Lundi 9 juillet 1857

De Une correspondance familiale


Lettre de Caroline Duméril (Paris) à sa cousine Isabelle Latham (Le Havre)


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Paris 9 Juillet 1857.

Depuis longtemps déjà je voulais t'écrire ma chère Isabelle mais te sachant en Angleterre[1], je ne savais comment adresser ma lettre, maintenant que tu es de retour au Havre je me donne le plaisir de venir causer un peu avec toi. Je te dirai, d'abord, que tu es bien gentille d'avoir pensé à m'envoyer ces livres Anglais et d'y avoir joint une petite lettre qui m'a fait grand plaisir, je t'en remercie bien et j'espère que notre correspondance au lieu de diminuer ne fera que s'accroître ; quand nous sommes ensemble, nous trouvons bien toujours à causer, pourquoi ne trouverions-nous pas aussi quelque chose à nous écrire.

Quel terrible accident il est arrivé chez ton oncle Henri[2] et combien on doit remercier Dieu de ce que le malheur n'a pas été plus grand ; ce pauvre petit Raoul, il paraît qu'il a été bien sage et bien patient, il a pourtant dû souffrir beaucoup. Enfin voilà ma cousine Céline avec une quatrième fille, c'est une grande famille maintenant.

Le mariage de mon amie Cécile[3] a eu lieu il y a déjà un mois ; le grand jour, elle était charmante : jamais je n'ai vu une mariée ayant l'air plus heureux ; il faut dire qu'elle connaissait M. de Sacy, son mari, comme on connaît un frère et elle voyait s'ouvrir devant elle une vie de bonheur. Quoiqu'elle soit à la campagne, elle est déjà venue me faire deux fois visite et malgré son petit chapeau à plumes je ne puis me figurer qu'elle soit dame. Je lui avais fait, comme cadeau de noces, un escabeau[4] en tapisserie qui était fort gentil. A propos de mariage tu as sans doute appris celui de Mlle Lugol, elle épouse un médecin, M. Broca[5].

Les demoiselles Desnoyers[6] sont à la campagne depuis deux mois, en leur écrivant, je me suis chargée de ta commission pour elles. La semaine prochaine je partirai avec maman[7] pour Montmorency où nous passerons une quinzaine de jours chez Mme Desnoyers ; c'est un petit voyage dont je me réjouis bien comme tu le comprends, et le plaisir que j'attends me fait regretter beaucoup que cette année tu n'aies pas tes cousines car je comp sens à un haut degré le bonheur d'avoir près de soi des amies. Dimanche, Georges[8] est arrivé au moment où nous ne nous y attendions pas et au premier moment je ne le reconnaissais pas, mais ensuite nous l'avons bien retrouvé malgré ses favoris et les cinq ans qui se sont écoulés depuis son dernier voyage à Paris. Il dîne ici aujourd'hui. Ma tante et Adèle[9] sont à Lion-sur-mer depuis huit jours et sont très contentes de leur installation ; mon oncle ira les rejoindre le 25 et ne reviendra avec elles que le premier septembre ; depuis le départ de ma tante nous sommes venus prendre sa place chez bon-papa[10] comme les années précédentes, de sorte que la maison ne reste pas vide.

Je te dirai que chaque fois que je mets la broche que tu m'as donnée et ce que je fais très souvent puisque c'est un souvenir de toi, chacun m'en fait compliment ; comme je te le disais elle n'a qu'un défaut, c'est d'être trop jolie.

Adieu ma chère Isabelle, sois l'interprète de mes sentiments de respect et d'affection auprès de ton bon père[11], rappelle-moi au souvenir de Mlle Pilet[12], embrasse bien Lionel[13] pour moi, et reçois pour toi même, avec deux bons baisers l'assurance de ma sincère amitié

ta cousine et amie

Caroline

Maman t'envoie ses amitiés et te prie ne pas l'oublier auprès de M. Latham et de Mlle Pilet.

Embrasse bien Mathilde[14] de ma part.


Notes

  1. Charles Latham, père d’Isabelle, est né en Angleterre et entretient des relations étroites avec ses frères et sœurs.
  2. Henri Delaroche et son épouse Céline Oberkampf ont cinq enfants : Julie, Madeleine, Michel Raoul (né en 1851 et dont il est question ici), Marie et Gabrielle (qui vient de naître). Michel Raoul a fait une chute de 8 mètres depuis une fenêtre et s'est seulement cassé un avant-bras.
  3. Cécile Audouin a épousé en juin 1857 Alfred Silvestre de Sacy.
  4. Un escabeau est un petit banc où on pose les pieds.
  5. Adèle Augustine Lugol est l’aînée des deux enfants de J.G.A. Lugol (1788-1851) médecin pionnier de la thérapeutique iodée qui est resté célèbre par sa solution iodo-iodurée (le lugol). Elle épouse en 1857 Paul Broca (1824-1880).
  6. Eugénie et Aglaé Desnoyers.
  7. Félicité Duméril.
  8. Cousin d’Isabelle Latham, Georges Pochet est fils de Louis François Pochet ; il est âgé de 23 ans et habite aussi Le Havre.
  9. Eugénie Duméril, épouse d’Auguste Duméril, et sa fille Adèle.
  10. André Marie Constant Latham, veuf depuis 1852, vit chez son fils Auguste au Jardin des Plantes.
  11. Charles Latham, veuf.
  12. Gouvernante chez les Latham.
  13. Jeune frère d’Isabelle, Lionel Henry Latham est le huitième et dernier enfant de la famille Latham.
  14. Louise Mathilde Pochet, née en 1844.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 9 juillet 1857. Lettre de Caroline Duméril (Paris) à sa cousine Isabelle Latham (Le Havre) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_9_juillet_1857&oldid=41376 (accédée le 17 août 2022).

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