Mardi 22 octobre 1816

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Tours)

lettre du 22 octobre 1816, recopiée livre 4 page 174.jpg lettre du 22 octobre 1816, recopiée livre 4 page 175.jpg lettre du 22 octobre 1816, recopiée livre 4 page 176.jpg lettre du 22 octobre 1816, recopiée livre 4 page 177.jpg


Mardi 22 Octobre 1816

Si je croyais que ce fut par ta faute mon bon ami, que je fusse si longtemps sans avoir de tes nouvelles, je t’assure que je te gronderais bien fort car ce serait indigne de m’exposer à voir s’écouler huit grands jours sans recevoir une seule ligne de ta part ; mais j’aime bien mieux croire que cela a tenu à tes changements de place et aux jours de courrier qui ne se rencontraient pas avec ton arrivée à Bourges. Si je n’ai pas de lettre de toi aujourd’hui, j’en prendrai bien du chagrin. Tu dois en avoir reçu une de moi à Bourges, tu en recevras une aujourd’hui à Tours, et je compte que celle-ci te trouvera encore dans cette dernière ville. J’adresserai à Blois la première que je t’écrirai ; je languis bien d’être au jour qui sera le dernier de ton voyage[1]. Il est triste d’être séparés pendant deux mois, mais ce qui me peine encore plus c’est de penser qu’à ton retour il faudra rentrer dans un si grand tourbillon d’occupations. Je voudrais que la tendresse de ton amie, ses caresses, et les attentions pour toi qu’elle tâchera d’avoir toujours plus, fussent un véritable dédommagement et repos à tes fatigues. Le charmant caractère de tes fils[2] est bien propice à te dédommager de toutes sortes de choses. Nous ne pouvons pas assez bénir le ciel de nous avoir donné ces deux enfants-là. Le grand goût de discourir que prend Auguste, et toutes ses grâces enfantines nous distraient un peu de ton absence, et nous donnent des jouissances de tous les instants ; on ne peut pas un enfant plus à souhaits. Lui et son frère prennent toujours plus le goût de me faire des caresses.

Je crois que j’ai oublié de te dire dans ma dernière épître, que M. Guersant allait mieux, je n’ai pas eu de ses nouvelles hier quoique M. Cloquet[3] y soit je crois allé, mais je compte y passer moi-même aujourd’hui. J’ai le projet de faire ce matin une tournée de trois ou quatre visites, je tâche de profiter un peu de ce que j’ai le cabriolet un peu plus à mes ordres que je ne l’aurai cet hiver. Je l’ai donné 2 ou 3 fois à M. Cloquet et quand M. Guersant pourra sortir je le lui enverrai.

J’ai oublié de te dire que Monsieur de Lacépède a envoyé 190 F le jour ou le lendemain de ton départ. Le même jour il vint un paiement de 100 F de la part de M. Beyker avec un billet honnête. Personne ne t’a demandé ces deux jours. Cependant ce matin, il est venu un billet de Madame Cottin de Fontaine pour te prier de t’y rendre aujourd’hui à onze heures pour une consultation avec M. Orfila[4] et M. Evrat[5]. Tu étais demandé de sa part et de celle de Madame de Breteuil. J’ai fait dire que tu étais absent pour quelques jours. Ce n’était pas pour Mme de Breteuil mais pour son enfant auquel on croit devoir changer de nourrice. Mme François et son enfant[6] continue d’aller très bien. Le petit Sarrette va bien aussi, sa mère est arrivée hier, j’enverrai aujourd’hui savoir de ses nouvelles.

Maman a eu hier une petite lettre de mon frère[7] qui écrit à la hâte et ne parle pas de ses enfants, d’où il faut conclure qu’ils sont bien. Paul ne reparaît point encore, je voudrais que son passage ici se trouvât en même temps que celui de sa sœur[8], parce que cela le mettrait à même de revoir notre jeune amie[9].

Le temps s’écoule trop vite, il faut que je termine bien vite cette lettre, cependant je veux te raconter encore que j’ai vu paraître ce matin Madame Duméril de Valognes[10] avec son fils cadet qu’elle vient mettre pour un an dans la même pension que son frère, qui est encore à Valognes, arrivera lundi. J’ai invité Mme Duméril pour samedi à dîner, elle n’a pas pu me donner de jour plus prochain. Je tâcherai d’avoir quelqu’un avec elle.

Adieu mon très cher ami, tu as les amitiés de maman et les tendresses de ta femme et de tes enfants.

A. Duméril

Il me tarde bien singulièrement d’avoir une de tes lettres. Je ne peux pas m’empêcher de prévoir le cas où tu serais mal portant, et j’ai bien besoin de quelque chose qui éloigne de moi tout à fait cette crainte.


Notes

  1. André Marie Constant Duméril voyage pour des tournées de jurys de médecine.
  2. Auguste et Louis Daniel Constant Duméril.
  3. Hippolyte Cloquet.
  4. En l’absence de l’original, derrière la graphie « Ovitay » du copiste il faudrait peut-être reconnaître Mathieu Joseph Bonaventure Orfila.
  5. Probablement le docteur en chirurgie Jean Alexis Évrat.
  6. Probablement Julie Sophie Gautier, épouse de François Marie Delessert.
  7. Marie Castanet, veuve de Daniel Delaroche et son fils Michel Delaroche.
  8. Paul Delessert et sa sœur Cécile (épouse de Michel Delaroche).
  9. Suzanne de Carondelet.
  10. Désirée Marie Louise Ango (épouse de Jean Louis François Pontas-Duméril) ; ses fils Edelestand Pontas-Duméril, né en 1801 et Alfred, né en 1799.

Notice bibliographique

D’après une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril à sa femme, p.174-177).

Pour citer cette page

« Mardi 22 octobre 1816. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Tours) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_22_octobre_1816&oldid=40861 (accédée le 17 août 2022).

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