Lundi 9 septembre 1844

De Une correspondance familiale


Lettre d’André Marie Constant Duméril (Le Havre) à sa femme Alphonsine Delaroche (Paris)


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Havre Lundi 9 7bre 1844.

Ma chère amie. j’apprends que la place du bureau que j’occupe dans ce moment est celle à laquelle Constant[1] se trouvait. je la prends parce que dans cet instant M. DelaRoche[2] est en affaire et que je ne veux pas les déranger.

Eh bien, Ma chère amie, quoique notre nièce Émilie[3] soit évidemment bien pour son état de maladie, voyant ce matin M. DelaRoche assez préoccupé de l’idée de s’éloigner de sa fille et de rester quelques jours sans en avoir des nouvelles, j’ai insisté de nouveau pour ne pas partir aujourd’hui et j’ai même décidé que je retournerai jeudi prochain, 12 de ce mois. je viens de prendre en conséquence des renseignements afin de faire le voyage agréablement, de manière cependant à pouvoir dîner ce jour-là en famille. on m’a conseillé de partir du Havre par le bateau à vapeur qui profitant de la marée partira vers 6 heures du matin pour être à Rouen vers midi et demi. Là, par le chemin de fer qui en part à 2h ½, j’arriverai dit-on à Paris vers six heures et demie[4].

Nous avons fait hier, comme je l’ai mandé à Auguste[5], un voyage en mer avec tous les garçons des familles Pochet et Latham, Henry[6] et son père. nous sommes partis pour Trouville à cinq heures et demie du matin une voiture étant venue nous chercher à la côte. arrivés à huit heures, nous nous sommes promenés sur la plage et dans la ville nous avons commandé notre déjeuner puis nous sommes allés M. DelaRoche et moi après le déjeuner chez M. De Gisors que nous avons trouvé ainsi que sa femme. après y être restés une demie heure nous sommes allé rejoindre tout notre monde sur la plage, dont j’ai visité la côte avec beaucoup d’intérêt parce qu’elle m’a fourni quelques curieuses observations. quoiqu’il n’y ait pas plus de deux lieues de Trouville à Honfleur où nous devions reprendre le bateau à six heures pour retourner dîner au Havre. Le chemin eut été trop fatiguant pour les Enfants, un autre chemin plus court qu’on peut faire à cheval est, disait-on, impraticable pour les voitures. on nous a proposé de nous conduire au nombre de huit pour Pont l’évêque où nous aurions trouvé facilement d’autres voitures pour faire les cinq lieues qui mènent à Honfleur. C’était malheureusement un dimanche toutes les voitures et les chevaux de louage étaient partis pour les environs. nous avons été forcés M. DelaRoche et moi de prendre un cabriolet et des chevaux à la poste nous nous sommes chargés d’Émile[7]. Henry, M. Pesle[8] et les autres enfants ont trouvé une charrette qui, avec un homme et un cheval, les a conduit très rapidement à Honfleur ; mais là le conducteur les avait prévenus qu’ils seraient obligés de quitter la voiture. un orage épouvantable et tel qu’il est très rare d’en voir dans le pays et dont je te donnerai les détails qui seraient trop longs à t’expliquer même verbalement, est venu fondre sur la ville de Honfleur.

Nous a tenus séparés les uns des autres et assez inquiets réciproquement. Enfin nous nous sommes trouvés sans aucun inconvénient grave réunis auprès d’un grand feu à l’Auberge à laquelle nous nous étions donné rendez-vous. nos jeunes gens étaient à se sécher auprès d’un grand feu. quant à M. DelaRoche, Émile et moi nous avons à peine été mouillés. à sept heures et demie nous étions réunis à dîner à la côte, où l’on avait eu un peu d’inquiétude l’orage y ayant été aussi très considérable.

j’ai quelqu’envie d’aller un moment à Sainte Adresse ce soir ou demain pour me charger des commissions des Dames Geoffroy[9], quoique je pense que madame leur mère, ainsi que M. Isidore, soient venus les rejoindre samedi comme c’était leur projet.

je prie Auguste de s’arranger avec Bibron pour faire annoncer l’ouverture de mon cours[10] pour le mercredi 18 7bre. je préfère le retarder de quelques jours pour être plus libre ; car si je l’annonçais pour le 16, l’annonce serait trop tardive.

j’ai reçu ta lettre datée d’hier Dimanche je suppose que tu ne m’écriras pas aujourd’hui Lundi pensant que je dois partir ce soir pour Southampton comme je l’avais annoncé. je t’écrirai probablement demain ou après. cela dépendra de ce que j’aurai à t’apprendre. adieu, ma chère amie je t’embrasse tendrement

C.D.


Notes

  1. Louis Daniel Constant Duméril, leur fils.
  2. Michel Delaroche, frère d’Alphonsine.
  3. Emilie Delaroche, fille de Michel, épouse d’Adrien Joseph Gastambide.
  4. La ligne de chemin de fer Paris-Rouen a été inaugurée le 9 mai 1843 ; le chemin de fer arrive au Havre le 22 mars 1847.
  5. Auguste Duméril, leur fils.
  6. Henri Delaroche, fils de Michel.
  7. Emile Pochet.
  8. Le précepteur.
  9. Les deux filles jumelles d’Etienne Geoffroy Saint-Hilaire et de Pauline Brière de Mondétour ; leur frère Isidore.
  10. Cours qu’André Marie Constant Duméril donne au Muséum.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril à sa femme, p. 50-53)

Annexe

Madame Duméril

Au jardin du Roi

7 rue Cuvier

Paris

Pour citer cette page

« Lundi 9 septembre 1844. Lettre d’André Marie Constant Duméril (Le Havre) à sa femme Alphonsine Delaroche (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_9_septembre_1844&oldid=41401 (accédée le 22 mai 2022).

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