Lundi 7 juillet 1856

De Une correspondance familiale

Lettre de Caroline Duméril (Paris) à sa cousine Adèle Duméril (Trouville)

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Lundi 7 Juillet 1856

Je ne sais si tu es de mon avis, ma chère Adèle, mais il me semble que c’est bien aujourd’hui que je mets le droit d’aînesse à côté puisque je viens d’écrire pour la seconde fois sans avoir reçu de toi le plus petit mot, mais sois tranquille, je ne t’en veux pas le moins du monde car je sais comme ton temps est pris et combien il est difficile à Trouville[1] de prendre sa plume. Aussi c’est tout simplement une petite causerie que je viens me donner le plaisir de faire avec toi et ce n’est nullement un reproche que je compte t’adresser. Je n’ai pourtant rien de bien particulier à te dire car ma vie s’est passée avec un grand calme tous ces jours-ci. Hier, je suis allée à la messe de huit heures avec maman[2], c’est M. Renard qui l’a dite et qui par conséquent a prêché.

L’après-midi, je suis allée aux vêpres avec Alexandrine[3] et en sortant, je me suis trouvée mêlée à la pension Joret ; toutes ces demoiselles m’ont salué de l’air le plus charmant, maîtresse, sous-maîtresse et élèves avaient toutes des figures on ne peut plus aimables. J’ai vu aussi Emilie Sergent, je lui ai fait le plus gracieux sourire que j’ai pu et elle me l’a rendu bien gentiment. J’étais assez intimidée de me trouver ainsi au milieu de toutes ces demoiselles, quoiqu’elles eussent l’air de me connaître parfaitement, et je regrettais que tu ne fusses pas accrochée à mon bras ce qui ne laisse pas que de me donner un certain aplomb.

Hier j’ai vu Mme Lucas qui m’a chargée pour toi et ta mère[4] de ses souvenirs les plus affectueux ; figure-toi que voilà deux jours que Gabriel consent à m’embrasser.

Je ne sais si ton père[5] vous aura raconté que maman et moi nous partons décidément jeudi prochain pour Montmorency[6], je viens d’écrire au cottage pour l’annoncer. Ce matin j’ai reçu une lettre d’Eugénie[7] où elle me charge de t’embrasser et de te remercier pour le petit bouquet ; elle ajoute : Quand vous écrirez à Mme Auguste[8] ne nous oubliez pas auprès d’elle. Nous sommes bien contents de la savoir installée, nous craignions d’avoir encore été pour elle une cause de fatigue.

Tout à l’heure M. Sautter est venu et n’ayant trouvé personne, il a laissé sa carte sur laquelle il a écrit : Lucy[9] a passé une bonne nuit, elle paraît décidément mieux.

Quand tu m’écriras, n’oublie pas de me donner quelques détails sur ma rivale ; il paraît que la sympathie semble renaître et que vous allez reguillonner[10]. Comment se fait-il que ces dames se décident à aller au Havre, je les croyais prises d’une horreur profonde pour les traversées ; c’est le cas de dire que tout change en ce monde.

Ton jardin potager[11] est en fort bon état, je l’ai encore arrosé ce matin ; le rosier de Julien[12] recommence à fleurir. Tous les soirs nous nous promenons dans la ménagerie, hier nous avons rencontré une masse de sociétés et nos efforts pour les fuir nous ont fait faire une promenade en zigzag qui t’aurait bien sûr amusée.

Bonne-maman[13] et maman, sachant que je t’écris, me chargent de mille amitiés pour toi et ta mère, je fais leur commission avec grand plaisir et je termine ce griffonnage en chargeant à mon tour ce papier de te porter avec maint baisers et caresses l’assurance de la vraie affection de ton amie.

Crol

Quoique je ne dise rien de particulier pour ta mère, il va sans dire que je l’embrasse de tout cœur.

Dis à Louise qu’en écrivant à Montmorency je viens d’envoyer de ses nouvelles à Marie[14]. Je ne sais rien du père Renard.


Notes

  1. Adèle Duméril et sa famille passent une partie de l’été à Trouville.
  2. Félicité Duméril.
  3. Domestique.
  4. Eugénie Duméril.
  5. Auguste Duméril.
  6. La famille Desnoyers passe l’été à Montmorency.
  7. Eugénie Desnoyers, amie de Caroline Duméril.
  8. Eugénie Duméril, épouse d’Auguste Duméril et mère d’Adèle.
  9. Lucy Raoul-Duval, épouse de Louis Sautter, accouche d’un fils en août 1856.
  10. Verbe forgé à partir du nom des Guillon.
  11. Au Jardin des Plantes (Paris) où habite Adèle.
  12. Julien Desnoyers, frère d’Eugénie.
  13. Alexandrine Cumont, veuve d’Auguste Duméril l’aîné.
  14. Domestique chez les Desnoyers.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 7 juillet 1856. Lettre de Caroline Duméril (Paris) à sa cousine Adèle Duméril (Trouville) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_7_juillet_1856&oldid=48208 (accédée le 14 août 2022).

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