Jeudi 7 et dimanche 10 juillet 1864

De Une correspondance familiale

Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa sœur Aglaé, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris)


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7 Juillet 64

Jeudi soir 6 h

Ma bonne petite Gla,

J’ai laissé Emilie (ma belle-sœur)[1] chez la tante Heuchel[2], pour venir causer un moment avec toi, car le croirais-tu le temps me manque pour faire tout ce que je voudrais ! La semaine a été un peu agitée ou plutôt occupée.

<lundi> M. Auguste et Adèle[3] sont venus nous surprendre au moment où je donnais les leçons et devoirs < > car la fin de la journée a été employée en promenade en voiture. Nous sommes allés à la ferme[4], avons reconduit Adèle jusqu’à Cernay <j’ai> eu vraiment plaisir à entendre <parler> de vous par quelqu’un qui avait vu < > maman[5] < > avant < > nous avions un M. de Mulhouse, < > et à 5 h j’ai été voir la tante[6] il y <a> plus de 18 jours que je n’y étais allée, elle est toujours si aimable <pour moi>

[7]> matin

Je ne sais plus quoi ou qui m’a <obligée à> te quitter brusquement l’autre jour et malgré mon désir de causer avec toi je n’ai pas pu reprendre la plume. Ce n’est pas faute de penser à toi, de parler de vous tous ; tu sais cela du reste.

Revenons à mon journal. Mercredi à Mulhouse, départ dès l’aurore, course dans la ville, dîner chez M. et Mme Paul très braves gens amis de Charles[8] qui par conséquent ont été charmants pour ta sœur ; j’ai acheté du fil DMC et aiguilles (aussi cher qu’à Paris), des assiettes, des verres <&&> et nous rentrions à 7 h. Mme Duméril[9] était arrivée, elle venait pour l’anniversaire[10] : elle a été comme toujours bonne affectueuse < > Je ne saurais assez vous dire combien ils sont tous parfaits avec moi, me regardant comme leur fille et me témoignant tant de joie de me voir ici. Jeudi à 7 h 1/2 nous allions tous à la messe (basse sans personne) que de souvenirs tristes et doux… ! Tu comprends que le soir j’étais un peu fatiguée, le moral seul en était cause, car le physique est en très bon état, sans doute < > que Victorine[11] trouverait que je me porte trop bien comme elle l’a dit.

M. et Mme Zaepffel[12] sont arrivés avant-hier, la fin de ma journée a été passée avec elle, je crois qu’ils <iront> bien avec moi ; et comme « je viens de lui laisser les enfants » ! je griffonne vite pour aller les rechercher, pour égrainer les groseilles pour les confitures.

Hier encore, réveillés à 6 h pour aller à Morschwiller ; on nous attendait. La journée s’est très bien passée, nous avons fait une grande promenade et mes petits chéris[13] ne se sont pas trouvés fatigués, ils ont dormi dans la voiture sur mes genoux. Ces chères petites sont si bien portantes qu’il n’y a que < > elles sont roses et <fraîches> toujours en mouvement, gaies, rieuses et si câlines, aussi tante Aglaé vous direz que je gâte < > je mets toujours <des> 5 < > en conduite. Venez voir par vous-mêmes si je suis trop < > ? que ce serait gentil de vous avoir tous en < >

Merci à Maman pour sa chère, bonne lettre, embrasse-la pour moi comme je voudrais le faire. Tu me demandes mes commissions. Sois tranquille, j’abuserai de toi.

1er Une paire de brodequins gris talon à élastique ne me gênant pas, cousus tout fait ou fait exprès < > j’en suis un peu pressée car ici les chaussures se perdent d’une manière désolante sur le gravier. Et les robes de toujours avec les mioches <s’en> vont vite. Ma robe de soie havane[14] comme la tienne est en loque je ne sais comment la raccommoder. Ici je suis toujours tenue mais jamais en grande toilette, je ne mets que des chapeaux ronds, même pour l’Eglise et Mulhouse, c’est bien commode.

2e- papa[15] serait bien aimable de nous continuer l’abonnement à la revue britannique pour la fin de l’année. Adresse : M. Charles Mertzdorff, Vieux-Thann.

3e- Un tablier alpaga[16] noir, avec les enfants c’est indispensable. Je remercie beaucoup maman pour le tablier de soie et les rubans, c’est parfait comme tout ce que vous m’avez choisi.

4e- Un tablier pour Mme Mertzdorff mère[17] en moire antique[18] noire, belle qualité, mais pas raide, il en faudrait 85 cm on me recommande bien que ça de grossisse pas trop.

5e- Un peigne à chignon ordinaire, les dents du mien sont en forme de serpent ce qui n’est pas commode du tout, tu sais je les aime petits.

