Samedi 16 et mercredi 20 octobre 1875

De Une correspondance familiale

Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris)

original de la lettre 1875-10-16 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-10-16 pages 2-3.jpg


Morschwiller 16 Octobre 1875

Ma bien chère Aglaé,

Voilà onze jours que vous nous avez quittés et il nous semble qu’il y a déjà longtemps que nous ne jouissons plus de votre présence. On est si heureux d’être réunis que les moments passés en famille s’écoulent avec une effrayante rapidité. Je sais par Charles[1] que tout va bien, que nos chéries[2] se sont remises bravement et courageusement au travail, que petit Jean[3] a fort bien débuté au collège et qu’enfin ma chère Aglaé est comme toujours la tendre mère veillant à toutes choses. Rien de particulier à te mander quant à nous, tu auras su que M. et Mme Zaepffel[4] sont venus à Vieux-Thann, je dis sont venus car je les crois déjà repartis.

Mon frère[5] est enfin arrivé à Besançon[6] avant-hier et notre neveu Georges[7] a dû aller l’y rejoindre aujourd’hui pour passer avec son père quelques jours à Besançon, on viendra ensuite nous trouver à Morschwiller où nous aurons le plaisir de posséder en même temps mon frère et ma sœur[8].

Dimanche dernier nous avons dîné chez Charles. J’ai vu Thérèse[9], c’est une brave fille qui mérite l’intérêt et l’amitié que je lui porte. Pauvre fille ! elle a dû acquérir de l’expérience dans ces derniers temps, et se convaincre par elle-même combien, dans ce monde, il faut se tenir en garde contre les manœuvres des gens faux et méchants.

(Du 20) Mille remerciements, ma bien chère Aglaé pour ta bonne lettre que je viens de recevoir. Les cours, le travail intéressent vivement nos chéries mais à qui le doivent-elles ? à toi, à ta direction si parfaite, à ton dévouement, à celui de M. Alphonse[10]. Je ne puis y penser sans être bien émue, ma crainte c’est que tu te fatigues trop, cela me tourmente bien souvent. Embrasse bien pour moi nos chéries, dis-leur que je les suis sans cesse en esprit et que je prie le bon Dieu qu’il les bénissent en leur accordant tout ce que les parents désirent pour leurs enfants. Tu comprends que l’article touchant la famille etc. nous a bien intéressés. Ce portrait de Mlle M.[11] est charmant, on se dit qu’une femme douée comme elle l’est devra faire le bonheur d’un mari. J’ai écrit à Paul[12] et lui ai fait connaître le passage de ta lettre qui le concerne. Tu sais combien Paul, son père, et toute la famille voudraient le voir rapproché de Paris, mais comment y arriver ?

Mon frère n’est pas encore à Morschwiller, il est arrivé Jeudi dernier à Besançon où ma sœur et Félix[13] avaient combiné de lui faire faire de longues promenades. C’est Dimanche dernier que la grande excursion a dû avoir lieu parce que c’est le jour où Félix est libre.

Georges parti samedi soir de Vieux-Thann est arrivé en temps à Besançon pour accompagner son père et la famille ; toujours attentif il m’a écrit quelques lignes pour me faire savoir qu’il revenait seul aujourd’hui en Alsace mais que dans huit jours nous aurions enfin la visite de mon frère et de ma sœur, ainsi donc sous peu nous aurons le plaisir de les posséder ici. As-tu reçu la lettre que je t’ai écrite au commencement du mois et dans laquelle était renfermée celle de mon neveu Paul ? Adieu ma bien chère Aglaé je t’embrasse comme je t’aime ainsi que ton bon entourage.

Félicité Duméril

Mon mari[14] et Léon[15] vous envoient à tous mille choses affectueuses.
Si tu veux passer un fil dans le froncé du petit jupon de coton, tu rendras le [tuyautage] régulier.
Dans la lettre de Paul tu as dû voir qu’il est resté substitut.


Notes

  1. Charles Mertzdorff.
  2. Marie et sa sœur Emilie Mertzdorff.
  3. Jean Dumas.
  4. Emilie Mertzdorff, sœur de Charles, et son époux Edgar Zaepffel.
  5. Charles Auguste Duméril, père de Georges et de Paul.
  6. Besançon où réside la famille Soleil.
  7. Georges Duméril.
  8. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  9. Thérèse Neeff, domestique chez Charles Mertzdorff.
  10. Alphonse Milne-Edwards.
  11. Mathilde Arnould (d’après la lettre du 12 janvier 1876).
  12. Paul Duméril.
  13. Félix Soleil.
  14. Louis Daniel Constant Duméril.
  15. Léon Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Samedi 16 et mercredi 20 octobre 1875. Lettre de Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (Morschwiller) à Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_16_et_mercredi_20_octobre_1875&oldid=35370 (accédée le 14 août 2022).

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