Samedi 6 août 1887

De Une correspondance familiale

Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Allevard en Isère) à son grand-père Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann)


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6 Août.[1]

Allevard (Isère)

Hôtel du Parc

Mon cher bon-papa,

C’est à toi que je m’adresse aujourd’hui pour vous redire à bonne-maman[2] et à toi que nous avons fait un excellent voyage, petits et grands ont supporté la nuit en chemin de fer sans la moindre fatigue et nous voici depuis hier midi installés dans ce petit chalet où nous étions il y a dix ans, où oncle et tante[3] étaient revenus l’année dernière et où je retrouve 2 grandes places vides, celle de cette tante chérie et celle de papa[4]. Par contre j’ai mon mari[5] et mes 4 enfants[6] auxquels je ne pensais guère en 1877 ; quelle singulière chose que la vie, que c’est dur de penser que les uns s’en vont quand les autres arrivent et que nous serions malheureux sans cette espérance si ferme que nous avons tous ; qu’un jour nous nous retrouverons auprès de Dieu ; cela donne tant de courage ! Notre pauvre oncle a supporté son voyage sans surcroît de fatigue mais il a bien mauvaise mine et est tellement triste que je crains que son [  ] d’eaux ne lui soit pas bien efficace.

Mme Dumas[7] et Marthe[8] sont aussi avec nous, Jean[9] malheureusement est retenu à son école[10] jusqu’à la fin de 7bre, il subit son sort avec beaucoup de courage et ne veut pas qu’on le plaigne mais je suis sûre que son isolement après tant de chagrin et le travail excessif tant matériel qu’intellectuel auquel il se livre doivent lui faire une vie très dure. Nous avons quitté Émilie[11] hier matin (Jeudi) un jour plus tard que nous ne l’avions dû ; ce petit séjour à Grigny[12] a pa m’a paru bien doux et nous aurions bien voulu qu’il pût se prolonger. Ils vont tous parfaitement ; Jacques grandit et Lucie est la plus amusante petite fille qu’on puisse voir, gaie, aimable, vigoureuse, elle marche tout à fait bien et se lance pour de longues courses sans se déconcerter un moment de ses nombreuses chutes. Émilie et Damas sont toujours dans l’incertitude la plus complète sur leur avenir ; ils espèrent toujours aller un peu à Brunehautpré en 7embre mais en attendant ils comptent absolument sur vous à Grigny, et moi je me réjouirai de vous savoir auprès d’elle car je crois que vous y serez vraiment bien, sa petite, ou plutôt sa grande installation est charmante, l’air y est excellent et le voyage n’a rien de fatigant. Quant à nous, nous voici pour un mois à Allevard, nous n’avons rien de fixé pour le mois suivant, mais oncle Léon[13] vous aura dit peut-être que Marcel lui avait dit dans sa dernière lettre combien nous serions heureux si nous pouvions être un peu avec lui, tante M. et les enfants. Tâche donc de le pousser à venir s’il pense que nous soyons assez distrayants.

Au revoir, cher bon-papa, je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que bonne-maman. Marcel se joint à moi pour vous envoyer ses affectueux respects. Tendres amitiés à oncle et tante, baisers à [mes] chéris

Marie

Quand M. Jaeglé[14] sera-t-il revenu ?


Notes

  1. Lettre sur papier deuil. Bien que datée du 6, elle est peut-être écrite le vendredi 5 août.
  2. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  3. Alphonse Milne-Edwards et son épouse Aglaé Desnoyers, qui vient de mourir.
  4. Charles Mertzdorff, décédé en 1883.
  5. Marcel de Fréville.
  6. Jeanne, Robert, Charles et Marie Thérèse de Fréville.
  7. Cécile Milne-Edwards, épouse d'Ernest Charles Jean Baptiste Dumas.
  8. Marthe Pavet de Courteille.
  9. Jean Dumas.
  10. École Pratique d'Agriculture de Saint Bon.
  11. Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart et sœur de Marie. Elle est mère de Jacques et Lucie Froissart.
  12. Les Froissart ont loué pour l'été une maison à Grigny (Essonne).
  13. Léon Duméril, époux de Marie Stackler (« tante M. ») et père d'Hélène et André Duméril (« mes chéris »).
  14. Frédéric Eugène Jaeglé.

Notice bibliographique

D’après l’original.

Pour citer cette page

« Samedi 6 août 1887. Lettre de Marie Mertzdorff, épouse de Marcel de Fréville (Allevard en Isère) à son grand-père Louis Daniel Constant Duméril (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_6_ao%C3%BBt_1887&oldid=53799 (accédée le 19 août 2022).

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