6e- Eau de vie de lavande ambrée de Piver pour 3 F en 2 ou 3 bouteilles comme tu voudras.

7e- du galon noir pour border mon zouave[19] noir.

8e- <8> d’acier un peu fort pour ma vieille cage qui me rentre dans les jambes.

9e-Une petite histoire sainte pour les très jeunes enfants[20] seulement si tu trouves quelque chose te plaisant tout à fait.

10e- Acheter les cahiers allemands dont <Mme Irma[21]> s’est servie pour Julien[22]. Hélas ! tout le monde parle allemand ici et Charles[23] ne m’engage pas du tout à apprendre, enfin à cause des enfants j’aimerais cependant à essayer.

11e- La seule chose pressée de la laine fine pour les crochets, à mettre sur la tête je n’en ai pas trouvée de telle à Mulhouse. Un écheveau de blanche, un de violet joli c’est pour en faire un à ma belle-sœur et ce que tu voudras pour ma belle-mère gris et violet par exemple, tu pourrais m’envoyer cela par la poste.

12e- la musique, tu sais ce que j’aime, j’aime ce qui n’est pas trop difficile car je n’ai guère le temps d’<>.

Adieu, Ma Chérie, je t’embrasse bien fort, j’envoie mes amitiés à Alphonse[24] et Charles en fait autant.

Pardon pour ce griffonnage qui me paraît tant soit peu égoïste mais l’heure marche et je ne puis plus continuer. Ecris-moi, parle-moi de toi, de ton mari, de tout ce que vous faites et qui m’intéresse tant.

Embrasse pour moi, maman, Julien sans oublier notre bon père.

Ta sœur et meilleure amie

Eug.

Dis mille choses à <Cécile[25]> <   >

Tout le monde me charge de compliments pour toi, on voudrait bien refaire connaissance


Notes

  1. Emilie Mertzdorff, épouse d’Edgar Zaepffel.
  2. Elisabeth Schirmer, épouse de Georges Heuchel.
  3. Eugénie Duméril, épouse d’Auguste Duméril, et sa fille Adèle, venues de Paris chez les Duméril à Morschwiller.
  4. Propriété de Charles Mertzdorff à Cernay.
  5. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
  6. La tante Heuchel.
  7. Probablement « dimanche » (10 juillet).
  8. Charles Mertzdorff, époux d’Eugénie.
  9. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  10. Anniversaire du décès de sa fille Caroline, première épouse de Charles Mertzdorff, le 7 juillet 1862.
  11. Possiblement Victorine Duvergier de Hauranne, épouse de Paul Louis Target, cousine des épistolières.
  12. Edgar Zaepffel et son épouse Emilie Mertzdorff.
  13. Marie et Emilie Mertzdorff, filles de Charles.
  14. « Havane » est une couleur à la mode.
  15. Jules Desnoyers.
  16. L’alpaga est une étoffe composée pour partie de poils d’alpaga, animal d’Amérique du Sud ; Eugénie écrit « alpaca », nom espagnol de l’alpaga.
  17. Marie Anne Heuchel, veuve de Pierre Mertzdorff, belle-mère d’Eugénie.
  18. La moire est une étoffe à l’apparence ondée et chatoyante ; la moire antique, une moire à dessins ; la mode est alors aux lignes et fleurettes satinées, le tout de même nuance, souvent noire.
  19. Blanche de Sérigny, dans son article « Modes » du Conseiller des Dames et des Demoiselles (novembre 1862) décrit ainsi la veste zouave, vêtement d'intérieur : veste « fort courte, c'est-à-dire à peine plus longue que la taille », « en drap ou en velours, posée simplement sur le corsage de robe, ou sur un gilet, ou mieux encore sur une chemisette plissée, ce qui donne beaucoup d'élégance à la toilette ». Ces jaquettes, comme les boléros, sont mis à la mode par l’impératrice.
  20. Ce pourrait être par exemple la Petite Histoire sainte pour le premier âge, de Guillaume Louis Gustave Belèze, Paris, 1848.
  21. Mme Irma, personne non identifiée.
  22. Julien Desnoyers, jeune frère d’Eugénie et Aglaé.
  23. Charles Mertzdorff, époux d’Eugénie Desnoyers.
  24. Alphonse Milne-Edwards, époux d’Aglaé.
  25. Probablement Cécile Milne-Edwards, épouse d’Ernest Charles Jean Baptiste Dumas et belle-sœur d’Aglaé.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 7 et dimanche 10 juillet 1864. Lettre d’Eugénie Desnoyers, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa sœur Aglaé, épouse d’Alphonse Milne-Edwards (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_7_et_dimanche_10_juillet_1864&oldid=51815 (accédée le 8 août 2022).

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