Mercredi 14 juillet 1880

De Une correspondance familiale



Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff et son époux Marcel de Fréville (Paris)


original de la lettre 1880-07-14 pages 1-4.jpg original de la lettre 1880-07-14 pages 2-3.jpg original de la lettre 1880-07-14 pages 5-6.jpg


14 juillet 80.

Mes chers Enfants ce n’est pas à Paris que je vous cherchais & puisque je sais où vous trouver je m’empresse pour ne pas [  [1]], (je lui ferais mal) je m’empresse de vous donner des nouvelles de Vieux-Thann. A commencer par le papa qui est le personnage principal.
Ce père va bien, il se fait bien un peu vieux mais enfin il se défend contre les années & pour le prouver c’est ce soir qu’il prend le 3e bain à Wattwiller. Je ne sais si cette Eau de Jouvence lui a fait quelque bien mais pour sûr jamais de mal & c’est pour cela que chaque année je continue, comme d’autres vont à la Mer.
Malheureusement pour Lehmann[2] je n’y rencontre pas grand monde, s’il n’y avait pas en ce moment un Docteur allemand ou mieux se disant suisse, mais résidant à Wurtzbourg[3] il n’y aurait que 5 à 6 personnes. Ce Docteur qui a un extérieur plus charlatan que savant attire pas mal de personnes des environs ; surtout il a captivé le clergé qui est fortement représenté en ce moment au bain. Entre autre notre vicaire[4] de Vieux-Thann s’y trouve pour un mal de gorge que le dit docteur traite depuis quelques jours seulement. Il y a déjà quelques années que le docteur est connu des curés d’ici qui sont allé le trouver à Wurtzbourg, c’est sans doute ce qui l’a attiré à Wattwiller.
Il n’y va pas de main morte car ce sont de terribles traitements qu’il fait subir. Au bain même il n’est question que de lui.
Comme tu sais je n’ai pas le temps de rechercher la société, j’arrive entre 5 à 6, mon bain & après le souper je trouve une lampe dans ma chambre que j’ai soin de garnir de livres ; à 8 h du matin j’ai tout terminé & me trouve en route pour le retour 10 à 12 voyages & ma saison est terminée. Mais je n’aurai pas pour cela terminé avec Wattwiller tu me vois bien indécis pour savoir si je vais faire vendre, ce qui est la ruine de Lehmann, mais tu me trouveras un peu perplexe jusqu’à ce qu’un parti soit pris. Je crains toujours être fait au [même] par ce Monsieur !

Le petit château que je prépare pour mon Docteur[5] à Vieux-Thann est terminé, les laveuses nettoyeuses de parquet etc. y sont en ce moment, c’est te dire que Maçons, Menuisiers & peintres en sont sortis. J’ai mis un peu d’amour-propre à l’arrangement de cette petite maison.
Je ne comprends réellement pas comment nos curés sont exigeants ; notre pauvre Maire[6] est venu me trouver, plus un sol en caisse & des dettes ; il s’agit de faire un emprunt & tout cela occasionné par le nouveau presbytère qui coûte 45 000 F.

Mes chers voisins[7] vont bien l’on se prépare à quitter Samedi prochain pourCauterets en s’arrêtant à Dijon, Nîmes Montfort c’est par petites stations que l’on arrivera. Cependant Léon ne pas mal, tu sais qu’il se frappe facilement & finalement se met Martel en tête. Marie n’a certes pas bonne mine & c’est elle qui aurait besoin de beaucoup de soins, si soins peuvent remplacer ce qui manque à la pauvre chère petite.
Hélène est trop souvent pâlotte, je ne serai pas fâché pour les parents lorsque la Nounou n’y sera plus, ce n’est pas une fille a lui abandonner un enfant comme on le fait. Naturellement la Maman n’en a pas la force de s’en occuper souvent, la grand-Maman Stackler[8] n’en vaut guère mieux ! de sorte que l’enfant est toujours toute seule au Jardin avec cette bonne qui ne vaut rien, du reste la nounou avec la cuisinière vont rentrer chez elles & ne reviendront probablement plus. Dans 15 jours à 3 semaines Mme Stackler avec l’enfant & femme de chambre s’en vont à Albisbrunn[9] où les Léon iront les rejoindre à leur retour des Pyrénées.
Léon rentre à Vieux-Thann ira de temps à autre passer son Dimanche en Suisse de sorte que je serai un peu libre de mon temps, si d’ici là rien ne vient contrecarrer mon projet d’aller à Zermatt[10]. & Villeneuve avec la petite bande bien aimée.

