Mardi 4 août 1868

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son épouse Eugénie Desnoyers (Villers-sur-mer)


original de la lettre 1868-08-04 pages1-4.jpg original de la lettre 1868-08-04 pages2-3.jpg


CHARLES MERTZDORFF

AU VIEUX THANN

Haut-Rhin[1]

Mardi 4   9½ h

Je n’ai rien de bien particulier à te dire de Morschwiller Je n’y ai pas fait grand chose, ce que j’ai vu est bien bien mieux que ce qui se fait ici.

Léon[2] commence à prendre un peu meilleure mine, il va certainement mieux & hier il a été le matin à Mulhouse en voiture rentré à 2 h, il y est retourné à 4 h, puis rentré à 7 h, il est encore retourné dans la nuit 9 h à l’incendie. Pour faire tout cela il faut de la force. Bonne-Maman[3] va bien mais elle est pâle & les traits un peu tirés.

Le Père[4] semble parfaitement se porter. Tout ce monde a été enchanté de me voir & surtout de savoir des nouvelles de vous tous. Avant de partir j’avais reçu une lettre de toi, j’étais donc à même de satisfaire tous les curieux. Mais le courrier de 11 h a apporté à bonne-Maman des nouvelles plus fraîches encore. Et enfin en rentrant j’ai trouvé ta lettre dernière. <   >

Ne crois pas que j’en sois ni fier, ni présomptueux. Comme hier je n’avais pas de missive les 2 d’aujourd’hui font compensation.

J’espère que ma petite Mimi[5] continue son petit journal, qui vu la grande quantité de journées d’absence sera je pense très volumineux.

Comme Vogt avait à conduire à Thann une noce (la sœur de <l’entrepreneur> de l’étendage) j’étais à pied au chemin de fer, en route j’ai été rattrapé par Zurcher[6] qui venait régulariser la vente. A la station j’ai trouvé toute la famille Müller Koch. la Maman[7] avec sa petite-fille Fanny Mairel s’en allait au bain en Suisse. Je n’ai pas suivi ces dames qui avaient du reste leur cavalier, <j’> ai donné la préférence à un wagon veuf de voyageur. A Cernay j’ai pris Dollfus de Wattwiller qui m’a dit qu’aujourd’hui l’on a refusé du monde à l’hôtel, mais le Chalet n’est pas encore tout à fait occupé. L’on a tardé bien longtemps à arriver & l’on est aujourd’hui généralement content, le nouveau Gérant est là, ce qu’il sera & fera nul ne peut encore le dire.

Je ne renonce pas du tout à Ma saison de Wattwiller. J’aurais déjà commencé si j’étais parfaitement convaincu que je n’irais pas passer 1 à 2 jours à la mer. Aussi dès votre retour ce sera mon tour à me doucher & me préparer à renouveler si possible ma vieille peau.

Ce sera une arrière saison qui va toute pas des plus mauvaises.

Le temps ici est toujours admirable & la lune est presque aussi belle à Vieux-Thann qu’a Villers ? Mais je n’en profite guère ! Les pluies sont toujours rares. La vigne est chargée, le raisin commence déjà à devenir clair, même l’on m’assure que le 24 Juillet l’on a fait & bu du vin de l’année. Personne dit-on n’a vu la vigne aussi belle & avancée comme cette année. Depuis longtemps il y a du raisin mûr dans les Vignes. Mais comme je ne suis pas très friand de ma nature, toutes ces bonnes choses se perdent.

Cependant maintenant un peu d’Eau serait nécessaire & pour blanchir, & pour faire pousser ce qui est encore en terre. La vigne & les arbres jaunissent déjà & perdent feuilles.

Demain je laisse aller L’oncle[8] à Mulhouse qui n’en est pas fâché. tu sais qu’il a toujours aimé ces voyages & a bien des attraits de plus aujourd’hui.

Le peu de monde qui a travaillé aujourd’hui à la fabrique n’a à ce que l’on me dit rien fait, ces jours, il vaudrait bien mieux fermer tout à fait, ne serait-ce que par économie. Le curé de Thann[9] a encore été ici aujourd’hui, je n’y étais encore pas. je me vois forcé d’aller chez lui, autrement tu courrais grand risque de trouver absolution de tous tes péchés. En voyage l’on doit en faire ?? Il m’offrait, comme déjà, d’entrer dans son conseil d’orphelinat.

Ne sachant absolument rien du dehors tu vois que je suis à peu près sans nouvelles. Je vois par tes lettres que vous avez su, ce qui n’était pas difficile, suffire à vous-mêmes & n’avez pas fait de connaissances. Comment faites-vous ménage avec vos colocataires que vous devez forcément voir toujours.

Un peu fatigué je te souhaite une bien bonne nuit ; sans mauvais rêve comme moi cette nuit qui d’un bout à l’autre de la nuit ne trouvais plus les enfants volés avec Cécile[10], tu étais avec < >

Je trouve parfait que Julien retourne à la mer puisque < > revoir & qu’après il vous accompagne en Alsace.

Embrasse toujours comme tu le fais pour toi une seconde fois pour moi. Je serai bien content lorsque j’aurai de nouveau tout ce monde-là sous mon autorité despotique. tout à toi ma chérie.

Bonne-Maman doit t’écrire demain. Thérèse[11] se rappelle à ton bon souvenir & à celui de Cécile à laquelle tu diras choses affectueuses.


Notes

  1. En-tête imprimé.
  2. Léon Duméril.
  3. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  4. Louis Daniel Constant Duméril.
  5. Marie Mertzdorff.
  6. Alphonse Zurcher vient d’acheter une ferme à Charles Mertzdorff.
  7. Marie Anne Koch, épouse de Thiébaud Müller.
  8. Georges Heuchel.
  9. Jean Baptiste Grienenberger, curé de Thann.
  10. Cécile Besançon, bonne des petites Mertzdorff, avec elles à Villers.
  11. Thérèse, cuisinière chez les Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Mardi 4 août 1868. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à son épouse Eugénie Desnoyers (Villers-sur-mer) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_4_ao%C3%BBt_1868&oldid=40997 (accédée le 14 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.