge.
Chez nous tout est encore tout blanc la plaine est couverte de neige sans qu’il fasse trop froid.
Il y a pas mal de malades mais peu de décès.
La fabrique travaille régulièrement & un peu plus qu’il y a 15 jours mais chez M. Berger[10] il n’en est pas ainsi les ouvriers ne commencent qu’à 8 h & finissent à 5 h ce qui fait qu’il y a un peu de misère dans certaines familles qui n’ont pas su mettre de côté lorsque les journées étaient bonnes . je commence à distribuer un peu de ma provision de pommes de terre & de bois. Ce mois les jours augmenteront de 1 ½ h & dans 6 semaines le printemps, le travail des champs commence. En ville vous n’avez pas de ces préoccupations.

Tu me diras si le pâté a été trouvé bon, j’espère que son ornementation ne lui aura pas nui[11]. Il sera facile de vous en faire adresser mais il faut s’y prendre à temps, car je ne crois pas que Wagner[12] les fasse à l’avance.

Bien du plaisir pour ce soir ma chérie ; mon grand désir est que tu t’amuses bien. Embrasse sœur, tante pour moi comme je t’embrasse de cœur
ton père qui t’aime
ChsMff

L’oncle Georges[13] prépare en ce moment la paie des ouvriers ce qui est toujours assez long : tu vois qu’il va bien. Notre jeune Bâlois[14] est à son bureau depuis hier. Il nous paraît bien.


Notes

  1. Marie Stackler épouse de Léon Duméril.
  2. Maria Lomüller.
  3. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  4. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril, qui vivent au Moulin.
  5. Marie Stackler-Duméril et sa mère.
  6. Thérèse Neeff, employée par Charles Mertzdorff.
  7. Louis Oesterlé, curé de Vieux-Thann de 1875 à 1881.
  8. Emilie et Marie Mertzdorff.
  9. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  10. Louis Berger.
  11. Voir la lettre du 31 janvier.
  12. M. Wagner de l’Hôtel de la Cigogne à Mulhouse.
  13. Georges Heuchel.
  14. Emile XX ? (jeune homme engagé pour faire la correspondance en allemand ; voir lettres du 8 décembre 1877 et du 9 décembre 1878).

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 2 février 1878. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_2_f%C3%A9vrier_1878&oldid=35440 (accédée le 19 août 2022).

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