Mardi 10 septembre 1844

De Une correspondance familiale

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Le Havre)

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Mardi 10 Septembre 1844

Je suis bien triste pour toi mon cher ami, de ce voyage manqué. C’est vraiment bien dommage que ce projet ne puisse s’exécuter quand tout était si bien combiné pour qu’il eût lieu, mais je vois que tu y mets beaucoup de philosophie, et je conçois comment il en coûtait beaucoup à mon frère[1] de s’absenter dans ce moment et comment toi, tu as décidé tout à fait que le voyage ne se ferait pas ; je ne doute pas que mon bon frère ne soit bien peiné en lui-même de tout cela. Nous, nous allons y gagner de te revoir plus tôt, mais je suis assez vexée de penser que tu vas retrouver ta chambre tout à fait sans rideaux, ton départ s’étant trouvé un mardi ils n’ont pu être donnés à la blanchisseuse qu’hier et ils ne seront rendus que dans plusieurs jours ; heureusement que dans cette saison il y moins d’ennui à avoir sa chambre ainsi dégarnie. J’ai fait inviter nos parents de la rue St Victor[2] à dîner pour jeudi afin qu’à ton arrivée tu aies ce plaisir de te trouver entouré de toute ta famille. Je devais faire aujourd’hui beaucoup de courses dans l’autre quartier, ce qui m’aurait fort débarrassé l’esprit et voilà que Philippe[3] a été pris ce matin de vomissements de bile et qu’il est trop mal à son aise pour me conduire, il va donc se reposer aujourd’hui et j’espère que demain je pourrai faire ce qu’il faut laisser de côté ce jour-ci.

Tu me donnes bien peu de détails dans la lettre reçue ce matin, sur la chère malade[4] ; je vois qu’une fièvre scarlatine est une maladie grave, ce qui peut faire craindre que la convalescence soit longue ; cette pauvre Emilie a terriblement souffert du mal à la gorge les premiers jours, j’espère que maintenant c’est un mal bien moins pénible s’il n’est pas fini. Les sœurs n’auront-elles pas craint la contagion ; cette pauvre Emilie aura été bien privée si elle ne les a pas eues auprès d’elle. Dis je te prie de ma part à mon frère, à ma sœur et à M. Gastambide les choses les mieux senties de ma part sur la maladie d’Emilie ; distribue aussi mes amitiés chez Mathilde et chez Elise sans oublier Henri[5].

Quel bonheur que dimanche aucun de vous n’ait eu d’accident pendant ce terrible orage et je comprends bien comment parmi les promeneurs et dans la famille au Havre il y a eu de l’inquiétude et quand vous, promeneurs, vous vous êtes retrouvés tous réunis autour de ce feu d’auberge sans aucun accident vous devez avoir eu pourtant mon frère et toi un moment de bien vive satisfaction.

Je vais en te quittant recevoir Olympe et sa fille[6] qui sont montées d’abord avec Eugénie, laquelle Eugénie et sa fille[7] se portent à merveille. Auguste est rentré dans ses occupations de laboratoire ; il a dû parler ce matin à Bibron comme tu le lui demandais.

Adieu mon cher et bon ami. Je t’embrasse de tout cœur tes enfants t’envoient les choses les plus tendres.

A.D


Notes

  1. Michel Delaroche.
  2. Leur fils Louis Daniel Constant Duméril, sa femme Félicité et leurs enfants Caroline et Léon habitent rue Saint Victor.
  3. Philippe, cocher chez les Duméril.
  4. Emilie Delaroche, épouse d’Adrien Joseph Gastambide.
  5. Les enfants de Michel Delaroche et Cécile Delessert : Mathilde (épouse de Louis François Pochet), Pauline Elise (épouse de Charles Latham) et Henri.
  6. Olympe Duméril (épouse de Jacques Christophe Ditandy), nièce d’André Marie Constant Duméril, et l’une de ses filles.
  7. Eugénie Duméril (épouse d’Auguste) et son bébé Adèle.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Madame Duméril Delaroche à son mari, p. 42-45)

Pour citer cette page

« Mardi 10 septembre 1844. Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à son mari André Marie Constant Duméril (Le Havre) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mardi_10_septembre_1844&oldid=40656 (accédée le 28 juin 2022).

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