Mercredi 19 juin 1878

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1878-06-19 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-06-19 pages 2-3.jpg


Mercredi 19 juin 78

Ma chère Marie

Ce matin la lettre de ta sœur[1] est venue me dire que vous alliez bien. & cela pour ceux qui vous entourent de soins & d’affection.
Prévoyant que demain & peut-être jour suivant, je ne saurais vous écrire, ce qui vous laisserait bien longtemps sans nouvelles de Vieux-Thann, je le fais ce soir quoique ma lettre ne prenne la course que demain.

Bonne-maman[2] a eu sans raison comme un petit bobo à l’œil gauche je pense que c’est une piqûre, l’on me dit que non & c’est possible cet organe va mieux mais il s’est formé au-dessous sur la joue un gros bouton de fièvre ; mais bonne-maman ne s’arrête pas pour si peu, à une heure elle a pris avec tout le monde le chemin de Sélestat.
Léon[3] & M. Jaeglé[4] sont à Mulhouse ce qui fait que je suis tout seul à la maison pour le moment.
Le mariage civil[5] se fait ce soir à 6 h & demain matin dès 6 h je serai moi-même en route pour assister à la messe puis au dîner.
La famille Duméril & de Torsay[6] sont revenu Lundi enchantés de Mlle Lomüller qui a conquis toute la ligne.

Marie[7] ne va pas trop mal elle aussi doit être à Sélestat en ce moment elle devait dîner chez les Miquey[8] & de là se rendre par le même train que prend toute la famille à la dite destination.
Le bébé[9] avec sa grand-Mère Stackler[10] est à Mulhouse & très probablement y resteront jusqu’à demain soir.

Hier j’ai dîné au Moulin avec tout le monde réunis sauf Léon & sa femme. Par contre ce matin vers 10 h, Paul Duméril a dit à Thérèse[11], qui ne s’y attendait pas que l’on dînerait ici pour être plus près du chemin de fer. En une heure et demie elle a fait un dîner passable de quoi satisfaire les plus gros appétits.
Ce dîner était convenu hier au soir seulement personne n’avait pensé à nous en prévenir, par un simple malentendu.

Après-demain les Messieurs Duméril père & fils[12] quittent & Mardi Mme Auguste[13], je voudrais les avoir à dîner Dimanche prochain jour de procession longue & où Emilie Sussenthaller[14] ne voudra pas manquer comme l’une des personnes les plus indispensables étant de la Confrérie.
Thérèse prétend suffire. je ne sais encore si le dîner se fera. tout le monde est tellement en l’air depuis quelques jours que l’on a du mal à le réunir.
L’oncle Georges[15] va mieux. [mais] c’est-à-dire qu’il ne souffre plus autant mais il n’est pas question de se lever il est encore trop faible pour cela. Les Duméril ont fait visite à tante Georges[16] & lui ont trouvé bonne Mine Jules[17], par contre, n’est pas rayonnant.

Ma sœur[18] me donne de ses nouvelles ils vont bien, sa maison est à ma disposition, & elle cède son ancien salon plus la pièce à côté aux Léon, elle a dû écrire dans ce sens à sa tante Georges qui était chargé de faire la demande.
Comme Marie quitte fin de la semaine pour Albisbrunn[19], elle a donné congé à sa femme de chambre dont elle n’était plus contente.

Voici le baromètre qui monte lentement depuis deux jours, si nous n’avons pas grand soleil, il n’y a pas de pluie, aussi fait on marcher les machines à rentrer les foins, il en est grand temps. Si le soleil voulait bien franchement se montrer, rien ne serait perdu & tout est si beau à la campagne.
mais je vois qu’en ce moment il pleut ! Je n’ai rien à te dire de la fabrique qui marche régulièrement ; il est probable que plusieurs de nos Messieurs iront à l’Exposition.

Embrasse bien tante[20] & sœurette
Tout à toi ma toute chérie ton père    ChsMff


Notes

  1. Emilie Mertzdorff (« sœurette »).
  2. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  3. Léon Duméril.
  4. Frédéric Eugène Jaeglé.
  5. Georges Duméril épouse Maria Lomüller.
  6. Charles Courtin de Torsay, son épouse Clotilde Duméril.
  7. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  8. Étienne Miquey et son épouse Joséphine Fillat.
  9. Hélène Duméril.
  10. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  11. Thérèse Neeff, cuisinière chez Charles Mertzdorff.
  12. Charles Auguste Duméril et son fils Paul Duméril.
  13. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  14. Émilie Sussenthaller, bonne chez Charles Mertzdorff.
  15. Georges Heuchel.
  16. Elisabeth Schirmer, épouse de Georges Heuchel.
  17. Jules Heuchel, petit-fils de Georges.
  18. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel.
  19. Albisbrunn, station thermale près de Zurich.
  20. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 19 juin 1878. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_19_juin_1878&oldid=41166 (accédée le 19 août 2022).

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