Samedi 25 octobre 1879

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1879-10-25 pages 1-4.jpg original de la lettre 1879-10-25 pages 2-3.jpg


25 8bre 79

Ma chère Marie

Je devrais remercier ta tante[1] pour la bonne lettre reçue d'elle, mais je suis bien en retard avec toi aussi & elle me pardonnera que je remette ma réponse à autre jour. Hier j'ai eu la visite de Dechaucé[2] & une visite pareille vous met de suite en retard, ce matin c'est Barbé[3] & Jules Heuchel qui sont venus, etc. Toute cette semaine de vendanges j'étais occupé à relever les comptes de fabrique & une fois que je suis à un pareil ouvrage je voudrais tant l'avoir terminé que je ne le quitte que tard le soir pour le reprendre dès le matin ; j'étais tellement en retard que 5 jours ont à peine suffi.

Il est toujours bon de se renseigner sur le [Poll] [  ] que je suis enchanté d'être à Jour maintenant.

Nous avons été favorisés par le beau temps pour les pauvres gens qui vendangeaient, si l'on n'a pas pu manger un raisin, au moins était-on en plein & beau soleil. Les Vendanges ont duré 3 jours, de Mercredi à hier & le pressoir marche encore maintenant, mais quel jus & je doute que même à force de sucre l'on puisse le rendre buvable.
Ce que je ne savais pas c'est que le jour du pressurage beaucoup d'ouvriers en rentrant à la fabrique ont dans leur poche un verre & en foule ils vont se délecter à ce jus divin, l'on n'y a pas manqué cette année & cependant ce n'est rien de délicieux. Si la qualité est détestable la quantité très heureusement est très minime, environ un 1/10 de récolte. Pour cette dernière raison le vin (si l'on peut lui donner ce nom) se vend très cher.

Marie Léon[4] est à Mulhouse pour voir son médecin, la pauvre petite ne va toujours pas très bien, sa mère[5] est couchée depuis 2 jours, tandis qu'au Moulin l'on va parfaitement, bon-papa[6] ne discontinue pas ses promenades & tous les soirs bonne-maman[7] est auprès de la petite Hélène[8] jusqu'après 7h.
La petite a eu un petit abcès dans l'oreille qui l'a fait bien souffrir, elle est encore un peu dolente en ce moment, mais ne va trop mal en ce moment, vu l'absence de sa maman elle dîne avec son père[9] au Moulin.

Ce matin nous avons eu un accident au blanchiment un pauvre homme s'est brûlé le pied avec de la lessive bouillante il en aura pour un mois avant de reprendre son travail & il souffre beaucoup.
Sans cela Vieux-thann est absolument comme vous l'avez quitté ; ce matin l'on est venu me porter les clés de l'ancien presbytère, je vais y aller pour savoir ce qu'il y a à en faire ; l’on v

Je ne sais toutefois si je vous ai dit que M. Breymann[10] était mort subitement à Bitschwiller réunion de tous les orphéons des environs. Il est remplacé par un M. Baumann de Bollwiller qui voulait louer le presbytère c'est ce qui m'a fait penser à ce pauvre Breymann qui était un excellent homme & qui avec sa femme faisait beaucoup de bien au village.

J'ai reçu une lettre de Mlle Lina Bobé qui m'avait demandé de l'argent pour payer son terme, j'ai donné 400 F à ta tante pour les lui remettre & sans doute qu'elle l'aura oublié. Il paraît qu'elle a maintenant bien plus d'élèves & qu'elle se suffira sans plus avoir besoin de mon aide. Les débuts sont toujours bien longs & difficiles & si je n'avais pas vu tant d'énergie, de bon vouloir & se donnant une peine infinie, je n'aurais pas continué si longtemps mon aide, mais avec ces qualités l'on doit réussir & je serais très heureux si elle peut s'en tirer, elle & sa famille.
Tu sais que la mère[11] a une pension de 900 F & qu'elle est en instance d'un bureau de tabac, car avec sa pension impossible de vivre, elle s'est mise à faire de la passementerie, mais les saisons sont courtes.
Je viens d'écrire à Bobé.

Tu voudras bien embrasser tante & Oncle[12] pour moi un bon bec à Émilie[13] & pour toi les meilleures amitiés de ton père

Il paraît que Mme Kestner[14] est sérieusement malade à Paris, tout le monde a quitté Thann pour être auprès d'elle.


Notes

  1. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  2. M. Dechaucé ? M. Dechamé ? Probablement un marchand de vin (voir la lettre du 22 juillet 1870 B).
  3. Victor Barbé.
  4. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril et mère d’Hélène.
  5. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  6. Louis Daniel Constant Duméril.
  7. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  8. Hélène Duméril.
  9. Léon Duméril.
  10. Louis Victor Breymann.
  11. Marguerite Madeleine Wiss, veuve de Louis Bobé.
  12. Aglaé Desnoyers et son époux Alphonse Milne-Edwards.
  13. Émilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  14. Marguerite Rigau, veuve de Charles Kestner ?

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 25 octobre 1879. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_25_octobre_1879&oldid=35530 (accédée le 16 août 2022).

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