Jeudi 22 et vendredi 23 juillet 1875

De Une correspondance familiale


Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris)


original de la lettre 1875-07-22 pages 1-4.jpg original de la lettre 1875-07-22 pages 2-3.jpg


Jeudi Soir 22 juillet 75

Ma chère Marie tu as bien raison de trouver que de ne pas voir son père pendant 3 mois, est un peu long & je t’assure que ce temps me paraît aussi bien bien long.

Je t’écris ce soir ne sachant pas si demain j’en aurai le pouvoir, je compte prendre quelques heures pour aller voir Georges & sa femme[1] à Wattwiller. Ils n’écrivent ni aux Stoecklin ni à nous & je voudrais savoir s’il se trouve bien car il était réellement souffrant & ce n’est pas, à mon avis, Wattwiller qu’il aurait dû choisir, mais aller à Vichy, mais je comprends que l’on [se fait] un monde lorsque l’on arrive à certain un âge avec quelques infirmités.

Je ne compte pas du tout attendre la fin de saison de Georges pour aller vous retrouver & moi aussi j’aimerais arriver à temps à Paris pour vous accompagner à la mer surtout que le grand chef[2] est encore retenu à Paris.

D’après mes prévisions je pense partir d’ici d’aujourd’hui en huit, le 29 & pour cela je vais me dépêcher car outre Wattwiller Morschwiller je désire faire visite à Colmar[3]. Et le plus ennuyeux c’est que je dois passer par Senones vérifier les comptes, donner des signatures, mon collègue de vérification étant absent.

Comme je crois te l’avoir dit j’ai eu la visite de Messieurs Vincent père & fils. Le père est malade depuis le terrible accident qu’ils ont eu à la blanchisserie, je l’ai trouvé bien changé

le fils me doit revenir demain pour passer 2 jours à la fabrique. Ce sera Georges Duméril qui sera chargé de lui tenir compagnie, je pense moi aller Samedi à Morschwiller.

& si possible Dimanche à Colmar. Je serais ainsi libre pour préparer mon absence ici, pour la fabrique où il y a toujours beaucoup à faire.

J’étais cet après-midi chez Mme Stoecklin[4] pour lui demander si elle veut venir avec moi à Wattwiller, arrivé à la cuisine je vois une jolie petite tête qui se cache, c’est Marie[5] qui est la cuisinière & qui ne veut pas que je la voie dans son costume. C’est en effet elle qui remplace la cuisinière absente tout le temps qu’ils seront à Vieux-Thann, c’est elle et sa maman qui font le ménage, il n’y a qu’une petite femme de chambre qui me dit-on ne sait rien faire. Depuis le départ des Demoiselles Berger[6] l’on a le temps long & comme tu vois l’on travaille. Jeanne[7] est bien gentille, elle attend Émilie[8] pour baptiser la poupée, elle est encore bien timide & ne parle pas souvent, tandis qu’avec la grand-maman Stoecklin elle ne cesse de bavarder.

Aujourd’hui en passant le village, j’ai pu constater, ce que l’on m’avait déjà dit, que la coqueluche règne encore. mais elle n’est pas méchante.

Vendredi matin.

Il pleut & une pluie si fine qu’elle promet de durer ; que ce temps est malheureux, la récolte que l’on ne peut rentrer ! aussi au lieu d’une bonne & belle année comme tout s’y préparait allons-nous avoir une année bien médiocre. Si nous avons ce temps à Port[9] ce ne sera pas bien gai pour vous surtout mes chéries mais d’ici là espérons que le temps changera.

Je reçois à l’instant une bonne lettre de l’Oncle Georges qui s’amuse & est très content de son Wattwiller, il y a trouvé bonne & agréable société, ainsi que sa femme : les 2 ne regrettent pas la détermination prise. J’en suis bien content, avec le temps qu’il fait il me semblait que le séjour de Wattwiller doit être plus qu’ennuyeux.

Paul Duméril nous a quittés, il y a 2 jours, il doit être auprès de son père[10].

A Morschwiller l’on va bien, bonne-Maman[11] reprend un peu, elle a bien meilleure mine. Il est fort probable que M. Duméril ingénieur vienne en 7bre ici & que Mme Duméril[12] de Besançon vienne aussi à Morschwiller passer quelques jours. Il y a longtemps que je n’étais à Morschwiller & cependant nous avons bien de l’ennui avec la machine à vapeur qui ne marche pas depuis qu’elle a été brisée par la faute de sa construction.

A bientôt j’aurai le plaisir de vous embrasser & ce ne sera pas le dernier de mes plaisirs. en attendant je t’embrasse de loin. Oncle tante[13] Sœur[14]

tout à toi

Charles Mertzdorff


Notes

  1. Georges Heuchel et son épouse Elisabeth Schirmer.
  2. Alphonse Milne-Edwards.
  3. Colmar où résident les Zaepffel.
  4. Elisa Heuchel, épouse de Jean Stoecklin.
  5. Marie Stoecklin, fille d’Elisa Heuchel-Stoecklin.
  6. Marie et Hélène Berger.
  7. Jeanne Heuchel, petite-fille d’Elisa Heuchel-Stoecklin.
  8. Émilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  9. Port-en-Bessin.
  10. Charles Auguste Duméril (« M. Duméril ingénieur »).
  11. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.
  12. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril.
  13. Alphonse Milne-Edwards et son épouse Aglaé Desnoyers.
  14. Émilie Mertzdorff.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 22 et vendredi 23 juillet 1875. Lettre de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à sa fille Marie Mertzdorff (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_22_et_vendredi_23_juillet_1875&oldid=56942 (accédée le 9 août 2022).

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