Lundi 25 juin 1877

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1877-06-25 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-06-25 pages 2-3.jpg


Vieux-Thann le 25 Juin 77.

Je viens de lire ta bonne lettre & je ne m’attendais pas à apprendre que votre Oncle[1] continue à tousser, croyant au contraire d’après vos avis qu’il allait bien mieux. Que cela le contrarie cela se comprend si bien, arrêté dans ses travaux & ses occupations chéries n’est certainement pas agréable surtout si c’est pour un tel motif.
Mais je suis de l’avis de tout le monde & fais chorus avec tous ceux qui l’aiment. Il faut qu’il se soumette aux ordres des docteurs absolument comme le plus simple des mortels. Il a devant lui une grosse fille[2] qui s’est si bien trouvée de Cauterets que cela doit encourager son entourage à le voir suivre ce bel exemple & comme nous allons tous le suivre dans l’exil il n’[ ]. C’est pour le coup que l’on ferait des expéditions dans les montagnes ? Si l’une de vous[3] toussait depuis le temps, il y a longtemps que l’on aurait consulté le docteurMandl[4] & l’on aurait parfaitement fait. C’est dire qu’oncle a eu bien tort de ne pas l’avoir fait pour lui depuis longtemps.
Tu vois que j’ai parfaitement compris ta lettre qui dit très bien ce qu’elle veut faire comprendre.
Attendons donc le jugement dernier du grand Gorgéologue & emboîtons le pas à la suite du supplicié, qui franchement aurait tort de se plaindre d’un tel traitement avec tant de gardes-malades.

Hier dimanche pluie d’orage toute la journée, quelle belle aubaine pour un ours qui n’aime pas quitter sa tanière. Aussi suppression du voyage à Wattwiller.
Le moins gai de la journée a été multitude de visite & le matin entre autre M. le Maire[5] qui est venu me causer longuement de son presbytère, sujet grave qui ne reçoit depuis 2 ans pas de solution. Je lui ai proposé une combinaison & si elle réussit le presbytère viendrait à la place de mon jardin dans la petite ruelle (Kirchgasse) qui va à l’église, maison Guth que j’avais achetée dans le temps pour en faire un petit hospice[6] & je [re]prendrais le presbytère actuel avec son jardin. donnant encore force argent etc etc..... En même temps je demande la suppression du chemin qui coupe ma fabrique entre Jardin & chantier & donnerai un autre chemin en place.
Tu vois grandes combinaisons stratégiques pour arriver à la suppression de ce chemin qui me gêne énormément tout en ne servant à personne.

Je viens de recevoir une lettre de l’ami Henriet[7] dans laquelle je crois comprendre que le mariage[8] est fixé au 3 Juillet, donc de demain en 8. à Thann où l’on doit se transporter sous peu.

Hier après-midi, visite de sœur Bonaventure qui a beaucoup bavardé. elle quitte demain pour aller au bain de Baden en Suisse, elle était encore très souffrante il y a 3 mois & a bien besoin de soins. Aussi mon pauvre dimanche a-t il été mangé, sans que j’ai fait la 1/10 partie de ce que je voulais.

Bonne-Maman[9] qui a eu la bonté d’entrer un moment en sortant de la messe m’avait invité à dîner, que je n’ai pas accepté voulant utiliser le charme de ma solitude. L’on va bien au Moulin[10].
Tante Marie[11] est à Mulhouse depuis samedi & y reste jusqu’à Mercredi, Mardi l’on veut commencer les visites. Je pense que demain les parquets seront posés. Ne restera que les papiers & une dernière couche de peinture ; dans une 15ne cela peut être habitable. & habité en Août, ce ne sera pas trop tôt. Mme Berger[12] était à Epinal, elle est revenue & il y a 2 jours elle y est retourné pour la naissance du petit Deguerre[13]. La fille aînée de Mme Sifferlen[14] de Russie a aussi un fils[15]. Dommage que le temps ne me permette pas de continuer mon griffonnage

Dis bien à Oncle qu’il doit se soumettre sans trop de réticence. La santé est un devoir. Embrasse-le ainsi que tante[16] Emilie[17] & garde pour toi multitude de baisers, de ton père qui tu le sais bien t’aime de tout cœur
ChsMff

Il fait beau mais sans grande chaleur.


Notes

  1. Alphonse Milne-Edwards.
  2. Marie Mertzdorff.
  3. Marie ou sa sœur Emilie Mertzdorff.
  4. Le docteur Louis Mandl, spécialiste des pathologies des voies respiratoires.
  5. Thiébaut Zimmermann, maire de Vieux-Thann de 1872 à1883.
  6. Voir la lettre du 5 août 1870.
  7. Louis Alexandre Henriet.
  8. Jeanne Henrietva épouser Paul Baudry.
  9. Félicité Duméril épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  10. Moulin où vivent les Duméril.
  11. Marie Stackler, épouse de Léon Duméril.
  12. Joséphine André, épouse de Louis Berger.
  13. André Deguerre, fils de Marie André et d’Antoine Albert Deguerre.
  14. Emma Sifferlen, épouse de Louis Attuyt et fille d’Élisabeth Christine Reisser, veuve de Léonard Sifferlen.
  15. Léon Attuyt.
  16. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  17. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 25 juin 1877. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_25_juin_1877&oldid=40435 (accédée le 14 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.