Mardi 9 avril 1918

De Une correspondance familiale



Lettre d’Émilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (mobilisé)


original de la lettre 1918-04-09 pages 1-4.jpg original de la lettre 1918-04-09 pages 2-3.jpg


9 Avril 18

Mon cher petit Louis,

C’est seulement hier que j’ai reçu ta 2e lettre du 29 me donnant ton adresse, elle avait été ouverte et ce matin je reçois celle du 4. Je suis contente de savoir le capitaineVaucheret revenu au 50e, mais peut-être ne te sera-t-il pas facile de le voir souvent.

Ton papa[1] m’a écrit en route. Parti à 9h du soir il était à 13h entre le Tréport et Abbeville. Ce n’est pas un record de vitesse !

Il s’attendait à arriver par le train de Berck à Montreuil et à y coucher. Mais il aura eu en arrivant la satisfaction d’apprendre que les jeunes classes et les sursitaires évacués sont déjà revenus et rendus aux travaux agricoles. On ne dit pas si c’est vrai aussi pour les prisonniers. En fait de main d’œuvre, Paul[2] s’est trouvé aux prises avec une bande de moricauds qui viennent soi-disant travailler sur les routes, mais ne font que piller et voler. Bamières en avait eu l’étrenne. A Dommartin, ils se sont enfermés dans le grenier à l’avoine et ne prétendaient pas en déguerpir, menaçant et frappant Paul qui a fini par montrer un révolver, mais les diables se sont vite aperçus qu’il n’était pas chargé.

Tu demandes des nouvelles des de Fréville ? A Livet, tous. Jeanne[3] hésite à ramener ses enfants quoique les collèges fassent rentrer leurs élèves. Je crains, en effet, comme elle, que l’accalmie dont nous jouissons ne soit que passagère.

Les Dumas ? Poupette[4] à Livet. Marthe[5] et Cécile[6] chez elles. Georges[7] vient tous les Dimanches. Il a appris que son régiment avait cruellement souffert et en est très attristé. Je vois beaucoup Marthe, il n’y a plus qu’elle de la famille. Les CD[8] restent à Cannes jusqu’au 19.

René Vandame est arrivé ce matin et part dès demain matin pour Paramé. Sa tante Georges[9] chez qui je l’ai conduit ce matin a demandé à le garder jusqu’à son départ. Il est très maigre encore mais a bonne mine.

D’après les communiqués de ce matin, je me figure que Michel[10] va être fort occupé. Il a eu quelques jours de calme dont il a profité pour nous écrire souvent et longuement. Pierre[11] est moins prolixe. Il a mieux à faire en fait de correspondance ! J’ai appris par Cécile qu’un obus est tombé chez les Corpet et a démoli la chambre où avait couché encore la veille quelqu’un à qui Michel s’intéresse particulièrement ! Aucun accident.

M. Marchand vient de m’apporter une lettre de ton père ; lui-même a été 23h en voyage ! Ton papa a gagné Montreuil Samedi soir sur le vélo de Lucie[12] qu’il emportait pour l’usage du curé de Tortefontaine[13]. Le colonelBacon l’a conduit à Brunehautpré et reçu à dîner. Aline[14] est partie en Normandie et dans l’impossibilité d’obtenir un sauf-conduit pour revenir. Pottier a été pris de rhumatisme au moment où l’on faisait partir les sursitaires….

Les prisonniers sont restés à Dommartin et Lemaire[15] revenu.

Je t’embrasse tendrement.

Emy

Henri[16] ne peut avoir aucun changement tant que durera la bataille à l’état aigu. On reste donc à Meudon tant que les avions nous laissent tranquilles.

Excuse les fautes, je ne relis pas pour pouvoir écrire encore à Michel.


Notes

  1. Damas Froissart.
  2. Paul Froissart.
  3. Jeanne de Fréville, épouse de René du Cauzé de Nazelle, mère de Marguerite (née en 1904), Bernard (1906) et Anne Marie (1908) du Cauzé de Nazelle.
  4. Jeanne Dumas ?
  5. Marthe Pavet de Courteille, veuve de Jean Dumas.
  6. Cécile Dumas, fille de Marthe.
  7. Georges Dumas, fils de Marthe.
  8. Les Colmet Daâge.
  9. Madeleine Trois, épouse de Georges Vandame.
  10. Michel Froissart, frère de Louis.
  11. Pierre Froissart, frère de Louis (qui est supposé correspondre avec Antoinette Daum ?).
  12. Lucie Froissart, épouse d’Henri Degroote.
  13. Le successeur de Jean Marie Coppin, curé de Tortefontaine (nommé à Eps et Boyaval en 1917) est Jean Baptiste Basilien, nommé en mars 1919.
  14. Aline Besse, épouse d’Eloi Raymond Pottier, régisseur des Froissart.
  15. Possiblement Aristide Lemaire, frère de Louise Alice Lemaire (épouse de Gaston Piollé).
  16. Henri Degroote.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 9 avril 1918. Lettre d’Emilie Mertzdorff, épouse de Damas Froissart (Paris) à son fils Louis Froissart (mobilisé) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_9_avril_1918&oldid=55841 (accédée le 28 septembre 2022).

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