Samedi 6 juin 1885 (B)

De Une correspondance familiale

Lettre de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à sa petite-fille Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris), avec un ajout de son épouse Félicité Duméril


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Vieux-Thann 6 Juin 1885

Ma chère Marie

Ta bonne-Maman[1] me charge de l’agréable commission de t’envoyer des nouvelles de notre petit André[2] qui reprend à vue d’œil & qui après avoir été assez abattu, grognon, inquiet, lorsque le mal était bien passé & reprend son entrain & sa gaîté : aujourd’hui c’est de nouveau le petit compère qui ne demande qu’à jouer & qui attend avec impatience la visite du Docteur[3] qu’on a fait demander pour qu’il autorise à descendre au jardin & à manger des choses plus solides qu’il n’en avait permis jusqu’à présent. Ce malaise qu’il a éprouvé pendant plusieurs jours provenait d’un peu de gonflement des glandes du cou qu’on avait entouré de cravates glacées pour déplacer l’inflammation intérieure. Les mères ont ressenti le contrecoup de leurs inquiétudes & de leurs fatigues pendant que l’enfant était malade ; Marie[4] a souffert de la tête pendant deux jours & n’est pas encore débarrassée complètement : quant à Madame Stackler[5] elle est encore retenue dans sa chambre & même dans son lit par une de ces vilaines migraines dont elle n’a que trop l’habitude & qui parfois ont raison de toute son énergie. Léon a aussi payé son tribut à ces agitations par une fluxion occasionnée par un abcès à la gencive sous le nez, mais c’est passé. Quant aux vieux grands-parents[6] qui n’ont eu que le reflet de la bataille ils sont restés indemnes, malgré leurs préoccupations & jouiraient bien complètement de leur séjour ici sans ces accrocs.

En écrivant à Marcel[7], il y a quelques jours, pour lui remettre le chèque qu’il m'avait eu l’obligeance de me demander pour l’encaisser & en verser le montant à mon Compte à la Société Générale, je ne lui ai pas parlé d’André voulant laisser la mère donner les détails, comme elle désirait le faire & comme elle l’a fait en effet.

Nous sommes toujours en pensée au Jardin des plantes où un mieux relatif & bien précaire, donne un peu de repos physique à vos Oncle et Tante[8] mais n’offre point de sécurité. Quand tu verras ces chers amis, dis-leur, ce qu’ils savent bien du reste, combien nous sommes occupés d’eux & de leur cher malade.

La chaleur est très grande ici comme à Paris, le thermomètre marquait hier à 2 heures 30 degrés, aussi sortons-nous peu du jardin depuis deux jours & quand nous sommes assis là nous y revoyons en pensée nos deux gentils arrière-petits-fils[9], qui y avaient l’air si heureux, & nous repensons à toutes les attentions de nos petits-enfants dont le séjour a été si court & si rempli d’occupations diverses.

Marie a reçu ce matin une lettre de Clotilde[10] qui parle beaucoup de la première communion de sa petite Caroline[11] & donne du reste de bonnes nouvelles.

Félicité a reçu en même temps une lettre de Fideline[12] qui la met au courant de bien des choses de notre famille (Devers & Cordier[13] & ses frères & sœurs[14]).

De mon côté j’en ai une de notre cousin Adolphe Comte qui est repris de ses maux d’estomac, ne peut pas sortir & souffre de tenir sa fille prisonnière à la maison, car elle n’a personne d’autre avec qui sortir.

Tenez-nous au courant de vos projets, quand vous les aurez arrêtés : la saison est bien favorable pour Cauterets, sans doute que vous êtes retenus par l’état de santé de M. Edwards[15] ??

Nous envoyons aux deux sœurs[16] & à leurs excellents maris de bien tendres amitiés & de bons baisers aux enfants[17].

C. Duméril

Une lettre de toi nous fera un bien grand plaisir, ma bonne petite Marie. Dans l’éloignement on est avide de détails concernant ceux dont on est séparé, c’est bien ce que tu éprouves toi-même par rapport à nous qui sommes si heureux avec ton oncle et ta jeune tante[18] quand vient à notre adresse une lettre d’une personne aimée. Inutile de te dire combien viennent souvent à notre pensée M. Edwards, ton oncle et ta tante[19] ainsi que Mesdames Dumas et Pavet[20].

Nous vous embrassons mes chers enfants comme nous vous aimons.            


Notes

  1. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  2. André Duméril.
  3. Probablement le docteur Louis Disqué.
  4. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril et mère d'André.
  5. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  6. Félicité et Louis Daniel Constant Duméril.
  7. Marcel de Fréville.
  8. Alphonse Milne-Edwards et son épouse Aglaé Desnoyers, auprès d'Henri Milne-Edwards (il a 85 ans et décède le 29 juillet).
  9. Charles et Robert de Fréville ?
  10. Clotilde Duméril, épouse de Charles Courtin de Torsay.
  11. Caroline Courtin de Torsay.
  12. Fidéline Vasseur.
  13. Les familles de Giuseppe Devers et de Charles Cordier.
  14. Les enfants de Fidéline Cumont (†) et Théophile (Charles) Vasseur (†).
  15. Henri Milne-Edwards.
  16. Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville et sa sœur Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart.
  17. Jeanne, Robert et Charles de Fréville et Jacques Froissart.
  18. Léon Duméril et son épouse Marie Stackler.
  19. Henri et Alphonse Milne-Edwards, Aglaé Desnoyers-Milne-Edwards.
  20. Cécile Milne-Edwards, épouse d'Ernest Charles Jean Baptiste Dumas et Louise Milne-Edwards, veuve de Daniel Pavet de Courteille.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Samedi 6 juin 1885 (B). Lettre de Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) à sa petite-fille Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Paris), avec un ajout de son épouse Félicité Duméril », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_6_juin_1885_(B)&oldid=53814 (accédée le 14 août 2022).

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