Mardi 9 juillet 1878

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Colmar)


original de la lettre 1878-07-09 pages 1-4.jpg original de la lettre 1878-07-09 pages 2-3.jpg


Paris 9 Juillet 78.

Mon cher Papa,

Te voilà donc à Colmar[1], siégeant tous les jours au milieu des allemands, et des criminels par une chaleur étouffante tout cela doit manquer de charme ; encore n’as-tu pas même le soir le plaisir de faire un petit tour de fabrique, ou de te reposer au milieu de tes livres et de tes journaux ! Pauvre père chéri, nous te plaignons bien je t’assure et nous voudrions que ce temps de corvée soit déjà fini. Nous te parlions dans notre dernière lettre de l’accident arrivé à bonne-maman[2] ; les nouvelles que nous t’en donnerons aujourd’hui continuent à être très bonnes son front est désenflé ; la cicatrice se forme bien seulement toute la partie meurtrie va passer par les différentes couleurs de l’arc-en-ciel ; elle est au noir en ce moment. La santé générale de bonne-maman continue à être très bonne, elle n’a pas eu de fièvre du tout et elle a même énormément de gaieté et d’entrain. Ce ne sera qu’une leçon pour l’avertir de ne plus sortir seule ; et cependant là bon-papa descendait avec elle !

Hier tandis que probablement tu te promenais en goûtant la fraîcheur dans le jardin de tante Zaepffel[3] tes filles[4] étaient à table entourées de savants étrangers et s’amusaient assez de leur conversation. J’étais à côté d’un belge fort aimable et comme le souvenir de Bruxelles était encore très chaud dans ma tête cela m’a fourni un excellent sujet de conversation. Émilie avait auprès d’elle un suisse mais le plus beau de tous c’était le portugais malheureusement il a fort peu parlé. Il y avait aussi un russe mais qui parlait mal de sorte que je n’ai pas très bien compris ce qu’il racontait cela paraissait cependant très intéressant. En fait de français il n’y avait que MM. Dumas[5], Daubrée[6], Pasteur[7] et Fournier[8] ; plusieurs hollandais, 2 suédois, un italien. Tu vois que c’était un vrai dîner international et qui était assez drôle ; le soir il est venu quelques autres personnes de sorte que le salon était assez animé.

Toute l’après-midi nous avions aidé tante[9] à arranger les corbeilles de fleurs &. Aujourd’hui nous avons pris notre 2e leçon de dessin dans la ménagerie cela nous amuse énormément quoique nous ne fassions pas encore de chef d’œuvre. Je crois que cela nous préparera bien aux vacances et puis en outre cela nous divertit fort. Marthe[10] vient avec nous.
Nous allons dans un instant partir au bain froid ; nous y avons été Dimanche, l’eau était délicieuse malgré l’orage qu’il venait de faire. Cette après-midi nous ne bougerons pas d’ailleurs c’est Mardi et la famille vient souvent ce jour-là.

Marie Flandrin continue à bien aller[11] mais ne retourne toujours pas à l’atelier[12] du reste il va finir la semaine prochaine.
Emilie t’a dit sans doute que nous étions retournées voir tante Zaepffel elle a dû partir Dimanche matin.
Adieu mon Père chéri que j’aime, juge bien et amuse-toi bien malheureusement tu n’as pas pour le palais la même passion que Chicanneau[13] te rappelles-tu notre représentation des Plaideurs à [Port[14]] ? était-ce amusant. Je t’embrasse bien bien fort cette fois pour toi tout seul puisque tu es tout seul mon pauvre père chéri !
Ta fille qui t’aime énormément.
Marie


Notes

  1. Charles Mertzdorff est membre du jury au tribunal de Colmar.
  2. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  3. Émilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel.
  4. Marie et Émilie Mertzdorff.
  5. Jean Baptiste Dumas ou son fils Ernest Charles Jean Baptiste Dumas ?
  6. Gabriel Auguste Daubrée.
  7. Louis Pasteur (1822-1895).
  8. Possiblement le médecin Alfred Fournier (1832-1914), spécialiste de la syphilis.
  9. Aglaé Desnoyers épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  10. Marthe Pavet de Courteille.
  11. Marie Flandrin a eu la scarlatine.
  12. L’atelier de Paul Flandrin.
  13. Chicanneau, personnage des Plaideurs, comédie en trois actes et en vers de Jean Racine (1668).
  14. Port-en-Bessin où la famille avait passé l’été en 1874 et en 1875 ?

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 9 juillet 1878. Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Colmar) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_9_juillet_1878&oldid=56934 (accédée le 20 août 2022).

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