Mercredi 17 et jeudi 18 octobre 1877

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1877-10-17 pages 1-4.jpg Fs1877-10-17 pages2-3-Charles.jpg


Jeudi. Mercredi soir[1]

Ma chère Marie

Tu voudras bien embrasser ta sœur[2] pour sa bonne lettre que je viens de lire ce matin. Nous voici tous installés dans notre harnais de travail mais non sans de bien bons souvenirs des vacances qui cependant paraissent déjà si loin qu’il faut que je me fasse grande violence pour croire qu’il n’y a que 3 semaines que nous avons quitté Cannes. Il faut que je regarde ce bon temps par le petit bout de la lunette car ce sont des mois pour l’esprit & plus encore pour le cœur.

Rassurez-vous, bon-papa & bonne-maman[3] vont tout à fait bien & ce n’est que par hasard que j’ai passé 5 jours sans les voir ; ils viennent à peu près régulièrement tous les jours passer quelques instants auprès du jeune ménage[4] & lorsque je ne me trouve pas au bureau, je ne les vois pas. Ils sont maintenant parfaitement au courant de vos faits & gestes, car ils ont eu le plaisir de lire vos 4 lettres du coup. Quel volume ! pour des grands-parents.

Lundi ils ont été au dîner des Miquey[5] auquel je n’ai pu aller voulant rester avec les vendangeurs. Comme tu le sais du reste je déteste assez les dîners pour avoir été heureux de trouver bonne excuse.

Léon, sa femme & Mme Stackler[6] ne sont rentrés que Mardi soir. Cette dernière s’occupe toujours du rangement de son nouvel appartement, en attendant elle couche dans sa chambre dans ma maison sans que je la voie souvent. Dès le matin elle s’en va, rentre pour le dîner de sa fille & retourne à sa besogne. & le soir chacun reste chez lui ; nous voisinons peu le soir & même peu dans la journée.
Marie reste d’habitude dans sa chambre à coucher & malheureusement sort très peu, même au jardin ; & cependant l’air lui ferait tant de bien & elle en aurait tant besoin. Ainsi en rentrant hier de Mulhouse elle avait fort mauvaise mine & n’était pas bien du tout. Ce n’est pas que la promenade la fatigue mais cela ne l’amuse pas & c’est une bonne raison pour ne pas le faire.

Ce n’est qu’aujourd’hui que l’on a fini de rentrer la vendange, ce n’est ni la quantité ni surtout la qualité qui a fait durer ce plaisir mais bien le beau temps, chaud & agréable, l’on n’a pas fait grand chose pour faire durer le plaisir. Quant au pressoir, c’est bien autre chose encore, la semaine n’y suffira pas & Thérèse[7] aura encore bien des dîners & soupers à préparer à ces messieurs. Que serait-ce si nous avions les élections[8] chez nous comme en France. Cependant la misère peut devenir grande en Alsace. Voici une bonne & ancienne maison qui a bien un Siècle d’existence de père & fils qui viennent de faire de mauvaises affaires, dans laquelle je puis bien perdre une 15 de milliers F. L’on craint encore pour d’autres qui vont cesser de travailler. toutes des Imprimeurs sur étoffes ; les autres industries tout naturellement suivront.
Aussi je t’assure que je ne me réjouis pas du tout pour l’hiver. Notre usine travaille.

J’étais aujourd’hui à Thann chez le Notaire & en passant j’ai vu que la foire était comme toutes les années installée sur la place. te souviens-tu lorsque nous allions visiter ces pauvres boutiques ? Ce temps est bien loin ! J’ai fait visite à Mlle Piquet qui était aveugle, s’est fait opérer l’année passée & cette année à Bâle & qui voit assez d’un œil pour pouvoir écrire, ce qui est un grand bonheur comme tu le penses bien, sa sœur qui est à Nancy est au même point & a retrouvé la vue. Un de ces jours j’aurai sa visite. Je t’assure que je me réjouis de lire ta prochaine lettre qui me parlera de cette fameuse première leçon de M. Flandrin[9], mais une fois ton examen passé je suis persuadé que tu auras du plaisir à ta leçon & pour peu que tu y prennes goût, tu verras comme les progrès sont rapides. Tout en faisant son possible pour bien faire, il ne faut pas craindre de faire du médiocre.

Les Henriet sont toujours à Wattwiller, mais ils comptent rentrer un de ces jours. Je n’ai pas encore pu me faire transporter chez Zurcher[10] de l’Ochsenfeld pour avoir des nouvelles de sa sœur[11].

Tous les Kestner se sont envolés pour les élections & serrer la main aux amis ; cependant Jeanne & Suzanne[12] sont restées seules ici chez leurs tantes[13], pendant que Sénateur & sa femme[14] sont en politique active. Aussi il paraît que pour Mlle Jeanne c’est une grande contrariété que d’avoir été forcée de rester ici, elle ne le cache pas.

Jeudi matin. Je viens d’être distrait par la visite de MHenriet[15] qui est seul à Thann avec Gabrielle[16]   pour soigner la rentée de sa vendange. sa femme[17] est resté seule à Wattwiller. Marie Zurcher [18] était enchantée d’avoir trouvé Adèle Soleil[19] à Grandville & ne sait assez se louer du bon accueil qu’on lui a fait. Elle est rentrée avec un peu meilleure mine.

Juste la place pour vous embrasser
tout à vous
ChsMff

Jeudi soir ! Ma pauvre lettre est restée oubliée dans mon bureau c’est un jour de retard ! Je n’ai rien à ajouter, si ce n’est que Mme Stackler & sa fille sont allées à Thann pour des achats. l’on me dit qu’il aura Dimanche un dîner de 16 personnes chez Léon ce qui ne m’amuse pas du tout car je ne saurai me [dispenser] d’être [acteur].
Ce sont les Bernard[20], les Miquey & je ne sais qui encore, plus nous tous ici.
Je vais au Moulin où l’on fait un travail hydraulique.


Notes

  1. Lettre datée grâce à la mention de la fin des vendanges et du premier cours annoncé de Marie Mertzdorff avec Paul Flandrin.
  2. Emilie Mertzdorff.
  3. Louis Daniel Constant Duméril et son épouse Félicité Duméril.
  4. Léon Duméril et son épouse Marie Stackler.
  5. Etienne Miquey et son épouse Joséphine Fillat.
  6. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler et mère de Marie.
  7. Thérèse Neeff, employée par Charles Mertzdorff.
  8. Elections législatives.
  9. Paul Flandrin donne des cours de dessin à Marie.
  10. Alphonse Zurcher, propriétaire de l’ancienne ferme de Charles Mertzdorff, dans l’Ochsenfeld à Cernay.
  11. Marie Henriet, épouse de Léopold Zurcher et nièce d’Alphonse Zurcher ?
  12. Jeanne et Suzanne Scheurer-Kestner.
  13. Possiblement Mathilde Kestner, veuve de Jean Baptiste Charras et Hortense Kestner épouse de Charles Floquet ?
  14. Auguste Scheurer et son épouse Céline Kestner.
  15. Louis Alexandre Henriet.
  16. Gabrielle Henriet.
  17. Célestine Billig, épouse de Louis Alexandre Henriet.
  18. Marie Henriet, épouse de Léopold Zurcher.
  19. Adèle Duméril, épouse de Félix Soleil.
  20. Probablement le pasteur Henri Frédéric Charles Bernard, son épouse Emilie Joséphine Guillemette Martin et leurs filles Elisa Louise et Marie Bernard.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 17 et jeudi 18 octobre 1877. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_17_et_jeudi_18_octobre_1877&oldid=42823 (accédée le 18 août 2022).

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