Jeudi 11 et vendredi 12 octobre 1877 (A)

De Une correspondance familiale


Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

original de la lettre 1877-10-11 pages 1-4.jpg original de la lettre 1877-10-11 pages 2-3.jpg


Paris le 11 Octobre 1877

Je ne puis croire, mon Père chéri, qu’il n’y ait que trois jours que tu nous as quittés, on me dirait qu’il y a un mois que cela ne m’étonnerait pas beaucoup ; on s’était si bien habitué à être toujours ensemble !

Vendredi 12 (En attendant Mlle Duponchel[1]).
Je t’écrivais hier, mon Papa chéri, lorsque Emilie[2] a déclaré qu’elle voulait absolument le faire aussi je t’ai donc quitté pensant qu’il te serait plus agréable de ne pas recevoir le même jour deux lettres probablement semblables et qu’il valait mieux remettre à aujourd’hui le plaisir de venir causer avec toi ; me voilà donc ce matin quoique je n’aie guère de choses à te dire c’est surtout pour te prouver que je pense beaucoup à toi.

Hier Emilie a dû te quitter en grande hâte, car, dans notre ardeur, nous avions oublié de regarder la pendule et nous nous sommes tout d’un coup aperçues qu’il était l’heure de partir et que nous n’étions point habillées. Malgré cela nous sommes arrivées à l’heure au cours ; elles sont assez nombreuses cette année, presque toutes les anciennes compagnes d’Emilie y viennent il y a même une nouvelle qui paraît très gentille. Mlle Bosvy[3] et Mlle Lecoq les ont fait travailler et, sauf pour l’arithmétique, ma chère sœur a très bien répondu ; comme elle double cette classe elle est je crois une des plus fortes ce qui lui permettra de ne point se fatiguer.

En sortant du cours nous avons été un moment au Bon Marché mais il y avait une telle foule on était si écrasé, que nous en sommes sorties bien vite sans faire toutes nos commissions ; nous avons été ensuite chez Mme Roger[4] : cette pauvre dame venait, le matin même, de perdre sa belle-mère[5] qui était, comme tu sais, affreusement malade depuis longtemps ; c’est une véritable délivrance pour elle et tous les siens. Nous recommencerons probablement nos leçons la semaine prochaine en attendant je [travaille à déraidir mes pauvres doigts] ce qui n’est pas une petite affaire. Enfin, nous [ ] Mlle Poggi qui était venue il y a quelques jours et qui ne nous avait pas trouvées ; elle est bien malheureuse, ses élèves continuent à la quitter. Il est convenu qu’elle viendra une fois par semaine principalement pour nous faire déchiffrer. Avec toutes ces visites nous ne sommes rentrées que bien peu de temps avant le dîner. Ce matin nous avons été assez matinales et dans un moment nous allons prendre notre leçon de dessin. Je pense que ma maîtresse sera contente car depuis Mardi j’ai fait une tête et commencé un paysage (3h 10mn de travail) c’est beau n’est-ce pas en 2 jours ?

Cette après-midi nous irons en bande à Bellevue voir Henriette[6], la bande se composera de tes filles, de Paule[7] et de Marthe Pavet[8] le tout conduit par notre bonne tante[9], nous nous réjouissons beaucoup comme tu le penses.

Tante a reçu hier une lettre de tante Eugénie[10], toutes les santés sont bonnes.

Allons-nous recevoir ce matin une lettre de toi ? j’espère que oui tu as tant de choses à nous dire. Le jeune ménage[11] est-il bien installé ? que fait tante Marie ?

Au revoir, mon petit papa chéri, je t’embrasse de toutes mes forces [ ] Hercule ; si tu savais comme je t’aime !
ta fille
Marie

Dis à bonne-maman[12] que j’ai l’intention de lui écrire bientôt en attendant je l’embrasse bien fort ainsi que bon-papa.
Je pense que bonne-maman Desnoyers[13] reviendra Mardi ou Mercredi.


Notes

  1. Marie Louise Duponchel, professeur de dessin.
  2. Emilie Mertzdorff, sœur de Marie.
  3. Marguerite Geneviève Bosvy.
  4. Pauline Roger, veuve de Louis Roger, professeur de piano.
  5. Louise Edme Sylvie Parisot, veuve de Louis Alexis Roger.
  6. Henriette Baudrillart ?
  7. Paule Arnould.
  8. Marthe Pavet de Courteille.
  9. Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
  10. Eugénie Duméril, veuve d’Auguste Duméril ; elle donne des nouvelles de la famille Soleil.
  11. Léon Duméril et son épouse Marie Stackler (« tante Marie »).
  12. Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril (« bon-papa »).
  13. Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.

Notice bibliographique

D’après l’original

Pour citer cette page

« Jeudi 11 et vendredi 12 octobre 1877 (A). Lettre de Marie Mertzdorff (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_11_et_vendredi_12_octobre_1877_(A)&oldid=39783 (accédée le 13 août 2022).

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