Mercredi 11 juillet 1857

De Une correspondance familiale


Lettre de Caroline Duméril (Paris) à sa cousine Adèle Duméril (Lion-sur-Mer)


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Paris 11 Juillet 1857

Ton père[1] est si pressé aujourd'hui ma chère Adèle, qu’il lui est impossible de vous écrire et il m'a chargée de venir le remplacer en vous envoyant selon son habitude notre journal quotidien ; en tous cas, je comptais t'écrire aujourd'hui, mais ma causerie sera un peu plus longue et je n'en suis pas fâchée, je te l'assure bien. Pour parler de suite affaires, je te dirai que je n'ai pas trouvé dans le carton de gauche de ton bureau[2] le moindre cahier de composition, alors, avec mon intelligence naturelle j'ai cherché dans le tiroir du même côté et là j'ai mis la main sur le susdit cahier où je n'ai pas vu la plus légère indication pour tes dictées et qui d'ailleurs me paraît fort ancien étant daté de Décembre et de Mars : pour que je t'envoie quelque chose, ma chère enfant, il me faut de nouvelles explications que j'attends.

Nous avons reçu ce matin une triste nouvelle, c'est la mort de la petite fille de M. Alphonse Cordier, cette pauvre enfant avait eu la scarlatine, on croyait que tout était fini, Jeudi soir, M. et Mme Gillot en donnaient de bonnes nouvelles et Vendredi elle n'était plus ; c'est un bien grand malheur pour son pauvre père ; on l'enterre aujourd'hui à Montrouge et maman va aller au convoi ; elle avait 9 ans et 7 mois.

Mon oncle a été très content que ma tante[3] ait écrit au Havre[4] ; quel accident, n'est-ce pas, que celui de ce pauvre Raoul[5], nous ne savons rien de nouveau ; Georges[6] que nous avons vu Jeudi n'avait aucune nouvelle et n'avait même appris qu'indirectement ce qui s'était passé chez son oncle. Je te dirai que je fais tout mon possible pour te remplacer auprès de tes poules, je cherche à déployer le même talent que toi dans la marmelade de limaçons ou dans la pâtée au pain et jusqu'à présent, je ne les ai pas entendues se plaindre ; seulement le coq s'est posé vis-à-vis de moi en ennemi déclaré et il est bien rare que j'entre au poulailler sans qu'il cherche à me sauter à la figure. Mlle Papillon est toujours aussi dépourvue de plumes que par le passé mais ce sont les petites poulettes blanches qui font mes amours. Gabriel[7] est beaucoup plus gentil, il m'appelle la grande Adèle et consent à m'embrasser surtout si je promets de lui mettre de l'eau dans son arrosoir. Je vois avec très grand plaisir ma chère petite Adèle, d'après tout ce que vous racontez, que vous êtes posées de manière à passer les deux mois les plus agréables possibles[8] ; je suis enchantée pour toi de cette occasion qui te met en rapport avec plusieurs jeunes filles et particulièrement avec Mlle Marie Baudement dont j'ai toujours entendu faire l'éloge. Tu dois être très contente aussi de voir si souvent Mlle Lemoine[9], embrasse-la bien pour moi, je te prie et dis-lui que je compte lui écrire très prochainement. Mon oncle me charge de dire à ta mère qu'il n'ira pas chez M. Roret mais qu'après en avoir causé avec papa[10] il lui a écrit pour lui demander un projet de traité. Ton père vous fait dire aussi qu'il se dédommagera demain de la privation qu'il s'impose aujourd'hui en ne vous écrivant pas. Jeudi dernier, Eugénie[11] est venue passer quelques bonnes heures avec moi tu comprends si j'ai été contente. Adèle Aglaé[12] va être marraine de l'enfant qu'attend sa cousine Mme Duval[13], ce titre la rend très fière et très joyeuse. Tu sais que c'est demain que Georges[14] fait sa première communion ; je lui ai écrit hier à cette occasion en lui envoyant une image.

Adieu, ma chère petite Adèle, charge-toi de bien embrasser ta mère pour moi et reçois avec mes meilleurs baisers l'assurance que je t'aime beaucoup.

Tout à toi

Crol

Dis à Louise que je lui fais mes amitiés et que tout le monde va bien à Montmorency car j'ai vu ce matin M. Desnoyers qui m'a donné des nouvelles fraîches.

Alexandrine[15] qui voit que je t'écris me charge de la rappeler à ton souvenir et de te dire qu'elle s'occupe aussi des poules.

Hier, dans une revue de l'exposition[16] a paru la caricature du portrait de bon-papa[17].


Notes

  1. Auguste Duméril, oncle de Caroline.
  2. Caroline et ses parents Félicité et Louis Daniel Constant Duméril occupent l’appartement du Jardin des Plantes, en l’absence de la famille d’Auguste Duméril.
  3. Eugénie, épouse d’Auguste Duméril.
  4. Au Havre habitent les familles alliées Delaroche, Latham et Pochet.
  5. Michel Raoul (né en 1851) est le troisième enfant d’Henri Delaroche et Céline Oberkampf. Il a fait une chute de 8 mètres depuis une fenêtre et s'est seulement cassé un avant-bras.
  6. Georges Pochet est fils de Mathilde Delaroche (décédée) et Louis François Pochet.
  7. Probablement Gabriel Lucas.
  8. Adèle et sa mère Eugénie Duméril passent l’été à Lion-sur-Mer.
  9. Mlle Lemoine, institutrice.
  10. Louis Daniel Constant Duméril.
  11. Eugénie Desnoyers, amie de Caroline.
  12. Aglaé Desnoyers, sœur d’Eugénie.
  13. Bathilde Prévost, épouse d’Alphonse Duval, petite-fille de Guy Jean Baptiste Target. L’enfant attendu est la petite Hortense Duval.
  14. Georges Malard, petit-fils de Florimond Duméril l’aîné.
  15. Alexandrine, comme Louise, sont des domestiques.
  16. Salon des Beaux-Arts, qui se tient depuis le 15 juin au Palais de l’industrie, aux Champs-Élysées. Charles Cordier y expose 18 bronzes.
  17. André Marie Constant Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mercredi 11 juillet 1857. Lettre de Caroline Duméril (Paris) à sa cousine Adèle Duméril (Lion-sur-Mer) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_11_juillet_1857&oldid=41211 (accédée le 14 août 2022).

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