Lundi 16 octobre 1876

De Une correspondance familiale

Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)

original de la lettre 1876-10-16 pages 1-4.jpg original de la lettre 1876-10-16 pages 2-3.jpg


Lundi 16 8bre 76.[1]

Ma chère Marie

Dans mes projets d’hier, il y avait une lettre pour toi te remerciant de ta bonne missive. Mais, mais ; ......tu sais cela... & me voici tout attrapé d’être à Lundi matin & de ne pas avoir une longue lettre à mettre à la poste. Je serai forcément très court, mais il faut que tu saches dès demain matin que ton père va bien, qu’on lui fait, comme à toi, compliment sur son air de jeunesse etc…. etc…
Ce compliment m’a été fait pas plus tard qu’hier par M. & Mme Meunier[2] qui sont venus me faire visite ; tu sais que M. Meunier est entré comme administrateur à la place de M. Chauffour[3] dans l’affaire Kestner.
Si l’on m’a trouvé une mine si rayonnante, c’est un peu la faute ou mieux le mérite de bonne-maman[4] chez laquelle je venais de faire un excellent dîner. Mais je commence par où je devais finir.

Revenons à Vendredi où j’ai fait une grosse maladresse que je vais réparer dès ce soir ; j’ai fait visite à Madame Berger[5] & je devais avant me souvenir qu’elle est à Mulhouse avec ses filles[6]. J’ai bien vu M. B. avec lequel j’ai longtemps causé, mais [  ] je ne suis qu’à ½ satisfait je tiens à voir ces dames.

Samedi soir sont arrivés au Moulin MessieursDuméril ingénieur père & fils[7]. j’y ai soupé & ne suis rentré que fort tard pour moi.  9 h & ½.
Hier j’y ai dîné avec ces Messieurs qui tous deux vont fort bien.
M. Paul surtout a une mine de prospérité que je ne lui connaissais pas, c’est un magistrat vrai.
Ces Messieurs ont l’intention de rester ici jusqu’à la fin du mois & rentrer ensemble à Moulins dans leur charmante habitation. Père & fils très heureux d’être ainsi réunis.
Ils ne peuvent assez se féliciter du choix qu’ils ont fait de la maison qui est entre 2 jardins, un peu isolée il est vrai, mais tout à fait petit castel.
L’on se prépare à faire quelques parties dans les environs & comme Paul aime aussi à Courir les Montagnes si nous conservons le temps que nous avons depuis quelq je suis de retour ici les deux frères[8] s’en donneront.

Hier Léon[9] a passé son Dimanche à Mulhouse c’est régulier, partie de cheval etc.
Par contre mon Oncle Georges[10] était souffrant toute la journée, cependant ce matin il est à son poste au bureau mais l’on voit qu’il ne va pas tout à fait bien.

Décidément Nanette[11] compte me quitter ce mois, l’on fait en ce moment pour elle deux grandes caisses pour son voyage en Algérie. Son fils ne savait pas trop pour quelle époque M. d’Haussonville[12] l’appellerait à Paris, il espérait être pour le 20 en Alsace & y rester une 15aine.
Thérèse[13] seule ne peut suffire, je me demande si je ne ferais pas bien de prendre à côté d’elle sa sœur[14] qui est mariée & séparée de son Mari. elle est travailleuse comme Thérèse, mais ne sait absolument rien d’un ménage elle a 2 ans de moins que Thérèse.
Cependant généralement l’on évite de prendre 2 sœurs dans la même maison. Je ne sais trop ce que je ferai ; les deux sont terriblement rustiques.
J’en ai parlé à bonne-maman dont Thérèse possède les bonnes grâces & elle applaudit ce projet, ne connaissant nullement cette sœur.
Je suis encore hésitant & viens vous demander à m’aider à résoudre ce difficile problème. ??

Nanette est souffrante depuis quelques jours, mais elle va toujours, & elle a ses bonnes qualités, mais elle est d’une humeur terrible depuis qu’il est décidé qu’elle s’en ira. Me voici au bout de mon papier, il me reste une bien petite place pour vous embrasser tous, mais de tout cœur
ton père  Chs Mff

Je reçois à l’instant ta lettre. Tu as une bonne idée de donner M. Guizot à Mlle Bosvy[15] je l’approuve. un autre jour plus long. Aujourd’hui je n’en ai plus le temps, les sœurs de l’Ecole m’ont pris une partie de ce que je te destinais.


Notes

  1. Lettre commencée au verso d’un papier à en-tête.
  2. Charles Joseph Meunier et son épouse Ida Dollfus.
  3. Victor Chauffour.
  4. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  5. Joséphine André, épouse de Louis Berger.
  6. Marie, Hélène et Julie Berger.
  7. Charles Auguste Duméril (ingénieur) et son fils Paul Duméril (juge), reçus chez Louis Daniel Constant et Félicité Duméril.
  8. Paul et Georges Duméril.
  9. Léon Duméril.
  10. Georges Heuchel.
  11. Annette, cuisinière chez Charles Mertzdorff.
  12. Joseph d'Haussonville.
  13. Thérèse Neeff, au service de Charles Mertzdorff.
  14. Anne Neeff, épouse de Nicolas Auguste Abel.
  15. Marguerite Geneviève Bosvy, professeur de Marie Mertzdorff, à qui celle-ci veut offrir un livre.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Lundi 16 octobre 1876. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Lundi_16_octobre_1876&oldid=40290 (accédée le 19 août 2022).

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