Pour le moment ma bonne[11] va bien elle boit force Eau de Vichy.
Si tu pouvais trouver le temps d’aller boulevard Montmartre 22 (administration de Vichy) pour me faire adresser de Vichy même 50 bouteilles, savoir comment tu peux les payer ou comment je les paierai ici. Sans cette petite difficulté j’aurais écrit directement. Je paie ici 1.20 la bouteille & pense faire des économies en recevant directement.
Tu dois avoir beaucoup à faire pour vos préparatifs de départ[12] & je choisis mal mon moment pour te charger de commissions.

L’oncle Georges[13] ne va pas mal du tout il était dimanche dernier au Casino, juge de ma surprise lorsque Lundi Léon est venu me donner cette bonne nouvelle il est vrai qu’il était rendu en rentrant. J’étais étonné car encore tous les 2 jours son docteur[14] vient le voir, etc. la tante[15] par contre a bien de la peine à aller le Dimanche à son église, mais sans ses douleurs de reins elle irait parfaitement.
A Wattwiller j’ai vu les Henriet[16] qui ne vont pas, Mme ne fait que pleurer sa fille & le Mari a triste figure.

Les GeorgesDuméril[17] sauront seulement fin du mois si la propriété qui doit être vendue publiquement pour cause de Mineurs leur sera adjugée. c’est probable & sans doute ils quitteront encore cet été. Il ne vient plus à la fabrique & je n’ai que peu d’occasion à le voir.

Les Berger[18] sont souvent en fête ayant souvent du monde ; dernièrement voulant faire une partie au Rossberg[19] ces dames ont reçu Mi-chemin une averse épouvantable. l’on est rentré mouillés jusqu’aux os. Mais fort heureusement sans préjudice pour les santés.
Il paraît que Bulffer[20] a fait merveille dans les changements qu’ils ont fait faire à leur logement.

Notre bon curé[21] m’a chargé de toutes ses amabilités pour M. & Mme de fréville[22] & en général l’on s’intéresse dans le pays beaucoup au jeune ménage, car fort souvent l’on me demande des nouvelles.

Au Moulin l’on est toujours jeune, l’on va vient sans compter les Kilomètres & bonne-Maman[23] a réellement bonne mine. quant à bon-papa[24] il est comme tu le connais sans jamais se plaindre du moindre bobo. si seulement le Moulin n’était pas si loin & surtout si isolé.
Si je ne te parle pas de la fabrique c’est qu’il n’y a pas beaucoup de bon à en dire, elle devient paresseuse & nous avons du mal à occuper tout notre monde. Pauvres actionnaires !

Mais assez bavardé mes chers que je vous embrasse de cœur, amusez-vous bien à la mer & présentez s’il vous plaît mes respectueux hommages à Mme de Fréville[25] & la famille de la Serre[26].

Tout à vous
Votre père
ChsMff

J’ai écrit à Émilie[27] à Launay. elle a plusieurs lettres de moi ces derniers Jours.


Notes

  1. Une phrase en allemand
  2. Charles Xavier Lehmann.
  3. Wurtzbourg en Bavière.
  4. Ambroise Harnist.
  5. Louis Disqué.
  6. Thiébaut Zimmermann.
  7. Léon Duméril et son épouse Marie Stackler (« les Léon »), parents d’Hélène Duméril.
  8. Marie Stéphanie Hertzog, veuve de Xavier Stackler.
  9. Albisbrunn, station thermale près de Zurich.
  10. Zermatt en Suisse, canton du Valais.
  11. Thérèse Neeff.
  12. Départ en vacances à Villers-sur-mer.
  13. Georges Heuchel.
  14. Pierre Léon Bornèque ?
  15. Elisabeth Schirmer, épouse de Georges Heuchel.
  16. Louis Alexandre Henriet et son épouse Célestine Billig. Leur fille Marie Henriet, épouse de Léopold Zurcher, est morte en janvier.
  17. Georges Duméril et son épouse Maria Lomüller.
  18. La famille de Louis Berger.
  19. Le Rossberg culmine à 1 200 m au-dessus de Thann.
  20. Dominique Joseph Bulffer.
  21. Louis Oesterlé, curé de Vieux-Thann.
  22. Marie Mertzdorff et son époux Marcel de Fréville.
  23. Félicité Duméril et son époux Louis Daniel Constant Duméril.
  24. Louis Daniel Constant Duméril.
  25. Sophie Villermé, veuve d’Ernest de Fréville.
  26. Louise de Fréville et son époux Roger Charles Maurice Barbier de la Serre.
  27. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 14 juillet 1880. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff et son époux Marcel de Fréville (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_14_juillet_1880&oldid=56567 (accédée le 7 août 2022).

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